10 février 2018

Elle nous embête, la rectitude

Une ombre plane sur nos débats, discussions, réflexions, opinions et palabres divers : l’ombre de la rectitude. Toutes les puissances de la vieille pensée droite et juste se sont unies pour débusquer cette ombre : les chroniqueur.se.s, les politicien.ne.s et les idéologues du Québec et du Canada tout entier[1].

Note

[1] J’ai commis un pastiche d’une célèbre introduction qui m’a dès l’abord impressionné à la fois par sa puissance métaphorique et sa résonance militante. Certain.e.s la reconnaîtront : « Un spectre hante l’Europe : le spectre du communisme. Toutes les puissances de la vieille Europe se sont unies en une Sainte-Alliance pour traquer ce spectre : le pape et le tsar, Metternich et Guizot, les radicaux de France et les policiers d’Allemagne. »

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7 janvier 2018

Lettre fraternelle à un ami paisible

Salut mon frère. Me permets-tu de t’appeler mon frère, toi dont la réserve est si sensible, si engagée qu’elle arrive à se réserver elle-même ? Car c’est bien ce qui me frappe chez toi: d’aucune manière, ni métaphoriquement, ni littéralement, ni le mot ni la main qui frappe ne font partie de toi. Même ta douceur excelle par sa discrétion. Ta discrétion. Je me sens déjà indiscret.

Au lendemain de cette tuerie, ce dimanche de janvier, à la fin de la prière, ton absence du bureau fut le premier événement du jour. Je te connaissais depuis peu. Mon cœur s’est serré. Des collègues savaient que tu étais présent lors de l’attentat. Le soir même, je m’étais d’abord morfondu sur le sort d’un autre collègue: je savais sa grande piété et son assiduité à la prière. J’ai tremblé d’inquiétude. Par bonheur, il m’a répondu par courriel qu’en ce moment il n’était même pas au pays. Je me suis alors surpris à louer son Dieu, parce que moi, je n’en ai pas… ou je n’en ai plus (tu me pardonneras cette impiété, je n’y peux rien). C’était par élan fraternel que, livré à ses yeux qui me lisaient, j’avais vénéré ce Dieu.

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22 décembre 2017

L'ethno-différentialisme, ou le néo-racisme comme nouvelle mouvance portée par l'extrême-droite : le cas de La Meute

Là où l'Islam passe, la civilisation trépasse

Cet adage qui coiffe la page couverture du compte Facebook de Stéphane Roch, un membre parmi les plus actifs de La Meute sur le Web, a de quoi donner des frissons à tout-e Québécois-e de confession musulmane. Il a cette étrange singularité d'être à la fois la caricature de ce que les porte-paroles du groupe ne cessent de réfuter (on est pas islamophobe), et une nette indication de ce qui forme la trame de fond des activités et du discours publics de ce groupe que plusieurs médias traditionnels ont cessé depuis peu de désigner comme étant d'extrême droite, en lui accolant plutôt les termes identitaire, nationaliste, anti-immigration, etc.

Qu'on lui évite à présent cet attribut est symptomatique de la perte de repères qui affecte le discours médiatique dans sa recherche d'une rectitude, sinon intellectuelle, du moins politique. Car enfin, il faut bien appeler un chat un chat, et la définition de l'extrême droite s'applique bel et bien à tout discours qui se situe délibérément en marge de la droite officielle (celle qui siège à droite du souverain en régime de monarchie constitutionnelle), pour promouvoir les idées les plus conservatrices et le maintien intransigeant de l'ordre établi, quitte à critiquer cet ordre pour plaire à celles et ceux qui le subissent (c'est là une des modalités du populisme). La Meute ne fait pas autre chose, et son apparent pacifisme, conjugué à son soutien déclaré aux forces répressives (Nous supportons la GRC), ne fait que confirmer son parti pris extrême pour la droiture du système.

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