Plusieurs textes instructifs ont été publiés depuis quelques semaines par des tenants des deux options[1] entre lesquelles choisiront les délégués de Québec solidaire lors du 15e Conseil national du parti qui se tiendra les 29, 30 et 31 mars 2019, à Québec. Ce vote déterminera la position officielle de Québec solidaire en matière de laïcité.

J’ai décidé pour les besoins du présent article de reprendre des éléments du texte de l’allocution prononcée par Francis Boucher en faveur de l’option A, dont il a reporté le texte complet sur sa page Facebook[2], ainsi que des extraits de son ouvrage paru récemment chez Somme toute, La grande déception.

Un objectif commun, une approche différente

Dès les premières lignes de son allocution, on comprend que ce qui motive le choix de M. Boucher est ce qui mobilise les tenants des deux options chez Québec solidaire : l’inclusion[3]. Cependant, on constate que les échanges acrimonieux qui ont parfois pris place entre Solidaires sur les réseaux sociaux, à mon grand dam, l’amènent à affirmer que les tenants de l’option B, dont je suis, verraient l’option A comme une position raciste.

Et, ultimement, ça abime même le parti pour lequel on choisit de militer, puisqu’il ose présenter une option qui incarnerait le racisme et la discrimination[4].

Il y a ici surenchère. On peut imaginer ce qu’a de douloureux le fait de recevoir pareille étiquette de la part de camarades militant·e·s de gauche. Comme toujours, vaut mieux ne pas prendre la partie pour le tout. Des propos excessifs et des insultes émis par certaines personnes sous une publication Facebook ou à la suite d’un twit ne peuvent servir à résumer les perceptions de tout un groupe. Les réticences des tenants de l’option B face à la position incarnée par le compromis Bouchard-Taylor ne se résument pas à une dichotomie simpliste entre racisme et inclusivité.

Quand Francis Boucher dit que « d[D]ans le climat tendu qui est le nôtre, Québec solidaire a une occasion historique d’être une voix centrale dans un débat qui est tout aussi central », je suis d’accord, et cette occasion doit s’arrimer aux valeurs fondatrices de QS, des valeurs qui ne peuvent servir à alimenter une quelconque forme de discrimination envers des personnes déjà marginalisées, car on le sait depuis la déplorable charte des valeurs péquistes, ce sont avant tout les musulmanes voilées qui sont ciblées par les projets laïcistes[5].

Humains, trop humains

Si je déplore le niveau-caniveau de certains échanges qui ont pris place entre Solidaires autour de cette question. Si certains chevaliers de l’option B auraient certainement dû y penser à deux fois avant de dégainer l’épée de leurs injures du fourreau de leur clavier, l’attitude de certain·e·s partisan·e·s de l’option A a aussi été parfois au moins nettement discutable. On sait ce que les émotions peuvent provoquer chez des militant·e·s par définition passionné·e·s. Par exemple, quand je lis :

On a d’un côté le clan conservateur catho-laïque incarné par la CAQ et, dans une certaine mesure, par le PQ.
On a de l’autre, le camp libéral, déconnecté totalement de la majorité, qui se campe sur une position caricaturale, qui, au final, ne représente pas grand monde[6].

Difficile de ne pas déduire face à cette « position caricaturale » que l’option B verserait elle-même dans la caricature. Quoi qu’on puisse conclure de ces quelques lignes, il est vrai qu’il est facile de grossir les traits des postures qui ne sont pas les nôtres, l’être humain ayant tendance à se définir par différenciation, par contraste, par comparaison. Cela est d’ailleurs un de ces mécanismes mentaux qui incitent les gens à d’abord se méfier de ce qui est autre que soi, que sa tribu, que sa société. Nous gardons tous des souvenirs de nos premières rencontres avec des personnes d’autres nationalités, d’autres cultures, d’autres religions. Je me rappelle de mon propre étonnement devant les premières femmes voilées que j’ai croisées en Palestine, il y a bien longtemps de cela. Dans son livre La grande déception, dont je vous recommande la lecture, Francis Boucher se rappelle : « Samira [Laouni] se présente pour le Nouveau Parti démocratique (NPD) en 1998, dans la circonscription de Bourrassa. Sa candidature dans le contexte post-11 septembre, ne passe pas comme une lettre à la poste. Je me souviens moi-même d’avoir été choqué par sa candidature. « Comment? Le NPD présente une femme voilée? C’est pas supposé être un parti féministe, ça? », me disais-je à l’époque[7]. »

Il est également intéressant qu’un défenseur de l’option B, Sébastien Barraud, un Français d’origine — la France, ce terreau de la laïcité républicaine dont on connaît désormais les effets néfastes — fasse aussi un genre de mea culpa identitaire : « En bon petit soldat universaliste dénué de toute reflexivité critique, j’étais de ceux qui soutenaient cette loi sur les signes religieux à l’école et qui péroraient qu’elle ne visait pas plus les lycéennes voilées que les collégiens portant la kippa. J’ai compris en immigrant dans notre Québec interculturaliste qu’il s’agissait, en fait, d’un aveuglement idéologique[8]. »

Nous et l’Autre

Si l’option A cherche vraiment à rassembler les Québécois·e·s de toutes les origines, de tous les horizons migratoires, d’ancienne migration dite de souche comme de migration plus récente dite néo-québécoise, on peut se demander ce qui sous-tend ces affirmations.

Si nous adoptons la position B, nous coupons les mains de nos députés.
Nous les condamnons à l’impuissance.
Ce n’est pas le moment de s’isoler[9].

L’apaisement recherché ne se situe-t-il alors pas davantage du côté de la majorité francophone historique? Québec solidaire n’est-il justement pas un parti dont la mission fondamentale est de donner une voix à tous les sans-voix, aux personnes vulnérables, en situation minoritaire et/ou d’oppression? Et pourquoi la position B ne se défendrait-elle pas dans l’arène publique? Le curseur identitaire s’est-il collectivement déplacé tellement à droite qu’il n’est-il plus possible de présenter les arguments de la complète ouverture à tous les autres que ce « nous » majoritaire? Il est vrai que partout en Occident et au-delà, on constate que les divers « nous » nationaux se braquent de plus en plus dans leurs coins géographiques et culturels respectifs, mais QS doit-il s’inscrire dans ce courant? Le parti est-il tenu de faire un compromis avec ce courant?

Le Québec a besoin d’un Québec solidaire fort qui met tout son poids dans la balance pour qu’un compromis acceptable soit adopté.
Le compromis Bouchard Taylor permettra de calmer les esprits pour que nous passions à un autre appel[10].

Le « nous » énoncé ici est clairement celui de la majorité territoriale. Le compromis Bouchard-Taylor pourrait peut-être (j’ai de grands doutes à cet égard; j’y reviens ci-dessous) permettre au « nous » collectif de souche de passer à autre chose, mais pour les premières personnes concernées, qui seront affectées ou éventuellement affectées par une telle prise de position chez QS, qui demeure aux yeux de bon nombre d’entre elles le seul véhicule politique sur lequel elles peuvent compter, il n’y aurait rien à célébrer.

Ce compromis ne fait de mal à personne et permet de rallier le plus grand nombre[11].

C’est là que les grands doutes susmentionnés m’assaillent. Il est à mon avis naïf de penser qu’en cédant sur les principes au fondement des chartes des droits et libertés et des déclarations des droits de la personne, les identitaires xénophobes[12] qui pourrissent le climat social depuis trop longtemps retourneront dans leurs terres. Ils ont trouvé un os à ronger, une cause qui les anime, manifestement devenue pour beaucoup d’entre eux et elles un point de ralliement — un constat navrant mais réel. On pourrait ici faire un long aparté sur le fléau de la solitude, l’omniprésence de la désinformation et des théories du complot, la destruction du lien familial et social dans la tourmente néolibérale, mais je sais que je m’adresse à des gens informés, alors passons. Ce sur quoi je veux toutefois insister, c’est la pente glissante sur laquelle le fait pour le parti le plus progressiste du Québec de céder aux hurlements des loups de la fausse laïcité pourrait l’entraîner. L’ADN de Québec solidaire est depuis ses débuts celui d’une inclusivité sans compromis, et tout ce qui peut nuire à un groupe en termes de liberté de conscience, de circulation des personnes, d’accès au marché du travail, etc., doit être rejeté en bloc[13].

Les personnes investies d’un pouvoir de coercition

Concrètement, dans une société de plus en plus diversifiée, il me semble que ce n’est trop exiger que de demander aux juges de ne pas porter de grosses croix ou de kippa.
Je nous demande aussi de sortir des cas particuliers sur lesquels on ne cesse de se focaliser, pour se mettre à la place des justiciables et non pas seulement à la place de l’éventuelle personne qui porterait un signe religieux et qui voudrait postuler pour un poste de juge.
Dans les faits, la vaste majorité des Québécois de toutes origines seront toujours plus nombreuses à être justiciable que juge.
Y compris les minorités.
Elles ont aussi le droit d’avoir un juge devant elles qui est insoupçonnable de partialité sur des bases religieuses[14].

Pourquoi ne parler que des juges? Ils forment un groupe choisi et restreint. Ce n’est pas d’abord à ces personnes en position d’autorité coercitive que je penserais. Déjà, les procureurs sont passablement plus nombreux. Je pense cependant surtout aux milliers de policiers et policières, de gardiens et gardiennes de prison. De plus, pour ce qu’il en est des juges, leur indépendance est clairement établie, et on ne voit pas comment un gouvernement de la CAQ pourrait leur imposer quoi que ce soit. « L’indépendance judiciaire signifie que la magistrature doit demeurer distincte et séparée des autres organes du gouvernement[15]. »

En outre, contrairement à ce que l’on pourrait croire, il n’est sans doute pas si simple de distinguer les agent·e·s de l’État en mesure d’exercer un pouvoir de coercition de ceux et celles qui ne le peuvent pas : « On se demande d’ailleurs pourquoi les douaniers ou les agents de la DPJ, qui possèdent aussi un pouvoir de coercition, ne sont pas inclus dans les interdictions proposées par le rapport Bouchard-Taylor, alors même que la présidence et la vice-présidence de l’Assemblée nationale, qui ne portent pas d’uniforme non plus, y sont[16]. »

Transformer un héritage religieux en legs inclusif

Bouchard-Taylor permet justement de jumeler à la fois notre volonté d’inclusion et de mise à distance respectueuse du religieux.
Il me semble que, là aussi, Québec solidaire a un rôle à jouer[17].

La méfiance du religieux qui persiste chez de nombreux Québécois·e·s de souche est compréhensible et ne doit pas être balayée du revers de la main. Par ailleurs, ils existent et sont loin d’être une quantité négligeable les néo-Québécois·e·s qui ont connu dans leur pays d’origine une vie modelée par une religion contraignante, quand ils et elles n’ont pas fui des théocraties brutales. Passons sur le cas de ces femmes d’origine arabe et/ou musulmane qui ont adopté la posture identitaire la plus dure et intransigeante en transposant sans filtre le traumatisme du pays natal sur le Québec, qui est un État de droit. Pas parce qu’elles ne méritent pas qu’on les écoute, bien au contraire, mais leur situation est beaucoup plus complexe que ce que le présent texte peut encore absorber.

Cependant, justement parce que nous vivons dans un État de droit, le rôle de QS doit être celui d’un chien de garde de ces principes qui s’enracinent en bonne partie dans la notion selon laquelle les chartes des droits et libertés servent fondamentalement à protéger les droits des minorités contre la dictature de la majorité, un outil dont nous nous sommes collectivement dotés pour faire contrepoids à la fonction électorale démocratique qui porte au pouvoir le parti qui représente le mieux les humeurs de la majorité, d’où d’ailleurs l’élection récente de la CAQ qui porte un projet laïciste cousu de fil blanc identitaire.

QS doit aussi s’inscrire dans une certaine continuité historique, qui appartient d’abord et avant tout au mouvement progressiste.
Celui d’une recherche d’un équilibre correct et raisonnable entre le temporel et le spirituel[18].

Québec solidaire peut et doit s’inscrire dans cette histoire héritée de la révolution tranquille. Quand je pense à la révolution tranquille dans ce contexte, je pense avant tout à la figure de Gérald Godin. Comme je trouve toujours un peu suspect de faire parler les morts, je ne m’étendrai pas outre mesure, mais pour qui a lu et écouté Gérald Godin, je pense sincèrement qu’il se serait rangé du côté de la plus grande ouverture possible.

Là aussi, il me semble, Québec solidaire a une occasion de mettre en pratique l’interculturalisme.
Ce qui lui permettrait d’échapper aux accusations constantes de faire preuve de multiculturalisme[19].

Encore ici, il est toujours périlleux de prendre des décisions en fonction d’anathèmes non fondés, d’accusations proférées par des gens qui ne cherchent pas le dialogue, qui sont en règle générale motivés par la peur de l’Autre. La majorité des accusations de multiculturalisme que je vois passer se concluent souvent par « Trou d’eau », ce calembour plein d’esprit. Ce qu’il faut voir, c’est la constellation idéologique à l’œuvre. L’interculturalisme ne s’impose pas comme une option au multiculturalisme quand on envisage les choses à travers une lunette identitaire obtuse; ce n’en est qu’un avatar. La main tendue continue de ressembler à un poing quand c’est une main de gauche qui est offerte aux gens que le discours de la droite nationaliste a contaminés. On peut à juste titre s’en désoler, mais on ne peut négocier les préceptes raisonnés de l’ouverture humaniste, qui s’incarnent dans les chartes des droits et libertés et les déclarations des droits de la personne, avec les fondements irrationnels de la fermeture à la différence.

Francis Boucher ajoute : « En ces temps polarisés, il me semble que c’est une position honorable ». Bien sûr, et comme je l’ai dit d’emblée, je ne suis pas de ceux et celles qui qualifient les tenants de l’option A de racistes. Nous avons bien assez des vrai·e·s xénophobes qui de nos jours polluent de leurs préjugés certains journaux et certaines radios, notamment, pour nous en prendre à des personnes dont la bonne foi ne peut être mise en doute. Je ne déchirerais pas ma chemise sur la place publique si QS optait pour l’option A, mais je continuerais de militer à ma modeste mesure pour que Québec solidaire finisse par adopter une position réellement conforme aux valeurs d’inclusivité qui sont celles du parti depuis sa fondation.

Le compromis Bouchard



Et si bien sûr on peut me rétorquer que le compromis Bouchard-Taylor est la position par défaut du parti depuis un bon moment, il faut voir que la situation a évolué, que Charles Taylor lui-même a rejeté cette position. On comprend désormais clairement la genèse du compromis Bouchard-Taylor. À l’époque, la commission Bouchard-Taylor avait été mise sur pied par le gouvernement Charest en réponse à des jugements de la Cour suprême critiqués au Québec, en réaction à ce que l’on avait appelé la crise des accommodements raisonnables. Il faut toutefois se souvenir que l’ADQ de Mario Dumont avait sauté à pieds joints sur l’occasion en jetant de l’huile sur le feu identitaire et en prenant soin de garder la « crise » bien vivante, à des fins électoralistes évidentes. L’ADQ, le creuset de la CAQ actuelle et de son projet laïciste, avait alors surfé sur deux ou trois cas anecdotiques d’accommodement raisonnable pour des motifs religieux. Des cas qui forment depuis toujours et encore de nos jours une petite portion des demandes d’accommodement raisonnable déposées chaque année, et qui le sont dans la majorité des cas pour d’autres motifs (handicap, grossesse, etc)[20].

Cette crise a ensuite été artificiellement gonflée aux hormones partisanes au fil des ans par les divers partis politiques. Québec solidaire doit éviter de faire de même, doit refuser cette instrumentalisation dont les membres des groupes minoritaires paient le prix.

Et contrairement à ce que prétendent M. Boucher et les tenants de l’option A[21], la preuve est déjà faite que le compromis Bouchard-Taylor n’a jamais calmé quelque xénophobe que ce soit. Sinon, pour la plupart des Québécois·e·s, comme partout ailleurs sur la planète, il y a bien d’autres sujets qui importent davantage. Cette querelle intestine retrouve ses justes proportions quand on la replace dans le continuum des choses auxquelles s’attaquer dans l’optique du bien commun de la nation québécoise.

Que le Conseil national de QS opte pour l’option A ou l’option B la fin de semaine prochaine, je ne crois pas que la majorité des membres et sympathisant·e·s de QS vont en faire une condition centrale de leur adhésion au parti. Il y a tant de dossiers vitaux dans lesquels le parti doit investir ses énergies, à commencer par l’urgence climatique et les inégalités sociales. « La maison brûle et nous continuons de regarder ailleurs », a dit Francis Boucher dans son allocution. Bien d’accord, mais croire que l’option A peut pacifier une frange de la population qui croit encore qu’un terroriste se cache derrière chaque musulman, qu’une prosélyte est à l’œuvre sous chaque hijab est selon moi une erreur de jugement. Nous n’en sommes plus là. Un vaste chantier d’éducation populaire doit être entrepris pour casser les préjugés à l’endroit des Québécois de confession musulmane, et comme les controverses autour de Slàv et Kanata en ont attesté l’été dernier, à l’endroit également des Afro-Québécois·e·s et des Autochtones.

On pourrait d’ailleurs commencer par dissiper la confusion qui règne entre les concepts de sécularisation, de laïcité, d’athéisme et d’athéicité[22].

Politique, realpolitik et polis

Une partie du problème est justement de savoir comment QS doit se positionner pour être en mesure de s’opposer au mieux au projet de la CAQ. L’option A, par son caractère de conciliation avec la position identitaire de la CAQ, pourrait sembler la meilleure option. Cependant, si QS veut se positionner comme réelle alternative de gauche inclusive, féministe et égalitaire face à tous les partis présents à l’AN, pas seulement face à la CAQ actuellement au pouvoir, le parti doit manifester une volonté claire de protéger les droits de tous les Québécois·e·s, dont ceux et celles issu·e·s des communautés ethniques, confessionnelles et d’immigration récente.

Québec solidaire ne peut jouer la game identitaire actuelle sans y perdre des plumes, de fait, sans risquer d’y perdre une partie de son âme. Il est essentiel que QS fasse mieux, parce qu’il est essentiel que le Québec fasse mieux. La barre est haute, mais ce n’est qu’à ce prix que nous rallierons tous nos compatriotes, Québécois·e·s de souche comme Québécois·e·s des ramures, dans une même polis nord-américaine.

Utiliser des extraits de La grande déception pour répondre à un autre texte de son auteur pourrait sembler à certain·e·s un procédé un peu douteux, mais soyez-en assurés, j’y ai trouvé une convergence de vues telle, que cela m’a convaincue de prendre le temps de rédiger le présent article. Ainsi, Francis Boucher rapporte ces mots de Rosa Pires, une Québécoise née ici de parents d’origine portugaise :

Faut qu’on décolonise le Nous de la gauche souverainiste, « c’est qui qui parle au nom de qui, dans l’intérêt de qui, est-ce quand tu parles tu m’inclus, est-ce que je me reconnais? », se questionne Rosa. C’est un travail colossal. Si on veut réussir comme nation, faut le faire mieux que le Canada anglais. Faut le faire mieux, pis faut pas se tromper. Parce qu’on est une nation minoritaire. Si tu fais un parallèle au niveau individuel, une personne racisée doit toujours faire mieux à l’école, doit toujours réussir mieux pour se trouver une job, elle doit exceller dans son domaine pour pouvoir être reconnue. Pis est-ce que c’est juste? Non. C’est pas juste. Est-ce qu’elle devrait faire ça? Non. Malheureusement, c’est la même chose pour la nation québécoise[23].

Si nous devons faire « amende honorable », comme le dit Francis Boucher, à la suite des déchirements de la charte péquiste, le Québec francophone historique se doit de toute façon de faire mieux, de par sa situation minoritaire en Amérique du Nord, face à ses propres minorités en tant que majorité sur son territoire[24].

Québec solidaire, en tant que seul parti de gauche indépendantiste, doit par conséquent faire figure de modèle, et pour ce faire, le Nous doit obligatoirement se conjuguer au véritable pluriel de la pluralité, entièrement et sans restes[25].

Dans un texte collectif publié dans le cadre de ce débat, l’option A est dite celle de la cohérence[26]. La seule cohérence de l’option A est une cohérence partisane et électoraliste, ce qui se défend dans la perspective des jeux politiques. Tous les partis souhaitent un jour former le gouvernement. On est ici dans le domaine de la realpolitik. Les tenants de l’option A parlent à partir de cette position du greater good qui veut que l’on doive casser quelques œufs éthiques pour préparer une omelette de gauche gouvernementale. Je comprends bien pourquoi des personnes de gauche, que je respecte et que j’apprécie, se sont rangées derrière cette option.

La cohérence juridique, humaniste, morale et éthique est cependant du côté de l’option B. On se place ici dans le temps plus long, mais sur le plan de l’efficacité politique, c’est à mon avis une stratégie plus claire et conforme aux avancées des sociétés qui se révélera au final plus fructueuse.

Que le Parti libéral du Québec puisse devenir plus inclusif que Québec solidaire est une possibilité dont l’ironie ne doit pas nous échapper.

Tout cela dit, encore une fois, je ne ferai pas le bacon si jamais l’option A se révélait être le choix des délégué·e·s solidaires le weekend prochain. Il n’y aura ni hauts cris ni déchirage mélodramatique de carte de membre du parti. Parce que je suis convaincue que Québec solidaire doit faire figure d’exemple en matière de droits de la personne, doit être le mètre étalon de l’inclusion au Québec, je continuerais néanmoins de travailler en ce sens. Sinon, au-delà de l’option pour laquelle voteront dans quelques jours les délégués réunis à Québec, je tiens à leur souhaiter en terminant un excellent Conseil national.

Notes

[1] Option A : compromis Bouchard-Taylor, option B : aucune interdiction de signes religieux

[2] https://www.facebook.com/francis.boucher.351/posts/10157039378277071

[3] D’emblée, j’aimerais simplement souligner toute l’estime que j’ai pour les militants de l’option b, qui sont sincères et motivés par un idéal que je partage : l’inclusion. https://www.facebook.com/francis.boucher.351/posts/10157039378277071

[4] https://www.facebook.com/francis.boucher.351/posts/10157039378277071

[5] Malgré la présence de la grosse croix dans les graphiques, personne n’est dupe. Ce projet de loi vise surtout les femmes musulmanes qui portent le foulard. La grande déception, Francis Boucher, éditions Somme toute, Montréal, 2018, p. 85

[6] https://www.facebook.com/francis.boucher.351/posts/10157039378277071

[7] Ibidem, p. 76

[8] https://www.pressegauche.org/Quebec-solidaire-la-laicite-et-les-signes-religieux-pourquoi-je-defends-l

[9] https://www.facebook.com/francis.boucher.351/posts/10157039378277071

[10] https://www.facebook.com/francis.boucher.351/posts/10157039378277071

[11] https://www.facebook.com/francis.boucher.351/posts/10157039378277071

[12] […]pour lui [Pierre Vallières] « le risque reste grand au Québec de voir le nationalisme des francophones “pure laine” se pervertir en une forme dégénérative, xénophobe ou raciste, du sentiment populaire ». La grande déception, p. 132

[13] Il y a toutefois un large accord sur le fait que ce document charte péquiste visait clairement les musulmans et que c’était au minimum, inutilement discriminatoire. À l’époque, déjà, des personnalités importantes du mouvement souverainiste avaient pris la parole pour dénoncer le projet. Les suspects habituels, bien sûr : Françoise David, Amir Khadir. Je dis « habituels » parce que c’est attendu de leur part. QS est un parti résolument antiraciste, féministe et inclusif. C’est donc sans surprise qu’il l’a combattu, entre autres au nom du droit au travail pour les femmes. Ibidem, p. 95

[14] https://www.facebook.com/francis.boucher.351/posts/10157039378277071

[15] https://www.cjc-ccm.gc.ca/cmslib/general/Pourquoi%20independance%20judiciaire%20est-elle%20importante%20pour%20vous.pdf

[16] https://www.pressegauche.org/Quebec-solidaire-la-laicite-et-les-signes-religieux-pourquoi-je-defends-l

[17] https://www.facebook.com/francis.boucher.351/posts/10157039378277071

[18] https://www.facebook.com/francis.boucher.351/posts/10157039378277071

[19] https://www.facebook.com/francis.boucher.351/posts/10157039378277071

[20] Source : https://archipel.uqam.ca/11022/1/M15293.pdf

[21] Je nous implore de s’occuper de ce dossier pour enfin passer à autre chose. Bouchard Taylor nous permettra de passer à un autre appel.https://www.facebook.com/francis.boucher.351/posts/10157039378277071

[22] La situation des athées aux États-Unis

[23] La grande déception, p. 121

[24] Autrement dit, selon Rosa, nous devrions être premiers de classe et non pas se contenter d’être moyens, voire cancres, en ce qui a trait aux relations interculturelles. Cette exigence me paraît difficile à atteindre mais il faudrait au moins essayer. Ibidem, p. 121

[25] Les souverainistes ont une tâche essentielle à remplir, s’il veulent que leur rêve se réalise. Cesser d’avoir peur de nous-mêmes et de l’Autre. Je dirais même plus : faire de l’Autre une partie de soi-même. Ibidem, p. 137

[26] QS et la laïcité : choisir la cohérence