Assez, c’est assez. Je ne partage jamais ses chroniques et je ne parle jamais de lui, mais je vais faire une longue exception aujourd’hui. Parce que ça fera.

Illustration par Alexandre Fatta

Il y a une dizaine de jours, quand j’ai salué dans un statut Facebook le réjouissant passage de Martine Delvaux à Tout le monde en parle pour son dernier essai, Le Boys’ club, j’ai attribué la cerise sur le gâteau à, et je me cite, « l’air de bœuf désopilant de Mathieu Bock-Côté, pour une fois coi et de toute évidence au supplice ». Eh bien voilà qu’aujourd’hui, après (très) mûre réflexion, Mathieu Bock-Côté a fini par sortir de son mutisme pour pondre une chronique sur le sujet[1].

Enfin, je ne veux pas dire qu’il a lu le livre de Martine et qu’il en fait une recension honnête ou une critique argumentée. Non, non, il s’est seulement décidé à se plaindre amèrement d’elle et de son livre sans jamais les nommer et sans le moindre argument qui tienne. Lisez vous-même : après tout ce temps, il se contente, en tout et pour tout, de prêter aux fantômes de Martine et de son livre les pires et les plus classiques intentions que prêtent aux féministes ceux qui les détestent : vouloir « rabaisser l’homme », « abolir le mâle », « prendre l’homme contemporain comme cible d’une campagne de diffamation permanente », et ainsi de suite jusqu’à cette édifiante conclusion : « Je n’ai jamais douté un instant de la valeur de l’émancipation féminine. Je la célèbre et m’en réjouis. Mais je ne vois pas pourquoi je devrais croire qu’elle restera inachevée tant que l’homme ne se laissera pas piler dessus comme un ver de terre. » Ouf.

Mais qui dit ça, au juste? « L’idéologie dominante », c’est quand même un peu vague comme référence. Contre qui Mathieu Bock-Côté plaide-t-il dans cette chronique? Qui veut que l’homme se laisse piler dessus comme un ver de terre, selon lui? Qui incarne à ses yeux ce « néoféminisme académique (sic) qui parvient souvent à faire passer ses idées extravagantes pour autant de thèses scientifiquement démontrées »? Vise-t-il Martine Delvaux, ne serait-ce qu’entre autres féministes? Bien sûr, ça crève les yeux. Mais alors pourquoi ne pas le dire ouvertement? Et pourquoi s’être tu sur le plateau de TLMP alors qu’il avait l’occasion de dire publiquement à cette universitaire féministe ce qu’il pense de ses thèses et même d’en discuter avec elle? Pourquoi ne pas avoir dit à ce moment-là ce qu’il n’ose pas encore lui dire clairement ou dire d’elle explicitement aujourd’hui?

Serait-ce parce que, pour reprendre ses mots, « l[L]a plupart de ceux qui évoluent dans l’espace public acceptent ou, du moins, font semblant d’accepter cette représentation de la société. Ils savent d’instinct qu’on ne la conteste pas sans se faire accuser de sexisme, de misogynie, de masculinisme »? Mathieu Bock-Côté s’inclurait-il dans « la plupart de ceux qui évoluent dans l’espace public »? Se serait-il abstenu de débattre des thèses du Boys’ club avec Martine Delvaux sur le plateau de TLMP de peur qu’on l’accuse de sexisme, de misogynie, de masculinisme? Lui le preux chevalier qui, depuis des années, pourfend sans relâche ce monstre qu’il appelle le politiquement correct? Avouez que ce serait bien étonnant.

N’est-ce pas plutôt parce que s’il attribuait nommément des propos ou des idées aussi débiles à Martine Delvaux ou à son livre, tôt ou tard, il serait forcé de citer de vrais propos de Martine ou de vrais passages de son livre pour prouver ce qu’il avance? Et là, oups… ce serait pas mal moins facile.

N’est-ce pas aussi parce que s’il avait brandi en plein TLMP le sempiternel épouvantail de la-méchante-féministe-qui-veut-réduire-tous-les-hommes-à-l’état-de-ver-de-terre-pour-mieux-piler-dessus, il se serait tout simplement couvert de ridicule ?

Allons Mathieu, dis-toi que si on ne vaut pas une risée, on ne vaut même pas un ver de terre. Arrête d’inventer des méchantes féministes, des méchants gauchistes, et toutes sortes d’autres méchantes personnes qui veulent te censurer. Prends ton courage à deux mains et sers-toi de cette fameuse liberté d’expression que tu prétends défendre pour dire explicitement de qui et de quoi tu parles dans tes chroniques, et surtout, pour t’adresser directement à Martine Delvaux quand elle est là, devant toi, sur un plateau de télé. Sinon, certaines personnes pourraient croire que tu ne te sens pas de taille.

Note

[1] Toutes les citations suivantes sont tirées de ce billet