Qui est Louise Mailloux?

Professeure de philosophie au cégep du Vieux-Montréal, elle est l’auteure, entre autres choses, de La laïcité ca s’impose!, et elle est membre fondatrice du Collectif citoyen pour l’égalité et la laïcité (CCIEL). On connait aussi Louise Mailloux pour avoir été candidate du Parti Québécois dans la circonscription de Gouin lors de l’élection québécoise de 2014, où elle a obtenu le pire pourcentage d’appuis de l’histoire de ce parti dans cette circonscription, soit 20%. Ses principales sorties publiques depuis, et avant même cette élection, se font à travers des collaborations écrites dans le mensuel L’Aut’journal. Elle participe aussi parfois à des tables rondes, entourée de militantes de groupuscules féministes aux postures islamophobes et religiophobes assumées, qui défendent leur propre agenda personnel très souvent motivé pour en exclure d’autres du débat public féministe.

Pourquoi présenter cette militante acharnée de la laïcité maintenant? Tout simplement parce qu’elle est revenue à l’avant-scène cet automne, et qu’on la verra certainement davantage en 2018 en raison du débat sur la laïcité non encore résolu qui teintera sûrement la prochaine campagne électorale, prévue dans moins de dix mois au Québec.

Louise Mailloux profite d’une notoriété accrue par le Parti Québécois pour asseoir l’idée d’un nouveau contrat social reposant sur la crainte de l’autre, le stéréotype, l’ostracisme religieux et la division.
Frédéric Bérard, juriste[1]

Les enflures verbales de la professeure

Le procès Mailloux-Awada: En mai 2014, la militante sociale et étudiante Dalila Awada poursuit la professeure pour diffamation à son endroit, en lui réclamant 120 000$ en dommages moraux et punitifs. Elle accuse notamment l’ex‑candidate du PQ de l’avoir associée à des mouvements islamistes, ce qui n’a jamais été démontré, et d’avoir véhiculé des mensonges à son égard[2].

Cela n’est guère étonnant quand on connait cette tendance lourde de l’activiste à voir des complots partout et à amplifier la présence d’islamistes qui graviteraient autour de l’appareil d’État. Cette dernière réplique par une série d’inflations verbales comme je suis victime d’une poursuite-bâillon et c’est un assassinat professionnel; elle tente de plus de déformer la nature du djihad en attribuant cette poursuite à un djihad juridique. Elle ira même jusqu’à laisser circuler l’idée que des groupes islamistes financeraient cette poursuite pour des motifs idéologiques, et ce, sans aucune preuve à l’appui.

Alors que rien ne démontrait et ne démontre encore que Mme Awada serait affiliée à la mouvance islamiste, et qu’on est en outre en droit de penser que sa famille, selon l’information que la principale intéressée a déjà laissé publiée sur sa page Facebook, serait parfaitement à même de payer les honoraires des avocats. Louise Mailloux croit qu’on veut l’assassiner professionnellement dans cette histoire, alors que pourtant elle a pu bénéficier d’appuis sans équivoque: soutien financier assuré par la campagne de financement lancée par L’Aut’journal et soutien moral par l’entremise de la motion du Parti Québécois adoptée lors de la Conférence nationale des Présidents, en juin 2014. Le terme poursuite-bâillon utilisé par Louise Mailloux détourne le sens même de cette notion, puisque ce type de poursuite émane de grandes organisations ou entreprises aux coffres bien garnis, qui tentent d’écraser un mouvement de contestation en faisant taire des militants sans ressources. De grandes pétrolières et des entreprises minières ont déjà agi de la sorte.

Mme Mailloux tente par la suite, sans succès, de disqualifier Me Anne France Goldwater, qui selon elle ne pourrait être habilitée à défendre Mme Awada en raison de certains commentaires de l’avocate publiés sur sa page Facebook jadis, critiquant ses postures antisémites passées. Les réflexes défensifs-offensifs de Louise Mailloux sont tellement excessifs qu’une chroniqueuse du Journal de Montréal, Lise Ravary, qui aurait dû normalement être sympathique à la cause de la professeure, compte tenu de leurs positions islamophobes communes, y va d’un appui sans équivoque à Dalila Awada, critiquant vertement les méthodes de Mme Mailloux[3].

La «prophète» de la laïcité à l’imagination fertile

Louise Mailloux est également connue pour avoir déjà affirmé que les taxes sur la nourriture halal et cachère servent à financer des opérations guerrières juives et islamistes. En pleine campagne électorale, en 2014, elle persiste et signe en répondant aux questions de la journaliste Louise Leduc de La Presse[4]. Or, on a beau faire des recherches aussi exhaustives que possible, impossible de dénicher le début de l’ombre d’une démonstration qui démontrerait la véracité de cette affirmation.

L’activiste islamophobe, fervente lectrice et adhérente aux thèses complotistes du site Point de Bascule, a probablement été influencée par une pseudo-enquête de Marc Lebuis, un spécialiste des théories du complot qui se devait de trouver une filière quelconque pour démontrer ces faits. Tout ce qu’il a pu découvrir, ce sont les propos d’un mufti de Bosnie-Hergégovine, Mustafa Ceric (qui ne représente que lui-même), qui lors d’un discours à Islamabad au Pakistan, rapporté par le Daily Mail[5], aurait affirmé que les musulmans doivent conquérir le monde par le mouvement halal. À vos armes les saucisses merguez! Prenez garde, un bataillon de sandwiches sish taouk s’apprête à creuser des tranchées aux frontières gréco-turques.

Avec sa malhonnêteté habituelle, sur le sujet en question[6], Point de Bascule ne renvoie pas au contenu de l’article du Daily Mail, dans lequel le mufti concerné parle plutôt du développement de l’économie halal. Et soyons clairs, ce sont les méga-entreprises du secteur de l’alimentation qui prélèvent une taxe cachée, qu’elle soit cachère ou halal, une taxe insignifiante en termes de pourcentage du prix total, et non les lobbys juifs ou musulmans.

Les épouvantails sont partout

Un des discours qui émane souvent de la frange qui favorise une laïcité fermée qui exclut plutôt qu’inclure est cette idée des vases communicants entre la mouvance intégriste et certains partis politiques. Louise Mailloux en est une précurseure depuis déjà 2010. Lors d’une entrevue accordée à l’Association humaniste du Québec, en avril de cette année-là[7], elle mentionne que :

l’intégrisme est présent ici au Québec, il est financé et organisé, et il regroupe un certain nombre de militants politiques qui sont actifs dans certains groupes ou partis politiques

Quelques années plus tard, elle dévoile enfin un nom: Dalila Awada (voir ci-haut). Au vu de l’expérience qu’elle en retire, on doute qu’elle répète l’exercice. On cherche encore les militants et militantes islamistes au sein des partis politiques qui mettent de l’avant des programmes rigoureux en matière de défense des droits des gais et lesbiennes, du libre accès à l’avortement, aux soins de fin de vie et d’une égalité clairement affirmée entre femmes et hommes. Un islamiste, de par sa pratique rigoureuse et sa lecture littérale du Coran, ne pourrait devenir un militant dans un parti politique qui a adopté des éléments de programme aussi libéraux au plan social. Dans les pays musulmans, ils créent habituellement leur propre parti pour participer au débat politique partisan. Disons qu’il est plutôt édifiant de voir quelqu’un présenter des scénarios aussi loufoque dans l’espace public québécois.

L’obsession de l’Islam

Louise Mailloux semble absolument obsédée par cette religion, bien plus que toute autre féministe, et ce, depuis près d’une décennie maintenant. À tel point que lors d’une allocution prononcée au moment de recevoir le prix Condorcet-Dessaules du Mouvement laïc québécois, elle y va d’une autre thèse conspirationniste qu’on ne peut qualifier autrement que de ridicule, puisqu’elle prétend alors que :

l’Islam est porté par la puissante idéologie du multiculturalisme et sert de cheval de bataille à tous les fédéralistes du Québec qui instrumentalisent cette religion, et c’est la seule qu’ils défendent d’ailleurs[8]

L’opinion courante veut plutôt que depuis les années 1960, ce serait davantage la religion juive qui aurait l’oreille des politiciens, les religions catholique et protestante se situant juste derrière. Dans le milieu du lobbying, la présence musulmane remonte à peine aux années 1990, et elle apparaît plutôt hétéroclite par rapport aux autres lobbys religieux.

Les dérives islamophobes

mail2.jpg La professeure Mailloux utilise une recette éprouvée dans les cercles intellectuels. Celle-ci consiste à critiquer l’islam fondamentaliste en prétendant lutter contre cette mouvance rigoriste de l’Islam dans les pratiques et les croyances, pour ensuite s’en prendre au hidjab en l’associant à l’islamisme. On passe donc par les extrêmes pour ensuite confondre l’ensemble des us et coutumes.

On pousse donc les musulmanes et musulmans dans leurs derniers retranchements, ce qui les oblige à passer tout leur temps à expliquer ce que l’Islam n’est pas, plutôt que de pouvoir présenter ce qu’est réellement l’Islam. Voyons deux cas de figure des postures islamophobes de l’activiste.

Premier exemple: la disqualification et le déni 

Lors d’une allocution présentée au colloque sur la laïcité tenu à l’UQÀM en janvier 2010[9], Louise Mailloux part littéralement en guerre contre les mouthadjiba[10]. Tout d’abord elle disqualifie celles-ci en précisant qu’il faut défendre les musulmanes féministes, laïques et progressistes, c’est‑à‑dire les femmes non voilées. Elle cite pour appuyer ses propos l’exemple de Djemila Benhabib, activiste islamophobe parmi les plus intégristes au Québec :

La bataille contre le voile islamique n’est que le début d’une guerre ouverte contre les intégristes, dont l’issue dépendra de notre capacité à le disqualifier des institutions publiques, y compris l’école

La conférencière se positionne au même niveau en affirmant vouloir vivre dans un Québec laïc, c’est aussi avoir le courage de dire non à tous les signes religieux, y compris au hidjab et à l’intégrisme politico-religieux dont il est l’emblème. Plus loin, elle fait carrément dans l’insulte envers celles le portant: Le fait que certaines femmes le portent de leur propre gré ne légitime pas pour autant que l’État québécois cautionne pareille aliénation. Et vers la toute fin de son allocution elle ajoute, après avoir maintes fois amalgamé sans concession le hidjab aux intégristes religieux, au lieu d’accuser les militants laïcs d’intégrisme, les défenseurs de la laïcité ouverte feraient mieux de regarder ceux et celles qui bourdonnent autour d’eux parce que c’est pas nous qu’il faut éradiquer, mais les intégristes religieux.

Il est donc facile ici de conclure selon son discours, que leurs porte-étendards, les femmes voilées, doivent faire partie de cette éradication. Cette islamophobe assumée est dans le déni total des diverses déclinaisons du hidjab, aveuglée qu’elle est par sa propre croisade intégriste. Elle nie qu’une grande partie de ces femmes ne porte le hidjab que pour des raisons spirituelles, à des années-lumière de la militance politique, un grand nombre ne participant même pas au processus électoral.

Imaginons maintenant ces musulmanes voilées de la nouvelle génération, qui aiment se maquiller et porter des vêtements moulants, et qui sont de plus en plus visibles et nombreuses, se pointer dans un congrès de militants islamistes. Je crois qu’elles ne se seraient pas faites inviter à souper. Louise Mailloux ne veut pas savoir que des musulmanes voilées ont participé aux manifestations pour réclamer une présence amoindrie de l’Islam dans la Constitution tunisienne lors du printemps arabe. Elle ne veut pas non plus entendre parler des Égyptiennes voilées qui par milliers sont descendues dans les rues réclamer le départ des Frères musulmans du pouvoir, ou encore de ces Marocaines portant le hidjab qui ont milité pour la réforme du code de la famille (moudawana), il y a de ça déjà plus de 12 ans. Louise Mailloux, dans sa posture fanatisée, préfère ne pas reconnaître les luttes remportées au début des années 1990 par les Iraniennes voilées pour qu’elles puissent réintégrer les professions libérales. Et il ne faut pas oublier, plus récemment, le travail remarquable des Saoudiennes auprès de leur gouvernement pour obtenir le droit de conduire.

Louise Mailloux ne reconnaîtra jamais le féminisme de ces femmes qui se sont réapproprié les écrits coraniques de la main des hommes en les réinterprétant à leur façon partout dans le monde musulman. Elle s’entête dans son déni de la présence de féministes musulmanes portant le hidjab au Québec, qui, pourtant, avec d’autres n’ayant pas fait ce choix, ont créé ces dernières années des groupes comme Défi-iles et des ailes et tout récemment l’Institut F. Mme Mailloux, comme bien des féministes de l’arrière-garde comme elle, n’avouera jamais qu’elle a perdu son combat visant à nous faire croire que ces femmes sont toutes des victimes soumises et des agentes d’infiltration de l’Islam intégriste, alors que le féminisme québécois de confession musulmane sous le hidjab s’est organisé depuis une quinzaine d’années au sein d’une nouvelle génération de femmes cultivées, scolarisées et émancipées.

Avouer cela reviendrait à voir s’écrouler comme un château de cartes une posture idéologique qu’elle et ses acolytes défendent depuis une dizaine d’années.

Deuxième exemple: le Front national et Louise Mailloux - Même combat?

Bien qu’on ne puisse pas clairement associer la militante islamophobe Louise Mailloux aux idées de l’extrême-droite, il arrive parfois que des discours ou des propos trouvent écho chez certains individus de la mouvance islamophobe, sans que cela n’empêche les divergences idéologiques dans d’autres dossiers. J’observe cette activiste anti-Islam et religiophobe depuis suffisamment longtemps pour avoir relevé des points de convergence entre son discours et le programme de rejet des musulmans pratiquants de Marine Le Pen, la cheffe du Front national.

Cette convergence se situe principalement dans la théorie du grand remplacement mise de l’avant par Renaud Camus, qui est plus ouvertement affirmée dans les instances du FN que chez Louise Mailloux et la mouvance connexe au Québec, ce qui n’empêche pas les uns et les autres de souhaiter l’adoption de politiques visant à réduire et encadrer la présence musulmane sur leurs territoires respectifs.

Allons-y voir. Au lendemain des incidents en France qui ont suivi la qualification de l’Algérie pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde de soccer en juin 2014, Marine Le Pen déclare ceci au bimensuel Atlas: >C’est la démonstration de l’échec total de la politique de l’immigration dans notre pays, le refus exprimé par un certain nombre de binationaux de l’assimilation à laquelle je suis particulièrement attachée. Il faut supprimer la double nationalité et arrêter l’immigration maghrébine[11]

Six mois plus tôt, Louise Mailloux, alors qu’elle prenait la parole devant la Commission parlementaire sur le projet de loi 60 du gouvernement du PQ, aux côtés de Pierre Dubuc pour représenter le SPQ-libre et déposer leur mémoire en appui au projet de charte des valeurs péquiste, a affirmé ceci:

L’interculturalisme est le cheval de Troie anti-laïc. L’interculturalisme est du multiculturalisme déguisé. La charte diminuerait ou empêcherait le flux migratoire provenant du Maghreb[12]

Veuillez remarquer ici la communauté de pensée autour du rejet du multiculturalisme et de l’interculturalisme pour privilégier le vieux modèle de l’assimilationnisme, modèle qui a échoué partout où il a été promu, mais qui s’arrime tout particulièrement aux régimes fascisants dans le but de faire disparaitre les cultures qu’on y juge inférieures à la culture d’accueil ou incompatibles avec celle-ci. Le désir du personnage politique et de Louise Mailloux semble manifeste: adopter des politiques d’immigration restrictive discriminatoires envers les Maghrébins et Maghrébines pour nourrir leur haine viscérale et leur peur d’un loufoque déséquilibre démographique.

La suite…

Force est de constater que l’ex-candidate du Parti Québécois sera active dans la sphère publique en 2018. Elle a déjà donné le ton depuis l’adoption de la Loi 62 en se positionnant vigoureusement contre non seulement l’obtention de services pour les quelques cinquante femmes musulmanes portant le niqab, incluant l’accès à la culture dans les bibliothèques ou à l’éducation au Planétarium, mais également contre la présence de ces femmes dans l’espace public.

Cela consiste autrement dit à promouvoir l’emprisonnement à perpétuité dans leur résidence, même si ces femmes pourraient dans certains cas être victimes d’oppression et chercher à sortir de chez elles pour chercher conseil auprès de groupes de femmes, afin de prendre des décisions éclairées pour se sortir de leur situation. Se prétendre féministe dans ces conditions relève pour moi d’une véritable imposture. On aura peut-être droit qui sait à d’autres amalgames absolument délirants, comme sa fameuse comparaison entre le baptême et le viol des femmes, une sortie que Pauline Marois, cheffe du PQ, n’avait pas condamnée à l’époque[13].

Une femme à suivre, car qui sait, elle pourrait être de nouveau candidate du Parti Québécois au moment des prochaines élections.

Notes

[1] Blogue Voir, 9 juin 2014

[2] Le Devoir, 6 mai 2014

[3] Journal de Montréal, 7 juin 2014

[4] La Presse, 5 mai 2014

[5] Daily Mail, 11 décembre 2010

[6] Point de Bascule, 2 avril 2012

[7] Association humaniste du Québec, 11 avril 2010

[8] L’Aut’journal, décembre-janvier 2015

[9] Vigile Québec, 29 janvier 2010

[10] musulmanes portant le hidjab

[11] Bimensuel Atlas, juillet 2014

[12] Verbatim de la Commission parlementaire sur le projet de loi 60, 22 janvier 2014

[13] Radio-Canada, 15 mars 2014