En tant que membre de Québec Solidaire, voici les raisons pour lesquelles j’appuie l’option B (refus d’interdiction des signes religieux pour tous les secteurs d’emploi de l’État) en vue du Conseil national du dernier week-end du mois en cours.

  1. Parce que je crois que nous ne pouvons plus revenir en arrière en tant que société moderne où la transition visant à s’écarter des régimes persécuteurs et intolérants du Moyen Âge est maintenant une chose acquise, qui a été facilitée par trois développements significatifs :
    • Le monde occidental a appris que l’ordre et la cohésion sociale étaient davantage menacés par l’intolérance que la diversité.
    • La vision traditionnelle et paternaliste de l’État a été remise en question par l’accent porté sur la liberté de conscience individuelle et, par conséquent, sur la liberté des personnes.
    • L’hypothèse selon laquelle la signification des symboles religieux est objectivement déterminée a été remplacée par l’idée que ceux-ci sont définis de manière intersubjective par convention.
  2. L’option B parce que je suis un défenseur de la laïcité de l’État et que celle-ci s’incarne de deux façons. D’abord, en protégeant la liberté de conscience des croyant·e·s et des non croyant·e·s. Ensuite, en assumant son devoir absolu de neutralité. Or, lorsque l’État se mêle de la liberté de conscience des un·e·s sans le faire pour les autres, il n’est plus neutre, il ne peut donc plus se prétendre laïc.
  3. Parce que j’adhère totalement à l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme : « Toute personne a la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte ou l’accomplissement des rites ».
  4. Parce que j’adhère totalement à l’article 18 du Pacte international relatif aux Droits civils et politiques : « La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet que des seules restrictions prévues par la loi et qui sont nécessaires à la protection de la sécurité, de l’ordre, de la santé publique ou de la morale ou des libertés et droits fondamentaux d’autrui ».
  5. J’appuie l’option B parce qu’on ne lutte pas contre les intégrismes religieux en interdisant des modes d’expression vestimentaire portés par des agent·e·s de l’État. Nulle part dans le monde occidental n’a-t-on pu démontrer l’efficacité d’un tel interdit législatif.
    Au contraire, les conséquences sociales ont plutôt pris la forme d’un repli identitaire chez les personnes visées, qui sont devenues des cibles de choix pour les intégristes qui les approchent et profitent de leur vulnérabilité, en leur rappelant qu’elles ont été rejetées par leur société et que la solution passe par une pratique plus rigoriste, afin d’atténuer les effets négatifs du rejet qu’elles ont subi.
  6. Parce que comme ex-journaliste, j’ai toujours appris à me fonder sur des faits pour appuyer mes positions de la manière la plus éclairée possible. Il est actuellement impossible de trouver dans le corpus de référence un seul cas au Québec où le port de signes religieux aurait compromis la neutralité de l’État selon la Commission des droits de la personne et de la jeunesse du Québec, dont le mandat est de recevoir les plaintes des citoyen·ne·s.
  7. Parce qu’il est aberrant de croire qu’au plan éthique et technique les juges et procureurs de la Couronne pourraient d’une part s’appuyer sur les chartes des droits et libertés pour défendre, par exemple, un·e employé·e vivant avec un handicap physique qui est discriminé·e par son employeur, alors qu’ils seraient eux-mêmes d’autre part discriminés par une interdiction de porter un signe religieux.
  8. J’appuie l’option B pour la qualité des services offerts par les agent·e·s et représentant·e·s de l’État, ce qui n’a aucun rapport avec leur apparence en lien avec leur foi. En vertu du droit canadien, les motifs subjectifs de porter un signe religieux n’ont aucune pertinence pour un client de l’État. Seule leur conception de leurs obligations religieuses doit être prise en compte.
  9. J’appuie l’option B parce que je suis indépendantiste et que le projet d’un peuple d’atteindre sa pleine souveraineté et son entière liberté doit se faire en incluant tout le monde en tant qu’êtres libres et égaux, à défaut de quoi, ce projet n’adviendra pas.
  10. Enfin, j’appuie l’option B parce que je refuse d’être associé dans l’avenir à des politiques qui contribueraient à briser les rêves et les aspirations de nos jeunes qui souhaiteraient accéder à différents secteurs d’emploi tout en étant libres d’afficher leur mode d’expression religieuse, en tout respect de leur liberté de conscience propre, dans une société moderne, libre, démocratique et pluraliste.