17 février 2018

Joseph Facal - Le chroniqueur aux deux obsessions

Déconstruction d’un discours à caractère xénophobe et islamophobe

28191278_10211866127951799_409310175_n.jpg Ex-ministre d’un gouvernement du Parti Québécois, qui était chargé des dossiers de l’immigration, de la diversité et de l’inclusion, et président du Conseil du Trésor, entre autres choses, Joseph Facal est actuellement professeur aux HEC, chroniqueur au Journal de Montréal et ex-membre actif du site nationaliste et identitaire de droite Vigile.net. Soulignons en guise de complément qu’il est également signataire du manifeste des Lucides, paru en 2005, avec des personnalités de droite connues comme l’ex-premier ministre du Québec Lucien Bouchard, le sénateur André Pratte, anciennement au quotidien La Presse, Guy St-Pierre, ancien président de SNC Lavalin, l’entreprise au cœur du projet de construction de la plus grande prison à servir de lieu de tortures sous le régime libyen de Mouammar Khadafi[1], et Claude Montmarquette, professeur de sciences économiques à l’Université de Montréal.

Joseph Facal, né en Uruguay, est arrivé au Québec en 1970 à l’âge de 9 ans. Il obtiendra un baccalauréat en sciences politiques de l’Université du Québec à Montréal ainsi qu’une maîtrise à l’Université de Montréal, avant de compléter un doctorat en sociologie à l’Université Paris-Sorbonne en 1993. Homme aux idées de centre-droite au plan économique, clairement situé dans la mouvance de la droite identitaire, on connaît ses postures farouchement anti-Québec solidaire. Il est plutôt allergique au multiculturalisme, très méfiant envers une certaine immigration, et il montre une forte propension à transposer dans son discours les dérives islamistes mondiales sur le territoire du Québec.

Ce billet cible avant tout les propos les plus problématiques que ce professeur universitaire a tenus dans ses chroniques publiés dans le Journal de Montréal en 2016 et 2017. Après avoir lu et analysé toutes ses chroniques pour ces deux années, qui sont au nombre de 305, j’en ai conservé au final 290, après en avoir écarté une quinzaine qui portaient sur la Catalogne, alors qu’il avait été dépêché par son journal pour couvrir le référendum de l’automne 2017. Parmi les autres chroniques, un certain nombre porte sur la course à la chefferie du Parti Québécois, sur l’élection de Donald Trump ou sur le « football » européen.

Deux grandes obsessions reviennent dans quatre chroniques sur dix, qu’elles en soient le sujet principal ou un sujet secondaire. D’abord, l’immigration et les communautés ethniques, qui sont mentionnées au moins une fois dans 21,4% des chroniques. Ensuite, l’Islam, les musulmans, le voile et l’islamisme figurent dans plus de 20,3% des chroniques. En d’autres termes, 41,7% des chroniques de M. Facal portent en tout ou en partie sur ces deux thèmes, et ce, malgré l’abondance des sujets qu’on peut aborder dans l’actualité économique, sociale, politique ou environnementale. Il lui arrive même de glisser des phrases sur l’immigration dans une chronique portant sur le pétrole, tellement son obsession peut être aiguë à l’occasion[2].

Joseph Facal n’est pas un chroniqueur ordinaire. Il se situe en haut du classement de l’ensemble des chroniqueurs et chroniqueuses de ce journal par son parcours académique, et il pourrait être considéré comme un des rares idéologues de cette publication. Son influence est donc non négligeable auprès du lectorat et de l’opinion publique en général.

Pour éviter de trop allonger le présent billet et d’en rendre la lecture fastidieuse, j’ai choisi quelques extraits de huit chroniques qui font ressortir les deux obsessions en question, pour un total de seize textes. J’aurais toutefois pu offrir bien d’autres exemples pour illustrer sa méfiance insistante envers une certaine immigration, qu’il rejette sans appel, ainsi que les propos islamophobes et les « islamalgames » qu’il répète à satiété.

Xénophobie : Hostilité à l’égard d’un individu ou d’un groupe de personnes considéré comme étranger à son propre groupe. Principalement motivée par la peur de l’inconnu et de perdre sa propre identité, elle se détermine selon la nationalité, l’origine géographique, l’ethnie, la couleur de peau, la culture ou la religion.

Immigration, communautés ethniques et multiculturalisme

Voilà les mots qui reviennent constamment dans les chroniques de Joseph Facal, et qui permettent de l’identifier dans le camp de ceux qui professent la plus grande méfiance envers l’immigrant non caucasien. Le chroniqueur se montre hostile à l’immigration de certaines régions qui, selon lui, ne peut être bénéfique à la société québécoise, parce qu’elle est impossible à intégrer à ses yeux. Sa xénophobie n’est pas seulement dans l’air du temps, elle est fortement inscrite dans sa posture intellectuelle.

La méfiance de l’ex-ministre de l’Immigration envers ce qui ne lui ressemble pas

Dans une chronique intitulée « La nouvelle lutte des classes[3] », le chroniqueur affirme ceci : « Il est normal d’être mal à l’aise au premier contact avec des gens qui ne vous ressemblent pas ». Posture de repli identitaire, suspicion, il tente maladroitement de généraliser à l’ensemble du peuple québécois les attitudes socio-comportementales d’une partie de la population face à l’« étrange » venu de contrées lointaines non caucasiennes. On croirait lire un partisan du Front national « soft » décrivant ses états d’âme dans la revue Valeurs actuelles.

Le chroniqueur et sa posture caquiste

facal.jpgDans une série de chroniques, écrites en pleine course à la direction du Parti Québécois, l’ex-ministre excite la frange identitaire de droite du parti et donne le ton graduellement, au fil des semaines, afin d’influencer le vote en faveur des postures identitaires de Jean-François Lisée, qui était dans la figure de l’« outsider » au début de la course. Le tout commence par la chronique « Immigration : Le bal des hypocrites[4] ». Il reprend alors l’idée de François Legault, de la Coalition Avenir Québec[5], selon laquelle il faudrait évaluer, à l’arrivée de l’immigrant ou après un certain nombre d’années, ses connaissances en matière de « valeurs québécoises ». Ce passage de la chronique positionne l’auteur : « Normal de demander de vérifier les valeurs de ceux que l’on accueille. La vérité oblige à dire que l’immigration ne posait guère de problèmes tant qu’elle provenait que de pays dont les valeurs étaient similaires aux nôtres ». Voilà qu’en prime il fait du révisionnisme sur l’immigration irlandaise du début du XXe siècle, dont une minorité a emmené avec elle la pègre, et l’immigration italienne consécutive à la Seconde Guerre mondiale, dont des éléments ont permis à la mafia de s’implanter ici : ces deux communautés avaient pourtant bien des choses en commun avec le Québec d’antan, au plan culturel et religieux.

La cécité « volontaire » de l’ex-ministre de l’Immigration sur le modèle de l’interculturalisme

En pleine course à la direction de son ancien parti, en septembre 2016, il prend clairement position contre le candidat Alexandre Cloutier, le jugeant trop proche des recommandations du rapport Bouchard-Taylor en affirmant ceci : « En quoi “l’interculturalisme” dont il se réclame est-il autre chose qu’un multiculturalisme auquel on ajoute la Loi 101[6]? ». Remarquez ici qu’il prend la peine de mettre entre guillemets le terme interculturalisme, calquant la position dure des identitaires de droite qui vont même jusqu’à nier le modèle québécois, alors qu’un grand nombre de parlementaires européens sont même venus observer chez nous ce modèle dans le cadre d’un symposium international, en mai 2011, organisé par Gérard Bouchard[7]. Il donne ainsi l’impression à ses lecteurs qu’il existerait des enclaves ethniques partout au Québec, au même titre que dans la région de Toronto ou celle de Vancouver. Ou encore, il nie à ce modèle toute capacité de réaliser l’intégration dans un contexte de diversité, en favorisant les interactions, les rapprochements, les échanges et les initiatives intercommunautaires.

La « grande compassion » de l’ex-ministre de l’Immigration

Le 1er octobre 2016[8], le chroniqueur montre bien qu’il n’aurait sûrement pas franchi l’étape d’une sélection à l’embauche pour un organisme humanitaire en écrivant ceci : « Il se trouve simplement que les immigrants viennent surtout des endroits où ça va mal. Prenez une carte du monde, regardez où c’est le bordel et vous saurez qui veut le plus venir chez nous. Comme un immigrant n’est cependant pas un réfugié, c’est à ce moment qu’une société ne doit pas s’interdire d’avoir une discussion d’adulte sur qui elle veut accueillir ». Exit la misère humaine reliée aux guerres, que souvent nous avons contribué à nourrir, aux catastrophes environnementales et aux dictatures : le chroniqueur semble visiblement vouloir disqualifier ce type d’immigration.

Le chroniqueur excite les militantEs de la droite identitaire du PQ

Joseph Facal prend position dans sa chronique suivante, « Jean-François Lisée le meilleur choix[9] ». Il renchérit sur le candidat Cloutier, en le disant trop proche de « l’immigration ouverte et du nationalisme civique ». Ce qui signifie clairement, sans l’affirmer - on le verra dans le prochain volet - qu’il existe une certaine immigration irrecevable, à disqualifier d’emblée, et que le nationalisme à caractère ethnique, malgré ses déclinaisons plus que dommageables pour la paix sociale, serait le modèle à privilégier.

Joseph Facal promeut-il l’âgisme en immigration?

Le 29 octobre – il semble visiblement très préoccupé par une certaine forme d’immigration en octobre 2016 – il signe une chronique ayant pour titre « Immigration : la machine repart[10] ». Il adopte une posture plus que douteuse en souhaitant même exclure certaines réunifications familiales, selon les régions géographiques dont proviennent ces familles : « Le gouvernement, écrit-il, veut prioriser les travailleurs qualifiés sauf que ceux-ci voudront faire venir leurs vieux parents dont les chances de s’intégrer à la culture majoritaire seront quasi nulles. » Donc, si on le comprend bien, les grands-parents de France, d’Allemagne ou encore d’Italie seraient les bienvenus, mais les « étranges » de l’Indonésie, du Maroc ou du Burkina Faso devraient se satisfaire de mourir loin de leurs enfants?

Joseph Facal cible ses ennemis en pratiquant la mauvaise foi

Dans sa chronique « Sodomie sans permis[11] », qui porte sur Bernard « Rambo » Gauthier, le professeur des HEC affirme ceci : « Pour refuser de voir que l’immigration n’a pas que des bons côtés, il faut être chroniqueur à La Presse, militant libéral ou un étudiant dont le cerveau a été lavé par le cours Éthique et culture religieuse ». (Remarquons au passage qu’il épargne Québec solidaire, ce qui est étonnant.) Il décide cependant qu’il est impossible à ceux qu’il fustige de s’interroger posément sur les conséquences sociales, économiques et autres du phénomène général de l’immigration.

Michaëlle Jean, parasite?

Dans sa chronique du 16 novembre 2017[12], Joseph Façal se lance dans une charge à fond de train, en reprenant la définition qui rattache le parasite au règne animal, critiquant les dépenses somptuaires de plus d’un million de dollars de l’ex-secrétaire à la Francophonie internationale et ex-gouverneure générale du Canada, une femme d’origine haïtienne, tout en se gardant bien d’appliquer la même épithète à David Johnston, son successeur, qui, lui, a coûté 233 000 $ en fonds publics pour des dépenses douteuses. Il y aurait donc une catégorie pour définir le parasite en fonction d’un certain volume de dépenses? À moins que la motivation du chroniqueur ne soit tout autre, lorsqu’il prend soin de préciser qu’elle a été nommée en tant que « minorité visible » à l’époque, et qu’« apparemment il y a un mérite pour cela ».

La posture islamophobe du chroniqueur - Deuxième obsession : L’Islam, les musulmans et le voile

L’islamophobie à caractère idéologique : Attitude obsessionnelle qui se caractérise par un discours négatif envers l’Islam, le hidjab et ses déclinaisons, les musulmans et les régions d’où ils proviennent, en faisant usage d’« islamalgames » entre islamisme, terrorisme et projets conspirationnistes d’invasion.

Joseph Façal fait une réelle obsession de toutes les questions entourant l’Islam. Il lui arrive même parfois de répéter[13] que nous sommes en guerre, en utilisant des amalgames pour alimenter la suspicion dans la population. Son degré de responsabilité est au niveau zéro. Allons-y voir.

Le chroniqueur lance des épouvantails

Le 19 janvier 2016, il signe « Derrière les masques[14] », une chronique qui porte sur les six QuébécoisEs victimes d’un attentat terroriste au Burkina Faso. Il donne le ton : « Si vous pensez que vous serez plus en sécurité en restant chez vous, à Ahuntsic, à Sillery ou à Saint-Bruno, sortez de votre bulle. » Le vendeur d’angoisse semble faire l’économie de la complexité du monde musulman et va même jusqu’à affirmer, entre autres solutions illusoires pour endiguer le terrorisme d’inspiration islamiste, « croire que le développement économique et social du Moyen-Orient serait la solution ». On comprend mieux pourquoi il enseigne aux HEC plutôt que dans un département de Sciences politiques.

Dans une autre chronique sur le même thème, « Terrorisme, jusqu’où l’hypocrisie », illustrée d’une photo des tours du World Trade Center qui s’écroulent[15], l’ex-ministre péquiste affirme, dans le premier paragraphe, qu’« il faudrait être un parfait crétin pour nier que nous sommes en guerre». Et plus loin, il nous présente un amalgame relié à l’immigration arabo-musulmane en déclarant : « Comment voulez-vous intégrer des gens qui souhaitent vivre comme au VIIe siècle? » Voilà le type de généralisation plus que douteuse à laquelle se livre le chroniqueur, nourrissant ainsi non seulement le mépris et le mensonge envers l’ensemble des communautés issues du monde musulman, mais aussi le préjugé selon lequel chaque immigrant de ces communautés serait un terroriste potentiel, puisque nul d’entre eux ne pourrait vivre dans la modernité.

L’amalgame champion du professeur universitaire

On a droit à une véritable pièce d’anthologie du « point Godwin », le 21 janvier 2016, dans sa chronique intitulée « La lâcheté vertueuse[16] », où il met en parallèle les caractéristiques de la menace du régime nazi qui a pesé sur l’ensemble du monde avec celles de l’islamisme violent. « L’ennemi est tapi dans l’ombre, soutenu par nos gouvernements et des gens parmi nous. Il faut savoir prendre la mesure du danger auquel on fait face ». Donc, si on le comprend bien, même si Daesh était nettement en perte de terrain alors qu’il écrivait ces lignes, l’énorme machine de guerre nazie, qui s’appuyait sur des scientifiques parmi les meilleurs du monde et sur une industrie de propagande en avance sur les autres pays européens de l’époque, était à mettre sur le même plan que des bombes artisanales construites dans des appartements miteux de Lyon, de Bruxelles ou d’Amsterdam par de jeunes musulmans désorientés et en perte de repères sociaux, étroitement surveillés par des services de renseignement à la fine pointe de la technologie!

Le souverain mépris de l’ex-ministre

Dans « Une guerre que nous allons gagner[17] », le « guerrier virtuel » nous livre ce passage : « Il nous faut mieux comprendre tous les problèmes d’un monde Musulman qui a raté tous ses rendez-vous avec la modernité ». Il ne semble pas venir à l’esprit de l’auteur que les interventions impérialistes et militaires des pays occidentaux dans un certain nombre de pays musulmans ont fait reculer ces pays plutôt que de leur permettre de se développer davantage. L’histoire est têtue à cet égard. Alors que dans les pays à majorité musulmane où la présence occidentale a été limitée, la Malaisie, le Pakistan, l’Indonésie, le Brunei, nombre de scientifiques sont recrutés pour leur compétence. Le professeur ne fait pas ici preuve d’une grande rigueur méthodologique en négligeant de mentionner que du VIIe au XVe siècle, c’est le monde musulman qui faisait avancer scientifiquement le reste du monde, alors que l’Europe, plongée dans l’obscurantisme religieux, brûlait des livres. Il est vrai qu’il y a eu retournement de l’histoire depuis, mais cela est en étroite relation avec le début de la présence occidentale en terre musulmane, et d’une omniprésence du religieux dans les institutions étatiques après le premier conflit mondial.

Le chroniqueur renchérit dans le mépris et la mauvaise foi, le 7 juillet de la même année[18], dans une chronique portant sur Donald Trump : « Habituellement, des gens comme Trump accèdent au pouvoir dans des sociétés arriérées comme au Moyen-Orient, pas aux États-Unis».

La responsabilité par association des musulmans vis-à-vis du terrorisme selon Joseph Facal

Soulignons ici la posture de l’universitaire qui reprend, quand il ne les nourrit pas, les commentaires qui circulent sur les réseaux sociaux à l’effet que l’ensemble du monde musulman, quel que soit le degré de rigorisme des pratiques et des croyances qu’il embrasse, serait au moins en partie responsable, voire coupable par association, de tous les attentats terroristes d’inspiration islamiste. Dans son billet, « Non coupables, mais responsables[19] », il est on ne peut plus clair : « Ne pas être coupable ne vous dispense pas de vous reconnaître une responsabilité et de l’assumer ». Quelle odieuse déclaration à caractère islamophobe! Comme si Fatima, travailleuse sociale habitant sur la rue De Lorimier à Montréal, ou Khaled, le jeune étudiant de l’Université d’Oxford, devaient s’autoflageller pour expier les fautes des « égarés » qui picolent dans les bars de Djakarta ou qui trafiquent de la drogue à Kaboul pour se payer des explosifs – ce qui, en somme, n’a rien à voir avec les pratiques de l’Islam – afin de se donner des raisons de mourir plutôt que de vivre.

Les errements et insultes du chroniqueur

Il fallait s’attendre à ce que le chroniqueur de la droite identitaire s’empresse de rajouter une couche à l’inflation médiatique autour du burkini, à l’été 2016, dans « L’Islamisme : Comment combattre l’incendie[20] ». L’exagération et l’enflure verbale sont à l’honneur dans ce passage : « Le burkini est une provocation pour faire plus de place dans l’espace public à une idéologie totalitaire » Pouvait-il vraiment être en possession de ses moyens quand il a écrit ça, sachant que la posture islamiste exige une modestie à toute épreuve dans la tenue féminine, interdisant le maquillage et tout vêtement qui laisse voir les formes du corps. Alors que le burkini est une tenue des plus moulantes, tout à fait contraire à ces préceptes islamistes. L’auteur ne fréquente sûrement pas les plages des pays musulmans et n’a visiblement jamais adressé la parole à une femme portant le burkini pour écrire de telles énormités.

Le droit à l’éducation pour toutes, mais sous conditions

Pour finir, le professeur universitaire choisit son camp : celui qui vise à exclure une certaine catégorie de femmes des sphères de l’éducation, au mépris du Pacte international relatif aux Droits économiques, sociaux et culturels de l’ONU, dont le Canada est signataire, et qui affirme à l’article 13 « le Droit à l’éducation supérieure en toute égalité ». Lors d’une véritable saute d’humeur islamophobe, il affirme : « Je n’enseigne pas à des groupes de 200 étudiants. Dans tous les cas auxquels je suis personnellement confronté, je refuserais qu’une étudiante ne me montre pas son visage[21] ». On l’aura deviné, cette chronique portait sur le niqab. Un vêtement qui est loin de faire l’unanimité, bien sûr, et qui met un nombre considérable de personnes mal à leur aise. Mais est-ce à dire que le professeur refuserait d’apporter son aide à une étudiante qui se présenterait à son bureau pour obtenir des éclaircissements avant d’entreprendre un long travail de fin de session, nuisant ainsi à ses chances de réussir son cours? C’est ce qu’il laisse entendre ici.

En conclusion, le chroniqueur Joseph Facal semble avoir mis un bémol à ses deux obsessions en ce début d’année 2018, du moins en date du 31 janvier. Mais ne soyons pas dupes, l’idéologue de la droite identitaire du Journal de Montréal n’est pas à la veille de baisser sa garde en matière d’immigration, d’identité, d’Islam et de musulmans, et l’on peut s’attendre à bien d’autres chroniques de sa part sur ces sujets brûlants. Son intérêt pour l’avenir du Parti Québécois, de même que certaines questions en suspens dans les dossiers de la laïcité et de la Loi 62, qui porte sur les services à visage découvert, reviendront à l’avant-scène en cette année électorale. Et lorsque viendra le temps de donner du grain à moudre aux activistes du grenier de la droite identitaire et de l’extrême droite, il leur en fournira vraisemblablement quelques charretées.

Notes

[1] La Presse, 27-03-2012

[2] Journal de Montréal, 05-09-2017

[3] Journal de Montréal, 20-07-2016

[4] Journal de Montréal, 01-09-2016

[5] Radio-Canada, 16-03-2015

[6] Journal de Montréal, 24-09-2016

[7] Radio-Canada, 25-05-2011

[8] Journal de Montréal, 01-10-2016

[9] Journal de Montréal, 04-10-2016

[10] Journal de Montréal, 29-10-2016

[11] Journal de Montréal, 13-12-2016

[12] Journal de Montréal, 16-11-2017

[13] dans pas moins de trois chroniques

[14] Journal de Montréal, 19-01-2016

[15] Journal de Montréal, 19-07-2016

[16] Journal de Montréal, 21-01-2016

[17] Journal de Montréal, 24-03-2016

[18] Journal de Montréal, 07-06-2016

[19] Journal de Montréal, 07-07-2016

[20] Journal de Montréal, 30-08-2016

[21] Journal de Montréal, 28-10-2017

7 décembre 2017

Remettre les pendules à l’heure

L’extrême droite : au cœur de la violence envers autrui

Auparavant les gens d’extrême droite pensaient leurs discours mais ne pouvaient se permettre d’en parler. Maintenant ils commencent à parler. Demain ils passeront à l’action.
Xavier Duringer, auteur-réalisateur, 2010

L’extrême gauche n’a pas eu bonne presse dernièrement au Québec. La contre-manifestation du 20 août dernier dans la Capitale nationale en opposition au rassemblement du groupuscule la Meute, qualifié de groupe de la droite identitaire alors qu’en son sein on trouve une véritable auberge espagnole idéologique réunissant des tenants de la droite nationaliste ethno-identitaire comme des individus xénophobes, islamophobes et néo-fascistes, a laissé des traces. Même la gauche inclusive qui cherche à prendre ses distances des méthodes Black Bloc s’est retrouvée amalgamée à ces moyens d’action de la gauche plus radicale par les perroquets de corde à linge de certains médias généralistes qui ont deux fonctions dans la vie: faire du profit et défendre ceux qui leur permettent d’en faire. Jamais dans l’histoire les régimes dits capitalistes hier et néo-libéraux aujourd’hui et leur caisse de résonance, les médias généralistes, n'ont eu intérêt à traiter objectivement la gauche et ses déclinaisons idéologiques. La complaisance, toutefois, à l'endroit de l’extrême droite a été maintes fois démontrée. Ignorer son histoire, c’est se condamner à la revivre. Parlant d’histoire, ce billet n’a pas pour objectif de nier les actes de violence commis par l’extrême gauche, pour des raisons tantôt politiques, tantôt sociales ou plus récemment écologistes avec la mouvance des Eco Warriors issue de la culture anglo-saxonne, et qui se spécialise davantage dans les actes de sabotage.

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21 novembre 2017

Louise Mailloux: déconstruction d’un discours conspirationniste et islamophobe

Conspirationnisme: mode de pensée ou attitude qui consiste à présenter abusivement un évènement ou un phénomène comme étant la conséquence d’un combat organisé par les autorités ou par une organisation secrète, en règle générale minoritaire ou étatique, transnationale, financière, lobbyiste.

Islamophobie:

  1. Dimension pénale ou minimaliste: caractérisée par tout acte de diffamation, incident à caractère haineux, violence verbale ou physique ou politique discriminatoire envers une personne en lien à son appartenance à l’Islam.
  2. Dimension idéologique: caractérisée par une lutte visant essentiellement ou presque exclusivement l’Islam en tenant des propos qui visent tout musulman ou musulmane de par son appartenance à cette religion ou à l’apparence qu’ils ou elles en projettent, à un présumé projet de conquête, d’invasion, de colonisation ou d’infiltration institutionnelle dans le but d’islamiser les sociétés occidentales et/ou percevant ceux-ci et celles-ci comme un problème de société.

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