13 décembre 2017

La bagarre

Je ne voulais pas me battre. J’avais assez de mon combat personnel à mener – contre la dysphorie d’identité de genre, contre cinquante ans de conditionnement masculin, contre la pression familiale et sociale, contre le désespoir qui m’envahissait au point où je ne pouvais plus envisager l’avenir.

J’avais à me battre, d’abord et avant tout, contre moi-même; mes démons et mes peurs; une haine profonde et un dégoût morbide de tout ce que j’étais. C’était un combat intime dont je décrivais les progrès via ma page Facebook, sans entrer toutefois dans les détails. C’était ma façon à moi de diffuser de l’information et de militer pour le respect des droits des trans.

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1 décembre 2017

La révolte des proies

Quand les institutions ne jouent pas leurs rôles, quand les silences durent trop longtemps, quand on met le couvercle sur des situations, ça sort comme ça peut et ça éclabousse. – Anne-Marie Gill

Je me sens partagée entre le rire et les larmes devant la levée de boucliers que suscite l’actuel mouvement de dénonciations que je qualifierais de révolte des proies. Qu’elles aient subi des abus physiques ou psychologiques, à connotation sexuelle ou non, les victimes se rebiffent et refusent de subir plus longtemps leur sort.

Qu’il souffle un vent de panique sur la confrérie des abuseurs et des harceleurs, dans ce contexte, on le conçoit aisément. Personne n’a envie de se faire remettre sous le nez ses propres turpitudes, et encore moins de les voir étalées sur la place publique.

Ce qui me sidère, c’est que tant de personnes qui n’ont apparemment rien à se reprocher prennent systématiquement la défense des abuseurs contre les victimes. On tient pour acquis que les personnes qui ont subi les abus mentent ou exagèrent, et on renverse carrément l’ordre des facteurs en décrétant que les abuseurs sont les véritables victimes et que leurs dénonciateurs sont les vrais coupables.

Coupables de quoi? De se battre pour récupérer leur dignité bafouée? De rejeter un ordre ancien où le fort asservit le faible, où l’autorité s’exerce par l’humiliation et la soumission, où l’individu dominant a tous les droits sur le troupeau humain qui l’entoure?

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