Chaque personne traite le débat sur la laïcité à sa manière. Dans sa façon de traiter ce débat, on voit le vrai visage des habitants du Québec, on voit qui nous sommes vraiment, sans masques, beaux ou laids.

Yves Tanguy, La journée bleue, 1937

Moi, j’ai toujours besoin d’un peu de temps pour que ma voix trouve sa voie. Qu’est-ce que ma petite personne a à apporter à tout ceci, ma vraie personne, celle qui est unique, celle dont la réflexion a assimilé les choses par tout son être? Instinctivement, les pensées ont tendance à mieux sortir de moi lorsqu’elles passent par mes émotions, mon ressenti. C’est pas mieux que personne, mais c’est moi.

Moi, ce que je vois en lisant les réactions, c’est de l’intolérance et du jugement, tout cela bien sûr camouflé sous le voile de la raison. La laïcité pour que tous les citoyens soient égaux. Wow! On a presque le goût d’y croire. Pas de signes religieux apparents pour les gens en position d’autorité. Et voilà, c’est réglé, demain toutes les personnes concernées vont retirer leurs signes religieux apparents. Êtes-vous contents? Imaginez-vous ça, sans aucune contestation en plus, tout simplement parce que c’est logique. Jour 2. Ça aura donné quoi? Une meilleure éducation? Vous vous direz quoi, que votre enfant ne se fera plus endoctriner? Derrière votre position, quel est le but? On se dira quoi comme société, qu’ici les signes religieux, c’est seulement à la maison? Ça aura vraiment changé votre vie quand vous vous retrouverez dans la vôtre de maison? Vous allez vraiment vous dire que la société a fait un grand pas en avant? Êtes-vous certains que vous éprouverez de la fierté? Grand bien vous fasse.

Moi, quand je nous vois traîner nos lourds préjugés sur la place publique et laisser notre haine s’exprimer sans complexes, je me rappelle de l’arrivée du sida dans nos vies. Oui, oui, le sida. Cette maladie si terrible, mais qui a libéré de tellement de cœurs la laideur de l’homophobie. Moi le premier, j’ai cru que l’homosexualité était contre nature et que le sida était une « punition » de la nature, la vraie, l’authentique nature. Souvenez-vous, les théoriciens de l’apocalypse s’en donnaient à cœur joie. Et là, tranquillement, le drame humain nous a été révélé. Ce n’était plus des gais, mais des hommes avec des sentiments normaux, qui voyaient des amis, des amoureux, mourir sous leurs yeux, totalement impuissants. Tout à coup, je me suis mis à m’en contrefoutre de leurs attirances sexuelles; je compatissais, je les aimais et je pleurais. Mes frères mourraient de manière totalement injuste. C’était devenu la seule vérité.

Yves Tanguy, Palais promontoire, 1931
Je n’en suis pas fier, mais j’ai déjà été islamophobe. Ben oui, les criss de musulmans, ceux qui arrivent ici et qui ne veulent pas s’assimiler à nous, ceux qui veulent vivre comme chez eux mais au Québec. « Chu pas raciste, c’est une religion, pas une race ». De fait, c’est le discours de la déshumanisation, le discours qui les rend tellement différents qu’ils seraient un peu moins humains que moi. Vous comprenez que je viens de décrire le comportement qui sert à justifier le racisme, n’est-ce pas? Voyez-vous le lien avec la déshumanisation des homosexuels aux premiers temps du sida? Si vous répondez que non, c’est que vous baignez à mon avis en plein dans ce genre de préjugés.

Moi, à la personne qui me demande « pourrais-je porter un voile et continuer d’enseigner à votre enfant ?», je réponds « bien sûr madame, j’aimerais tellement que mon fils voit qu’au-delà de votre habillement, vous êtes comme lui, un être humain à la recherche de son propre mieux-être et de celui de ses semblables ». On m’a appris que le cœur qui bat sous son habit est ce qui fait réellement le moine. Sur cette belle terre du Québec qui nous a tous accueillis à différentes époques, je veux que mon fils grandisse loin de la peur de l’autre. Je veux aussi que les valeurs inclusives soient dans nos cœurs à jamais comme un attribut fondamental de notre peuple multiethnique.

Si un jour nous parvenons à instaurer les bases de cette nation, nous pourrons dire très haut : « Bienvenue au Québec! Ici nous partageons des valeurs inclusives, et nous sommes heureux que vous soyez des nôtres ».

A ce moment-là, on pourrait même ajouter : « Mon Québec, tu le respectes ou tu le quittes ».