Les décennies 1970 et 1980 ont été les plus marquantes en terme d’attentats causant la mort. Il suffit de penser au Sentier lumineux apparu au Pérou en 1970, aux Brigades rouges italiennes fondées la même année, à Action Directe créée en France en 1979 ainsi qu’à la Fraction armée rouge née en Allemagne onze ans plus tôt. Pendant cette période et au-delà, deux attentats, eux commis par l’extrême droite, frapperont l’imaginaire collectif par le nombre de leurs victimes : l’attentat commis par les Nuclei armati rivoluzionari (Noyaux armés révolutionnaires) à la gare de Bologne en Italie, qui a causé la mort de 85 personnes en 1980, et celui d’Oklahoma City aux États-Unis en 1995, qui a laissé 168 morts dans son sillage, un attentat orchestré et exécuté par Timothy Mc Veigh, un sympathisant du Mouvement des miliciens, mouvement politique survivaliste paramilitaire proche de l’anarchisme de droite.

Gare de Bologne - 2 aout 1980

L’extrême droite à l’avant scène

Il m’apparait important de préciser ici que l’extrême gauche, tout particulièrement en Grèce est ou serait responsable de trois attentats causant la mort en 2010. Le chef de la sécurité du ministère de l’Intérieur a été victime d’un colis piégé devant son domicile, un journaliste a été abattu devant son domicile, quoique la lumière concernant les responsables n’a toujours pas été faite malgré les soupçons de la police pesant sur la Secte des révolutionnaires d’extrême gauche, et trois employés d’une banque ont été tués après qu’un cocktail Molotov ait atteint celle-ci en marge d’affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. On peut aujourd’hui par contre affirmer en toute objectivité que le danger envers autrui se situe davantage du côté de l’extrême droite que de celui de l’extrême gauche.

L’extrême droite, depuis 2005 surtout, est sortie de sa tanière pour prendre tantôt la voie de l’échiquier politique officiel ou carrément la rue, se distançant du parlementarisme par des démonstrations plus ou moins visibles selon l’espace où elles prennent place. Quoique l’extrême droite soit très variable dans ses moyens d’action, on ne peut que constater la dangerosité de plusieurs de ses membres. Pendant que depuis 2010, la gauche radicale renverse des poubelles, fait voler des vitrines de banque en éclats, confronte les forces de l’ordre en leur lançant des projectiles, l’extrême droite, elle, tue de sang-froid pour des raisons essentiellement idéologiques. Elle est parfois insidieuse et cache ses intentions jusqu’au dernier moment, ou elle téléguide ses actes par des messages plus ou moins codés à travers les réseaux sociaux. Allons-y voir.

Liste des attentats commis par l’extrême droite

22 juillet 2011 : Anders Behring Breivick commet un double attentat contre un rassemblement de jeunes du Parti travailliste norvégien et contre un immeuble gouvernemental au cœur d’Oslo. Bilan : 77 morts et 151 blessés. Dans son manifeste publié sur son site, il développe son soutien au conservatisme culturel, au sionisme, à l’islamophobie, à l’antiféminisme et au nationalisme blanc[1]. Dans ce même document, il avoue être un adepte de la thèse conspirationniste Eurabia[2] de la professeure universitaire britannique d’origine juive Bat Ye’Or, qui affirme qu’une entente secrète est intervenue entre les pays européens pour négocier avec les pays arabo-musulmans une reddition politique et culturelle, afin d’obtenir des garanties pour leur approvisionnement en pétrole, en favorisant l’immigration musulmane et en adoptant une politique anti-israélienne.

5 août 2012 : Un suprémaciste blanc et ex-militaire, Wade Michael Page, tue huit personnes et en blesse trois autres dans une attaque contre un temple Sikh à Oak Creek, dans l’État étatsuniendu Wisconsin. L’auteur était proche des milieux néonazis et avait créé un groupe musical skinhead nazi End Apathie en 2005[3].

14 septembre 2012 : Deux sympathisants de l’organisation sioniste d’extrême droite LDJ (Ligue de défense juive), interdite en Israël et aux États-Unis et classée comme organisation terroriste, déposent une bombe dans la voiture du militant juif antisioniste Jonathan Moadab à Saint-Rémy-les-Chevreuse en France. Moadab n’était pas dans sa voiture à ce moment-là[4]. Les sionistes écoperont de six et dix ans de prison ferme.

29 avril 2013 : Pavlo Lapshyn, un Ukrainien d’extrême droite, fait exploser trois bombes dans trois mosquées de Birmingham en Angleterre. Il poignarde par la suite à mort un homme de confession musulmane de 82 ans en pleine rue[5]. Il confessera ses crimes en précisant à la police ses motivations à tuer des non-blancs et avouera qu’il a été inspiré par l’auteur de l’attentat d’Oklahoma City, Timothy Mc Veigh[6].

13 avril 2014 : Un ex-membre du Ku Klux Klan, Frazier Glenn Cross, attaque un centre communautaire juif à Kansas City, aux États-Unis, et abat trois personnes à l’arme lourde[7]. Il avouera pendant le procès qu’il avait comme mission d’arrêter le génocide contre la race blanche[8]. Après l’annonce de sa sentence de prison à vie, il quittera le tribunal sourire aux lèvres en faisant un dernier salut nazi[9].

17 juin 2015 : Fusillade dans une église méthodiste fréquentée par des fidèles de couleur noire, à Charleston aux États-Unis, commise par Dylan Roof. Bilan: neuf morts. Ce suprémaciste blanc avouera qu’il cherchait à déclencher une guerre ethnique. La police découvrira trois jours plus tard, qu’il était derrière le journal Web, The last Rhodesian, où il posait avec plusieurs symboles nazis et avouait être proche de la mouvance sudiste confédérée chrétienne[10].

22 octobre 2015 : Anton Lundin Petterson, un militant d’extrême droite, pénètre dans une école de la ville de Trollhatan, en Suède, qui accueillait de jeunes migrants, où il tue trois personnes et en blesse deux autres. Sur sa page Facebook, il aimait diffuser des vidéos qui glorifiaient l’Allemagne nazie[11].

27 novembre 2015 : Un militant anti-avortement, Robert Lewis Dear, attaque une clinique de planning familial à l’arme automatique, faisant trois morts et neuf blessés à Colorado Springs[12]. Il sera jugé inapte à subir son procès et transféré dans un hôpital psychiatrique.

29 juin 2016 : Une députée de gauche britannique pro-européenne, Joe Cox, subit un assaut à coups de couteau d’un sympathisant de l’organisation néonazie Alliance nationale, du nom de Thomas Mair. Meurtre d’une rare sauvagerie (15 coups de couteau et deux balles ), lors du procès, les témoignages ont montré que Thomas Mair s’intéressait au Ku Klux Klan et possédait une série de livres sur les nazis et les mouvements suprémacistes blancs[13].

22 juillet 2016 : David Ali Sonboly, abat neuf personnes et en blesse vingt-sept autres dans un centre commercial de Munich en Allemagne. Il avouera devant le juge s’être inspiré d’Anders Breivik. Selon le quotidien allemand Bild, il utilisait même une photo de Breivik comme profil sur son compte de messagerie What’s app. Né en Allemagne de parents d’origine iranienne, il s’était converti au christianisme et disait détester les Arabes et les Turcs[14].

26 septembre 2016 : Nino Kohler, militant de l’organisation islamophobe Pegida, commet un attentat à la bombe devant une mosquée turque de Dresde en Allemagne[15]. Cette ville a subi de multiples attaques de l’extrême droite de 2014 à 2016. Elle abrite pourtant un très faible pourcentage d’immigrants, ce qui ne l’empêche toutefois pas d’être le berceau allemand des néonazis et des hooligans[16].

29 janvier 2017 : Alexandre Bissonnette, identifié au courant de l’extrême droite et grand partisan de Marine Le Pen, abat six Québécois de confession musulmane et en blesse neuf autres avec une arme semi-automatique dans une mosquée de la ville de Québec au Canada. Son procès a été fixé au 18 mars 2018[17].

20 mars 2017 : James Harris Jackson, un suprémaciste blanc, poignarde à mort un sexagénaire noir dans une rue de New York. Il avouera au tribunal avoir voulu lancer une campagne pour protéger les valeurs des blancs, et qu’il vise avant tout les couples mixtes noirs-blancs[18].

10 juin 2017 : Un néonazi de la ville suédoise de Malmo renverse des demandeurs d’asile avec sa voiture devant les locaux d’un centre pour migrants. Dans son véhicule, il avait en sa possession nombre de couteaux ainsi que des bonbonnes de gaz lacrymogène. D’après le quotidien Aftonbladet, il aurait des liens avec le Mouvement de résistance nordique, groupe d’extrême droite. Seulement pour 2016 en Suède, on a compté 3 064 activités de l’extrême droite documentées par la Fondation antiraciste Expo[19].

12 août 2017 : Lors d’une contre-manifestation d’antifascistes, un suprémaciste blanc fonce sur une foule avec sa voiture-bélier, causant la mort d’une jeune militante et blessant dix-neuf autres personnes, dans la ville de Charlottesville en Virginie[20].

26 septembre 2017 : À Dijon, en France, une attaque au marteau, revendiquée une semaine plus tard par le Commando de défense du peuple et de la patrie française et contre l’islamisation de la France, fait trois blessés. L’auteur affirmera s’être inspiré d’Anders Breivik. Ce mouvement d’extrême droite a indiqué que les victimes de l’attaque ont été ciblées parce qu’elles portaient le hidjab et en raison de la couleur de leur peau[21].

En conclusion, force est de constater que les actions violentes de la droite extrême ne semblent pas en voie de se résorber. Les succès relatifs des formations politiques européennes obtenus lors d’élections nationales ou régionales, qui affichent des résultats allant de 6 à 46%[22] des voix, et leur présence dans différents parlements, dont un premier représentant de l’extrême droite au Parlement canadien, élu sous la bannière du Parti conservateur du Canada lors d’une élection partielle, ont conféré une visibilité certaine à ces groupes. Ajoutons à cela les politiques du président Trump aux postures xénophobes et islamophobes, qui ont donné l’occasion à un grand nombre de ces activistes de salon de prendre maintenant la rue de façon tout à fait décomplexée. Leurs logos aux déclinaisons néonazis, leurs campagnes ouvertement racistes sur les réseaux sociaux, leurs interventions dans les médias conventionnels obligent impérativement la gauche dans son ensemble à être plus vigilante que jamais, afin d’éviter que l’obscurantisme qui a marqué les années 1930 au siècle dernier ne revienne nous hanter.

Notes

[1] Aftenposten 27-07-2011

[2] Eurabia : The Euro-Arab Axis, New Jersey, USA, Farleigh Dickinson University Press, 2005

[3] Le Parisien, 20-08-2016

[4] Le Monde, 28-07-2014

[5] BBC News, 21-10-2013

[6] Birmingham Mail, 22-10-2013

[7] Le Parisien, 9-09-2015

[8] Paris Match, 01-09-2015

[9] CBS, 9-09-2015

[10] France 24 22-06-2015

[11] Daily Mail, 08-03-2016

[12] Le Monde 27-11-2015

[13] Le Monde, 13-11-2016

[14] Agence Reuters, 23-07-2016

[15] Radio Télé Luxembourg 27-09-2016

[16] Slate, 26-01-2015

[17] Radio-Canada, 27-10-2017

[18] NBC News , 27-03-2017

[19] (19) TT News Agency|Reuters 15-06-2017

[20] Agence France Presse, 12-08-2017

[21] Le Figaro, 06-11-2017

[22] Voir les résultat des présidentielles autrichiennes de 2016