Il est impensable de laisser ce genre d’opérations avoir lieu dans nos rues en toute impunité. Heureusement, une partie des participants à cette opération a laissé des traces sur Internet, probablement par vanité. Je les exposerai dans un instant, mais mettons d’abord cette opération en contexte.

Atalante : un groupuscule de la nébuleuse néo-nazie

Atalante est un groupe connu pour sa proximité avec l’ensemble de la sphère identitaire, fasciste, néo-nazie québécoise. Jusque-là cantonné à la ville de Québec, Atalante s’étend désormais à Montréal, profitant pour cela d’un rapprochement avec les Soldiers of Odin, un autre groupe néo-nazi implanté au Québec, et à Montréal en particulier.

Les liens entre ces groupuscules sont évidents, et nous verrons plus loin que les individus qui ont participé au raid dans les rues de Montréal la fin de semaine dernière sont liés à ces deux groupes.

D’autres connexions mériteraient d’être creusées : le groupe, numériquement plus important, Storm Alliance, est issu des Soldiers of Odin, et les individus collaborant à ces trois groupes se retrouvent souvent également dans La Meute. Cette excellente cartographie de l’extrême droite par Montréal-antifasciste est un bon point de départ.

Démonstration de force, menaces et intimidation

Dans la nuit du 20 au 21 janvier, Atalante a donc lancé une opération dans les rues montréalaises, afin de poser un peu partout des affiches comme celle en tête du présent article, ainsi que des banderoles grand format, s’en prenant directement à trois personnalités politiques, Valérie Plante, Amir Khadir et Gabriel Nadeau-Dubois, en plus de Guy A. Lepage, l’animateur de Tout le monde en parle, et de Xavier Camus, un blogueur bien connu pour son opposition à l’extrême droite, ainsi que Jaggi Singh, un militant antifasciste médiatisé.

Je ne vous montrerai pas directement les images de ces banderoles : inutile de relayer leur propagande, qui a déjà abondamment circulé sur Facebook et Twitter. Si vous êtes curieux, vous les trouverez sur leur page Facebook[1], où ils font la publicité de leur opération.

Soulignons cependant que le vocabulaire employé n’est pas anodin, surtout si on le replace dans le contexte de l’extrême droite néo-fasciste : les mots « traître » et « parasite » n’ont pas été choisis au hasard. Il faut savoir que ce sont des menaces de mort à peine voilées pour qui connaît la fachosphère. La distinction faite entre le terme choisi pour les personnes racisées et celui visant les personnes blanches ne laisse pas planer un grand doute sur le fond idéologique et le sens du message.

Au total, une dizaine de grandes banderoles et de nombreuses affiches ont été installées dans une large portion des quartiers centraux de Montréal, jusque sur les marches de l’hôtel de ville. Pour un groupuscule absent de Montréal il y a peu, c’est une démonstration de force importante, même si l’on peut parier que presque tout le matériel affiché fut arraché et enlevé dès le petit matin. Une équipe d’au moins dix personnes, probablement réparties en trois groupes, s’est chargée du travail.

Bravade et imprudence

Si ces personnes semblent bien organisées, on peut néanmoins compter sur leur vantardise et leur tendance à se tirer une balle dans le pied.

En effet, quatre personnes au moins ont laissé traîner sur Internet des traces de leur participation à cette opération.

Ainsi, quelques minutes à peine après la publication de Xavier Camus révélant les menaces qui le visent, Alan Kovak a affiché ceci dans un groupe Facebook :

Comment pourrait-il savoir que ce statut de Xavier Camus a suivi la pose des affiches de « 15 minutes », s’il n’en est pas responsable? Il le revendique d’ailleurs dans une autre publication, affirmant avoir agi avec « fierté » :

Voici le détail de la photo :

Au même moment, il publie également ceci, sur lequel il n’est pas difficile de reconnaitre les personnes masquées de l’autre photo :

De gauche à droite, on aperçoit :

  • et enfin Martin Minna, également membre de La Meute, qui s’il se dissimule sous le pseudonyme d’Alan Kovak, le fait assez mal.

Loin d’arrêter ici la fanfaronnade, Martin Minna publie ensuite cette vidéo de l’opération sur Facebook :

Nous croyons qu’il est essentiel de diffuser cette information et d’exposer les actes de ces personnes, afin qu’elles ne puissent agir en toute impunité, qu’elles sachent que nous ne sommes pas impressionnés, et pour informer celles et ceux qui ne veulent pas voir ce réveil des idéologies les plus radicales.

Les personnes ciblées dans l’opération d’intimidation de ces militants néo-nazis ont été informées que nous tenons à leur dispositions toutes les pièces nécessaires à l’identification de ces derniers.

Néo-nazis, suprémacistes blancs, fascistes. Ce ne sont pas de vains mots. Ces gens intoxiqués par une idéologie ancrée dans la haine de la différence mènent des opérations de menace et d’intimidation dans les rues de Montréal. Il nous faut en prendre collectivement acte.

Note

[1] Atalante Québec