La droite, c’est la droite, qu’elle soit raciste, machiste, politique ou religieuse.
Peu importe le motif, dès que c’est de droite, j’aime pas.

C’est pourquoi j’assume ma position entre l’arbre et l’écorce, c’est-à-dire lutter à la fois contre la droite xénophobe et contre la droite religieuse, et ce, même s’il s’agit d’un avatar de ma religion.

Il m’est arrivé quelques fois de rabrouer certains « imams » autoproclamés sur les réseaux sociaux, surtout lorsque ceux-ci tiennent des discours misogynes.

Je pense à l’imam Chaoui qui, un 8 mars, avait publié qu’il ne fallait pas célébrer la fête de la femme[1], parce qu’en Islam, c’est la fête de la femme tous les jours. Techniquement, oui, mais il n’en est en réalité rien. Je lui avais fait remarquer que ce n’était pas une fête, mais une journée de dénonciation des injustices commises envers toutes les femmes de partout dans le monde, et que plutôt que d’inciter les femmes à ne pas sortir ce jour-là, c’est lui qui devrait rester dans son trou pour se préparer un sandwich pour souper.

Bien sûr, une flopée de barbus m’a écrit en privé pour me sommer de retirer mon commentaire, de respecter Chaoui, de me mettre mon féminisme dans le cul et de brûler en enfer, « sale pute ».

Normalement, je reçois ce genre de commentaires de la part des mouton·ne·s de La Meute et des autres racistes qui ont une livre de beurre derrière le front.

Alors voilà, la droite, c’est la droite.

Samedi soir dernier, une amie communiquait avec moi pour me demander mon avis sur la dernière publication d’Adil Charkaoui, un imam autoproclamé tristement célèbre pour ses propos obscurantistes et dont la physionomie est aussi sympathique que celle d’un lama qui est à un instant de nous cracher en pleine poire.

Le statut en question, pour commencer, se moquait de l’accent québécois. Pas du tout reconnu pour son humour, on comprend que sa blague n’est pas issue de son amour pour sa terre d’accueil.

Voici le statut en question :

Il faut le rappeler à ceux qui risquent de l’oublier ou - pour reprendre une expression bien quebekwayse - à ceux qui rêvent en couleurs :

  • Le hijab, le khimar et le niqab ne disparaîtront pas. Ils vont au contraire se propager davantage - in chaa Allah - lorsque la musulmane moyenne réalisera que l’État et le parlement n’ont rien à faire à part légiférer contre elle.
  • Une voilée à la maison est une mère de famille qui travaille à temps plein à éduquer ses enfants - surtout si elle a un bac en éducation!
  • Plus on parle de l’islam, plus il se propage. Et moins on en parle, plus il se propage. La solution : Qu’ils se convertissent et qu’on en finisse! Ils vivront heureux.

Sur ce, priez pour qu’ils continuent à propager l’islam avec les deniers publics.

Adil Charkaoui

Ark.

Déjà, ce machisme me fait tellement dresser les cheveux sur la tête que mon hijab a pris le bord.

Mais cette phrase : « La solution : Qu’ils se convertissent et qu’on en finisse! Ils vivront heureux. »

Pas terrible Adil.

Plutôt que d’apprendre à vivre avec les gens qui l’entourent, il s’attend à ce que les gens se convertissent à l’islam?

Ah, c’est vrai, les gens qui l’entourent sont tous musulman·e·s. Le vivre-ensemble, avec des chrétien·ne·s, des athées, des agnostiques, c’est pas sa tasse de thé. Il reste bien confortablement dans son safe space, à l’abri des vilains mécréants, et surtout, des vilaines mécréantes.

« Qu’ils se convertissent et qu’on en finisse!! »

Non.

Déjà, nos islamophobes nationaux croient dur comme fer que les musulman·e·s veulent convertir tout le monde de force et « imposer la charia’a ». Et ça fait des années que l’on explique que d’imposer sa religion à quelqu’un, ou de convertir les gens de force, c’est un interdit de l’islam.

Et voilà qu’on a ce gars-là qui vient faire une belle bouse sur nos efforts avec une telle publication.

Donc mon amie (musulmane) me dit qu’elle a poliment exprimé son mécontentement sous la publication de Môssieur Charkaoui, et que plutôt que de recevoir la critique et y réfléchir, il l’a bloquée illico.

Oui, oui, ce fervent défenseur de la liberté d’expression coupe le sifflet aux femmes qui donnent leur avis. Alors j’ai fait le test. Je suis allée sur sa page. Déjà, sa page me donne la chair de poule. Il signe toutes ses publications comme si ses paroles allaient influencer les générations futures durant des siècles.

Je vais donc sous la publication en question, et je lui demande de ne pas parler des femmes musulmanes, puisqu’il ne nous représente pas du tout. Malgré l’heure tardive, mon commentaire fut rapidement balayé.

Une heure plus tard, il publie un truc comme quoi il se réjouit de voir les arrogants perdre.

Comme j’apprécie être chiante avec les chiants, je lui ai envoyé une vanne, lui demandant ce qu’il avait perdu.

Et… il m’a bloquée. Parce que la liberté d’expression, c’est pour lui seulement.

Bon, j’avoue, j’ai tiré un poil de trop de sa barbe hirsute. Bah oui, je l’admets, j’ai frimé un peu en publiant ma vanne. Elle fait d’ailleurs le tour des réseaux islamophobes, où l’on se réjouit de voir des personnes de confession musulmane se chicaner. Comme si nous étions une communauté dont les membres pensent tous et toutes de la même façon. Quoi qu’il en soit, ça me va, car je préfère cette pensée facile que d’être associée à ce rigoriste religieux. Étonnamment, j’ai reçu quelques messages d’islamophobes qui ont salué le fait que j’aie dénoncé Charkaoui pour plusieurs de ses actions.

Ce n’est pas du tout mon but de flatter ces gens dans le sens du poil, mais je me dis que c’est peut-être un pas vers un éventuel dialogue. J’ai par ailleurs encore reçu des menaces et des insultes de la part des disciples de Monseigneur de la Charkaoui. Appelons-les des charkaouins. Alors donc, samedi, quelques charkaouins (tous des hommes, Ô surprise) se sont permis de m’écrire les pires insultes possibles, m’invitant agressivement à « fermer ma gueule de fille de pute » et à « niquer ma mère ». Tsé, la grande classe, et surtout, tellement conforme aux préceptes de l’islam comme comportement.

Toutes ces calomnies, parce que je n’accepte pas la droite. Ni le patriarcat. Ni le machisme et la misogynie. Ni la déformation des versets coraniques pour satisfaire son ego. Ni la prétention de vouloir régler les problèmes de société par la religion. Nous amorçons maintenant le règne d’un gouvernement de droite. Je crains très fort que le mélange entre un gouvernement islamophobe et l’obscurantisme islamique nuise énormément à la communauté musulmane, cette communauté intégrée qui aime travailler et côtoyer les Québécois·e·s de toutes les confessions et de pas-de-confession.

Tu vois Adil, tu risques de nous nuire. Fais craquer tes jointures sept fois avant d’écrire des statuts aussi nuisibles. Et par nuisible, je ne parle pas de nuisance cute, comme ces ratons laveurs qui mangent mes poubelles, non. Par nuisible, je veux dire que tes propos auront des conséquences désastreuses sur les musulman.e.s québécois·e·s. Vous, imams de la droite, vous êtes à l’image même de ceux et celles que vous dénoncez : vous êtes des intimidateurs qui ne cherchez que pouvoir et notoriété à travers vos « valeurs ». Laissez votre barbe pousser de quelques centimètres encore; vous pourrez ainsi cacher votre nombril pour essayer de nous faire croire que tout ne tourne pas autour de celui-ci.

Note

[1] Journée des femmes