L'article d'origine Malheureusement, votre notoriété, bâtie à coups de briques et de fanaux, vous permet, encore aujourd'hui, d'atteindre un certain public; public qui, sans être nécessairement idiot, est ignorant de certaines réalités.

Dans votre texte, Sa Majesté, vous avancez que les professeurs de français langue seconde se voient dans l'interdiction de parler aux journalistes. Or, comment se fait-il qu'à ce jour, j'aie déjà donné deux entrevues à Mario Dumont à LCN Matin et une autre à Richard Martineau pour le Journal de Montréal, justement pour parler des problématiques en francisation?

Se pourrait-il que vous ayez inventé ce règlement?

Je vais vous expliquer, Détentrice-de-la-Vérité-Absolue, comment ça se passe dans la vraie vie:

Contrairement à vous, je ne parlerai pas d'un sujet que je ne maîtrise pas: je n'ai jamais entendu parler de ces fameux tests en ligne dont vous parlez dans votre texte truffé de fautes syntaxiques, de vocabulaire mal choisi, de ponctuation aléatoire mal utilisée et de phrases dont la structure est plus que boiteuse. Défenderesse de la langue française, vous dites?

Or, je peux vous dire une chose: quand un immigrant se pointe au secrétariat de l'un de nos centres de francisation, dans le but de s'inscrire à nos cours, on lui donne un rendez-vous pour qu'il soit évalué. Le futur étudiant rencontre alors, dans les jours qui suivent (ou même immédiatement, si quelqu'un de compétent est disponible), un professeur ou un conseiller pédagogique, qui, en lui parlant, en le faisant écrire, utilise son expertise et son jugement professionnel, pour le classer dans un niveau.

Bien sûr, ce n'est pas une entrevue d'une vingtaine de minutes qui peut permettre d'obtenir un «verdict» irréfutable.

Il y a toujours une marge d'erreur.

Nous sommes des pédagogues, pas des magiciens

L'individu peut, par exemple, fausser les résultats parce qu'il est pris de nervosité lors de l'entrevue, et ainsi être placé dans un niveau inférieur à ce qui lui conviendrait. C'est pour cela que la première semaine de chaque session de deux mois sert entre autres à effectuer les ajustements nécessaires, de façon à ce que chaque étudiant bénéficie de l'enseignement dont il a besoin. Plusieurs changements se font, lors de la première semaine d'une session de francisation et ce, dans tous les centres de francisation de la Commission Scolaire de Montréal.

Si le MIDI[1] utilise des outils d'évaluation, les résultats desdits tests ne nous sont pas divulgués. Je le répète: en dix ans d'enseignement du français langue seconde, je n'ai jamais entendu parler d'une telle pratique.

J'ai enseigné dans nombre de centres de francisation à Montréal et, à chaque contrat, j'ai été appelée à évaluer de futurs étudiants. Seuls mon jugement professionnel et celui de mes collègues ont pesé dans la balance. Au début de ma carrière, pendant plusieurs années, j'ai choisi d'enseigner au niveau 1. J'aimais particulièrement ce défi consistant à apprendre notre langue à des étudiants qui, bien souvent, viennent à peine de descendre de l'avion.

Jamais, je répète, jamais je n'ai eu affaire à quelque étudiant que ce soit qui ne comprenait pas le sens de la question Comment ça va?

Tous les étudiants de niveau débutant sont capables, à tout le moins, de se nommer, de dire l'âge qu'ils ont et de dire de quel pays ils proviennent.

Vous pouvez alors imaginer que jamais il ne m'est arrivé de rencontrer un étudiant de niveau avancé qui n'était pas capable de répondre à une question de base telle que «Comment ça va?»

J.A.M.A.I.S

Si c'était le cas, ce serait en effet une réelle aberration.

Votre suffisance, votre condescendance, votre ignorance, ainsi que votre incommensurable soif de sensationnalisme, Votre Altesse, contribue non seulement à désinformer la population, mais modifie également de façon très négative l'image des professeurs, image qui n'est déjà pas très propre.

Ce qui est plus grave encore, c'est que vous affubliez les immigrants d'une étiquette qui ne leur sied pas du tout. Chaque jour, je suis en contact direct avec des êtres humains qui ont une émouvante soif d'apprendre et qui améliorent de jour en jour leur capacité à communiquer en français.

Francisation des immigrants: échec

J'ai rarement lu une phrase aussi insultante et lourde de fausseté.

La désorganisation des cours d'apprentissage du français

Ça y est: je meurs.

Cours d'apprentissage

Wow.

Ce que vous faites, Petit-Robert-illustré-d'une-face-exprimant-un-mépris-permanent, devrait être passible de sanctions. Vous ne devriez pas avoir le droit d'avancer des choses dont vous ne vous êtes pas d'abord assurée de la véracité. Informer et donner son opinion sont deux choses bien distinctes. Dommage que vous ne sachiez toujours pas, après toutes ces années d'expérience, les différencier.

Sur ce, Votre Prétention, je vous laisse et je retourne préparer mon cours de demain. Au programme: répondre à la question Comment ça va?

Au fait, comment allez-vous, Madame Bombardier?

Post-scriptum

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Note

[1] Ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'inclusion