Après un premier putsch en janvier 2017, maquillé en démission du fondateur de l'organisation, Éric Venne, un second coup a lieu en septembre dernier. Patrick Beaudry, bien qu'auréolé de sa prétendue victoire médiatique lors de la manifestation du 20 août à Québec, est lui aussi poussé dehors.

C'est le triumvirat Sylvain Brouillette, Stéphane Roch et Éric Proulx qui prend alors le pouvoir. Comme lors du coup précédent, il semble que ce soit les accusations de détournement de fonds et de fraude qui ont fait tomber le leader.

Depuis septembre, la machine semblait bien huilée, et Brouillette, Roch et Proulx paraissaient avoir leurs troupes bien en main. Mais le mois de décembre est venu rebattre les cartes :

  • D'abord, l'affaire de la Fake news de TVA est venue montrer que la base n'est pas aussi disciplinée que les leaders de la Meute veulent bien le dire. Nombreux sont les meutons qui ont remis en question le discours officiel de leur hiérarchie, même après les résultats de la supposée enquête, menée par les renseignements internes, ou qui regrettent qu'une position plus franchement islamophobe n'ait été adoptée. Cette séquence n'a finalement fait qu'​embrouiller les communications officielles de l'organisation.
  • Le 18 décembre, La Meute, et Éric Proulx[1] en particulier, s'invite à un rassemblement du Bloc Québécois, et adopte une attitude menaçante, à tel point que les participants auraient senti le besoin de prendre des précautions pour assurer leur sécurité
  • Peu de temps après, vers le 20 décembre, le même Éric Proulx est accusé d'être un misogyne patenté, qui dirige avec sa bitte (sic). S'il est difficile de démêler les faits exacts dans cette affaire, cette accusation est reprise par de nombreux meutons et meutonnes qui se font un malin plaisir de le désigner par le sobriquet Ti-Loup Fourre Tout

En date du 26 décembre, Éric Proulx a quitté le groupe secret de La Meute, restreint ses deux comptes Facebook au strict minimum et fait silence radio.

Jo Caya[2], l'une de ses proches et fidèles, après l'avoir défendu bruyamment, a suivi le même chemin.

Elle claque la porte en affirmant que La Garde[3], dont elle était la commandante, responsable et principale organisatrice jusque-là, est brisée.

Pour couronner le tout, elle accuse la mégalomanie de Sylvain Brouillette d'en être la cause : il se prendrait pour Dieu.

À ce jour, la plus récente communication officielle de Sylvain Brouillette sur ces sujets a consisté à défendre Éric Proulx, le 22 décembre.

Il a également menacé, plus ou moins subtilement, ceux qui s'en prendraient à Proulx:

Depuis, sans doute parce que ce soutien devenait gênant, il a retiré sa publication du groupe privé. Éric Proulx ayant conservé la main sur le groupe public, la publication s'y trouve toujours. Érix Proulx a d'ailleurs modifié le nom du groupe (de La Meute Publique à publique), laissant penser à un règlement de compte. Aucune communication officielle à ce sujet n'a eu lieu.

On peut se demander si Éric Proulx a été éjecté, ou s'il s'est mis en retrait de son plein gré. Dans le premier cas, qui semble probable, cela pourrait poser un problème à l'organisation, puisqu'il est l'un des administrateurs légaux et vice-président de La Meute Inc. et de NSLM. Ces deux sociétés sont d'ailleurs enregistrées à son adresse.

Les raisons exactes de cette disparition seraient intéressantes à connaître. Difficile de savoir si ses agissements misogynes ont pesé plus lourd que son erreur stratégique lors de la soirée du Bloc Québécois, ou encore s'il s'agit d'une purge opportuniste.

Quand a Jo Caya, on peut supposer qu'elle est un dommage collatéral de l'affaire Proulx; soit elle a claqué la porte, soit elle a perdu une protection importante pour elle. En effet, elle avait évoqué la possibilité d'une opération tête de porc à la mosquée plusieurs mois avant sa réalisation à la mosquée de Québec, comme l'a rapporté la Montreal Gazette.

Ajoutons à cela que ce matin même, Stéphane Roch, le troisième larron, a annoncé sa démission :

Tandis que les messages sibyllins[4] de Sylvain Brouillette laissent entendre qu'il pourrait faire de même :

Quoi qu'il en soit, la motivation des cadres de La Meute semble ébranlée, et le leadership de Sylvain Maikan sévèrement écorné. 2017 nous offrira-t-elle un troisième putsch au sein de La Meute? La-verrons nous s'effondrer ou faudra-t-il attendre 2018 pour cela ? Les apparences de stabilité n'auront en tout cas duré que trois mois à peine, et La Meute n'est plus vraiment en mesure de faire croire à quiconque qu'elle est l'organisation modèle, disciplinée et efficace qu'elle prétend être. On y observe plutôt d'une guerre fratricide permanente, où les uns poignardent les autres aussitôt qu'ils n'ont plus d’intérêt à couvrir leurs malversations ou leur misogynie.

Notes

[1] Vice-président de La Meute inc., administrateur de NSLM (Nous Sommes La Meute), et leader jusque là incontesté du clan 02 (Saguenay)

[2] Johanne Cayer de son vrai nom

[3] La garde, symbolisée par la 'patte rouge sur la photo de profil, l'écusson ou la casquette, est l'équipe de modération et la principale structure hiérarchique de La Meute

[4] Le latin peut se traduire ainsi : J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi