Et pourquoi voudrions-nous à tout prix encourager cette polarisation? Pourquoi choisirions-nous une division qui nous tire vers les extrêmes? Quand c’est rendu qu’on cherche à peindre un camp comme plus violent, plus délinquant que le nôtre, pour se donner bonne conscience et rallier la masse centriste de notre bord, c’est pas fort. Les deux camps savent qu’aucun débat intellectuel n’a trouvé oreille constructive par la violence, et pourtant, le débat commence de plus en plus à ressembler à deux gars chauds qui parlent de hockey dans une taverne louche. À trop chercher à avoir raison, à trop vouloir se mettre cette masse qui regarde les gangs dans la cour d’école et roulent des yeux, à trop voir de blogues porter l’oriflamme d’un croisé salutaire, à trop voir de médias conventionnels se faire trainer dans la boue, comme si le blogue venait remplacer la rigueur journalistique que l’on connait, on devient quoi? Une ferme orwellienne qui se débarrasse du gros bon sens?

28512049_10213790255684014_1878249975_n.jpgEt si on l’écoutait, la masse centriste? La gang des « indécis » qui peuvent, ou non, comprendre la nature individualiste de la droite ou la nature communautariste de la gauche. Elle vous dirait quoi, pensez-vous? Selon moi, elle dirait que ce sont là deux côtés d’un même bébé lala. Parce que si le progressisme est déficient, c’est parce qu’on a arrêté de se parler. Il y a deux camps qui tiennent mordicus à avoir raison, et salir la réputation d’un adversaire intellectuel est en train de devenir une nouvelle pratique. Depuis quand est-ce que ce genre de geste est considéré comme acceptable? Où est passé le : « Assied-toi… parle-moi de ton point de vue, puis je vais t’écouter? » Pourquoi ne s’écoute-t-on plus? Depuis quand est-ce que des intellectuels raisonnent avec leurs passions? C’est le temps d’arrêter de chercher à mettre la masse centriste de notre bord et de plutôt envisager de la rejoindre. Peut-être qu’elle n’est pas centriste parce qu’elle ne sait pas à quel camp adhérer; elle est centriste parce qu’elle considère l’équilibre comme étant plus sain que la prise de position radicale. Et pourquoi notre « élite » intellectuelle n’est-elle plus à la recherche d’une « middle of the road approach », comme le défend si bien sa sainteté le Dalaï-Lama? Comme si elle ne l’avait jamais été. Comme si une prise de position sur tout, et une ligne de parti propre à cette prise de position, devenait une norme.

Le plus inquiétant, à mon avis, c’est de voir des gouvernements qui cherchent à tendre l’oreille vers l’écho du plus grand nombre pour ensuite leur offrir un programme taillé sur mesure. Quand le gouvernail devient la voile, le bateau est loin de s’équiper pour rejoindre le bon port. Quand celui qui doit nous guider cherche plutôt à empiler les votes comme des valises, au lieu de nous offrir l’inspiration nécessaire à l’avancement d’une culture, d’un peuple, ça va mal à la shop. La scène politique devient un nouveau cirque dans lequel on va passer plus de temps à critiquer le parti opposé qu’on va en investir à trouver des solutions raisonnables et raisonnées. C’est le temps d’arrêter de niaiser. On joue tous dans le même carré de sable, et ça ne sert à rien de rester dans notre coin à tourner le dos à ceux qui sont pas dans notre gang. On ne va rien accomplir si on reste dans cette mouvance stagnante, ou si on continue de pointer l’autre, peu importe de qui il s’agit, du doigt et de lui chercher cinquante-six mille bibittes pour qu’il se sente plus pouilleux qu’il ne l’est en réalité. Moi, plus vous allez vous chicaner, et plus je vais me dissocier de vous deux pour me rapprocher du centre. Une fois au centre, je vais m’assoir avec mes camions Tonka, je vais vous regarder vous cracher dessus, et après, quand vous vous serez assez battus, je vais vous tendre une pépine, ou bien mon bulldozer, puis je vais vous dire : « C’est-tu fini? On peut-tu jouer ensemble là? Après, on ira sur les balançoires, et on jasera comme le font les grandes personnes. »