Le vendredi 24 novembre 2017, je suis allée à une conférence donnée à l’ENAP de Québec intitulée Les droits des femmes, la laïcité, les religions: sortir de la confusion. Je n’y suis restée que 20 minutes. Une nausée, un haut-le-cœur m’ont soudainement indisposée. La conférence débute à 19 h. La salle est bondée, pleine surtout de têtes grises; je n’ai compté qu’une personne de couleur: un homme assis à proximité. De 19 h à 19 h 10, l’animatrice, Djemila Benhabib, s’est surtout affairée à ajuster l’éclairage. On éclaire la salle, non, l’estrade, non, la salle et l’estrade, puis on n’éclaire plus rien, la salle est plongée dans le noir total. Tant pis pour ceux et celles qui arrivent et descendent les marches à pic de l’amphithéâtre. Oh! Là!

Puis Mme Agnès Maltais, députée du PQ, arrive en trombe et s’installe complètement à l'avant, ce qu’elle n’a pas mis longtemps à regretter: Je ne verrai rien le cou cassé comme ça! Elle se lève donc, se pavane et choisit deux places à un endroit où il y a déjà quelqu’un dans une des rangées de l’allée centrale. D’autres places étaient libres sur les côtés, mais pas pour Mme Maltais et son compagnon. Du beau monde comme eux, ça s’assoit au centre.

Il est 19 h15; ce serait le temps de commencer, non? Oui, oui! Voilà l’animatrice Djemila Benhabib, qui ne s’est pas présentée; c’est juste écrit là sur le petit papier de présentation de 12 cm sur 8 cm. Elle ouvre la bouche, elle parle: nous sommes ici ce soir, je vous présente les panélistes qui vont débattre du droit des femmes, de la laïcité, des religions pour sortir de la confusion. (Ouin!)

Je me sens de plus en plus mal. Mon estomac se contracte, et ce n’est pas pour rien.

Pourquoi les panélistes ne sont-elles que des femmes? Le féminisme, la laïcité, ça concerne tout le monde. Où sont les hommes? Où est le problème? Qui a un problème?

L’animatrice présente le panel en précisant l’allégeance religieuse d’une Tunisienne, Nadia El Mabrouk. Celle-ci est musulmane - ou l’était - et a fait un travail concernant le féminisme ou le sexisme dans certains livres. De quelle religion sont les autres panélistes? Bouddhiste? Témoin de Jéhovah? Athée? Juive hassidique? Si c’est important de connaître la religion d’une paneliste, pourquoi pas celle des autres? Pourquoi ne parle-t-on que de l’Islam? N’y aurait-il pas autant à dire sur les prêtres catholiques, les témoins de Jéhovah et bien d’autres sacro-saints de quelque chose? Où est le problème? Qui a un problème?

En faisant son introduction, Mme Benhabib a souligné que la ville de Québec a vécu, il n’y a pas si longtemps, une catastrophe importante. Elle ne la nomme pas, n’en dit rien, mais se tord les mains et arbore un genre de rictus. Je suis perplexe, je m’interroge. De quoi parle-t-elle? Mais, mais, mais! La catastrophe en question, c’est la tuerie survenue fin janvier 2017 au Centre culturel islamique de Québec. Plusieurs morts, une sauvagerie comme il ne s’en fait pas, un événement qui a bouleversé toute la ville, mais qui a surtout catastrophé, déchiré une communauté entière. Des familles, des enfants, une belle et grande famille de chez nous qui a vu ses membres terrorisés par un jeune tireur fou qu’on n’ose même pas qualifier de terroriste.

Pourquoi Mme Benhabib n’ose-t-elle pas nommer les choses, les événements? Qui est cette femme qui feint de ne pas savoir ce qui s’est passé, qui veut escamoter le drame, nier la tragédie. L’horreur qu’ont vécue nos semblables, nos amis, nos voisins, nos pairs est innommable. Que dire de la honte que le reste de la ville de Québec a ressentie et ressent toujours au souvenir de cette calamité, de cette lèpre qui nous a tous touchés de près ou de loin. Un énorme vlan! Mon cœur s’accélère, je suis au bord de ma chaise à envisager mon départ. Je vacille. Respire, respire.

Toujours pendant l’introduction, cette Madame-je-vais-bien-vous-montrer-MOI, signale la présence d’Agnès Maltais du Parti québécois. Pourquoi spécifiquement Agnès Maltais? Mme Maltais prend de drôles de risque à s’acoquiner avec ce panel à quelques mois des élections. Elle n’est pas une invitée de la soirée, le petit papier n’en fait pas mention. Qu’a fait Agnès Maltais de si formidable? Qu’a-t-elle réalisé? Nul ne le sait. Je suis assurée que dans l’assemblée, des personnes de mérite auraient été dignes qu’on les présente pour ce qu’elles ont vraiment réalisé. Enseignants, infirmières, entrepreneurs, toutes ces personnes qui nous rendent service chaque jour en guidant nos enfants, en soignant nos malades ou en bâtissant nos maisons et nos routes. Où est le problème? Qui a un problème?

Suit une panéliste extraordinaire, Nadia Topaloski. C'est cette Femen d'origine bulgare qu'on a vu seins nus au Grand prix 2015. Ce qu’elle pense n’est pas mis en évidence d’entrée de jeu. Je me dis que bien des femmes utilisent leur corps pour survivre. Mme Topaloski, grâce à un bon avocat, en aura évité les conséquences judiciaires. Les femmes qui n’ont pas sa chance dépendent d’un souteneur et sont accros à la drogue qu'on leur fournit pour endurer. Où est le problème? Qui a un problème?

Ça ne va pas, ça ne va pas du tout; je vais être malade. Je suis mieux de sortir, car je vais vomir. Il n’y a pas que mon corps qui regimbe, mais ma tête me dit Ce n’est pas vrai, il y a du monde comme ça? Qu’est-ce que je suis venue faire icitte? Je ne peux même pas me faire rembourser le 10$ + taxes de cette foutue présentation. Je ne sais même pas qui l’a commanditée!

Je n’en reviens pas. Quelques minutes ont suffi pour qu’une soirée que j’espérais intelligente, intéressante et fructueuse devienne un vrai cauchemar. Cette soi-disant Djemila Benhabib est d'origine algérienne et a vécu un certain temps en France. Qu’a-t-elle réalisé dans sa vie? Elle a écrit deux livres inconnus du public. Elle transporte ses frustrations d’un endroit à l’autre et se cherche un terrain fertile pour faire pousser ses mauvaises herbes. Djemila et ses acolytes veulent nous montrer à penser, car, c’est connu, les Québécoises et les Québécois ne savent pas penser par eux-mêmes.

Je ne sais pas dans quel bateau tout ce beau monde voulait nous mener, pour faire quel voyage. Mais je leur prédis un avenir bien sombre et à courte vue. Si la biodiversité, c’est bon pour l’avenir et la survie de nos plantes et de nos animaux, pourquoi n’en serait-il pas de même pour les humains? Les femmes du panel, trois Maghrébines et deux Québécoises un peu insolites dans ce paysage, n’en comprennent absolument rien. Elles semblent vouloir une pensée unique: la leur.

Je sais, je suis partie, et je n’ai presque rien vu du spectacle. Grand bien m’en fasse! J’ai pris l’autobus, et j'ai rigolé un bon coup avec des étudiants en génie venus de l’étranger s’instruire à l’Université Laval. Je me suis encore plus marré en racontant ma courte conférence à mon entourage. Mais en y réfléchissant, la meilleure me vient d’Albert Einstein, qui dit ce qui suit:

Deux choses sont infinies: l’Univers et la bêtise humaine. Mais en ce qui concerne l’Univers, je n’ai pas encore acquis la certitude absolue. Si l’idée n’est pas a priori absurde, elle est sans espoir.

Ça me rassure de me sentir la tête en harmonie avec un aussi grand homme, un génie comme Einstein. Je me sens mieux. C’est vendredi soir, une bonne bière froide, Dieu que ça va faire du bien!