Jade Cormier - PhotographieJ’ai vécu mon enfance en pleine Révolution tranquille. J’ai grandi dans une société, le Québec des années 1960-1970, où le changement était perçu comme éminemment positif. La pédagogie nouvelle remplaçait la strap d’autrefois par une approche plus humaine qui proscrivait la violence physique. La fessée tombait en désuétude. Les femmes commençaient à sortir de leurs cuisines pour prendre leur place dans la société, aidées en cela par la pilule qui les libérait du cycle infernal des grossesses annuelles. On avait aboli la peine de mort. On mettait en place des programmes sociaux conçus (à l’origine) pour assurer à toutes et à tous, quelle que soit leur condition sociale, une vie meilleure et plus digne, où les besoins essentiels seraient comblés. L’assurance-maladie donnait enfin accès à des soins de santé adéquats à toute la population. L’éducation était désormais gratuite et obligatoire.

Bien sûr, il y avait des résistances. Le MLF ne faisait pas que des heureux. Les taxes et les impôts destinés à financer toutes ces mesures faisaient grincer des dents. L’école obligatoire ne convainquait pas tout le monde, particulièrement dans les régions rurales où le travail des enfants à la ferme était une tradition bien établie.

Néanmoins, les bienfaits du progrès ont eu tôt fait de balayer ces objections, et notre société a changé pour le mieux. Le niveau d’éducation et le niveau de vie ont augmenté de pair. La santé s’est améliorée et nous avons gagné en longévité. Et il s’est trouvé de moins en moins de nostalgiques du bon vieux temps où les femmes étaient esclaves de leur foyer et pondaient des bébés à la chaîne, dont la moitié mouraient avant d’atteindre l’âge adulte; où l’on était vieux à quarante ans et mort à soixante; où le travail était dur, humiliant et mal payé; où l’hégémonie de l’Église faisait peser une chape de plomb sur les mœurs et sur les idées, immuables et figées dans le temps.

Il m’apparaît que la résistance au changement était beaucoup moins forte au temps de mon enfance qu’aujourd’hui. J’entends avec un certain effarement le concert des pleureuses qui plaignent les abuseurs et décrient leurs victimes, et qui n’ont pas de mots assez forts pour fustiger toute forme d’évolution sociale, de la légalisation du cannabis (une mesure qu’on aurait dû prendre depuis longtemps, et qui réduirait considérablement les coûts et les méfaits associés à cette substance si on avait le courage de l’appliquer hardiment, au lieu de ne le faire qu’à moitié par pusillanimité face au chœur des voix réactionnaires qui s’y objectent) à la reconnaissance des droits des LGBTQ+ (ah! le bon vieux temps où les fifis et les butchs se faisaient tabasser et emprisonner, et finissaient presque invariablement par se suicider!) en passant par les revendications des femmes qui exigent d’être mieux protégées contre les harcèlements et les abus de toutes sortes, et aspirent à une vraie égalité des salaires et des droits – ou encore par les doléances de tous les groupes minoritaires qui osent redresser la tête, et qu’on ne tolère qu’invisibles et silencieux.

Qu’est-il arrivé à la société québécoise, hier encore admirée et enviée par tout ce que le reste du Canada comptait de forces progressistes? On dit que le retour du balancier est inévitable après une période de réformes, mais fallait-il qu’il soit aussi brutal?

Jade Cormier - PhotographieOn a déjà oublié ce qu’était la vie au Québec avant la Révolution tranquille. Les innombrables tabous et interdits qui muselaient les voix discordantes, empêchant par avance, tant dans l’espace public que dans la sphère intime, l’expression de toute critique ou dissidence, et forçant les victimes d’abus à se taire. L’asservissement des travailleurs, corvéables à merci pour des salaires de misère, et de leurs compagnes réduites aux fonctions d’usines à bébés et de servantes dévouées. La misère matérielle, physique, morale, intellectuelle, culturelle, qui obligeait les meilleurs à s’exiler pour pouvoir s’épanouir.

Au tournant des années 1950, trois cousins de ma mère de la même fratrie, tous trois enfants de chœur, ont subi pendant des années les agressions sordides d’un prêtre pédophile. Lorsqu’ils ont enfin trouvé le courage de dénoncer leur violeur à leurs parents… ils ont été punis pour avoir raconté des menteries sur monsieur le curé! Ce prêtre a avoué ses crimes bien plus tard, sur son lit de mort – trop tard pour les malheureux qui avaient été doublement traumatisés, par les abus et par l’absence de justice, et qui ont noyé leur peine dans l’alcool jusqu’à leur dernier souffle. C’était ça, le Québec d’avant la Révolution tranquille.

La vie était rude, souvent cruelle, et on ne pouvait que serrer les dents et subir en silence. La triste histoire des orphelins de Duplessis, et celle des pensionnats autochtones révélée par la Commission Vérité et Réconciliation, ont bien montré à quel point des traumatismes enfouis peuvent laisser de profondes et douloureuses séquelles chez un être humain. Tant de vies gâchées, tant de crimes impunis!

Heureusement, les mentalités ont quelque peu évolué et les mœurs se sont adoucies. Autrefois, les châtiments corporels étaient considérés comme un aspect essentiel de l’éducation d’un enfant. Aujourd’hui, un éducateur ou une éducatrice qui userait de violences physiques sur ses élèves y perdrait aussitôt son poste et sa réputation, voire sa liberté. Et même si la législation canadienne autorise encore les parents à recourir à des châtiments corporels d’une force modérée – une monstrueuse aberration, selon moi – l’épithète modérée ne doit pas être prise à la légère ici, et les abus physiques et psychologiques demeurent strictement prohibés et sévèrement sanctionnés.

L’affaire Gilbert Sicotte

Récemment, des anciens du Conservatoire d’art dramatique de Montréal se sont plaints des mauvais traitements que leur aurait fait subir le professeur Gilbert Sicotte : cris, humiliations, harcèlement psychologique, menaces (je vais te casser!) : apparemment, ce grand comédien était aussi un assez piètre pédagogue, qui voyait ses élèves comme de la pâte à modeler plutôt que des êtres dignes de respect, doués de raison et de sensibilité.

Beaucoup ont voulu voir, dans le concert de voix qui s’élevaient pour dénoncer ces comportements déplorables, un lynchage en règle de M. Sicotte lui-même. On ne saurait nier, en effet, qu’il existe dans les réseaux sociaux toute une frange de la population, en mal de défoulement, qui s’en donne à cœur joie dans la détestation du bouc émissaire désigné de la semaine. Néanmoins, il s’agit là d’un épiphénomène qui occulte les enjeux réels, et sur lequel on s’appesantit à tort.

Ce n'est pas la personne de Gilbert Sicotte qui importe le plus en l’occurrence. Ce dernier est un acteur magnifique, nul ne le conteste, et sans doute un très gentil monsieur dans l’intimité; mais ses méthodes d’enseignement n'ont plus lieu d'être en 2017, et relèvent davantage du bullying que de la pédagogie. C'est tombé sur lui comme ça aurait pu tomber sur des dizaines, des centaines d'autres profs qui n'ont pas encore compris que leurs élèves sont avant tout des êtres humains qui jouissent des mêmes droits qu’eux-mêmes, dont le droit à la dignité. Il ne s'agit pas de juger des individus, mais de récuser des méthodes délétères et dépassées.

Autrefois, on frappait les enfants pour les éduquer. Puis on a compris que cette pratique était stupide et cruelle, et on a interdit les châtiments corporels. Il est grand temps d'interdire aussi la maltraitance psychologique et les humiliations publiques, qui n'ont pas plus de valeur pédagogique que la fessée, et qui laissent souvent des séquelles bien plus graves et profondes.

Les profs qui usent encore de cette approche ne sont pas forcément méchants : ils sont seulement dépassés. Qu'ils s'amendent et revoient leurs méthodes, ou qu'ils aient la sagesse de se retirer. Il est peut-être malheureux que Gilbert Sicotte ait perdu son poste au Conservatoire, mais si ça peut contribuer à en éveiller d’autres qui ont encore une fâcheuse tendance à tyranniser leurs élèves, et pas seulement dans les écoles de théâtre, son sacrifice n’aura pas été vain.

Il semble que le professeur Sicotte ait fait l’objet de nombreuses plaintes au fil des ans, et que la direction du Conservatoire n’y ait jamais donné suite. Une action plus prompte et plus respectueuse des plaignant.e.s eût sans doute évité que ce problème n’éclate aujourd’hui sur la place publique. Quand on néglige de soigner un abcès à temps, on court le risque de voir l’infection gagner tout l’organisme. Espérons que les directions scolaires sauront, elles aussi, en tirer les leçons qui s’imposent.

Nous avons toutes et tous connu de ces profs abusifs qui nous criaient dessus et qui nous humiliaient devant toute la classe, et nous les avons profondément détesté.e.s. Que de telles attitudes tyranniques soient jugées inadmissibles de nos jours, il y a tout lieu de s’en réjouir, me semble-t-il. Les élèves ont besoin d’être éduqué.e.s et accompagné.e.s dans leur développement, non d’être traumatisé.e.s à vie.

L’enjeu, on le voit, se situait bien au-delà de la personne de Gilbert Sicotte : dommage que le débat ait été ainsi personnalisé et détourné, dégénérant, comme il arrive trop souvent, en une bataille rangée qui opposait, d’une part, les justiciers autoproclamés qui ne perdent pas une occasion de transformer les médias sociaux en tribunaux populaires, et, d’autre part, les résistants autoproclamés qui voient des lynchages partout – ce qui est bien commode et évite de s’interroger sur les questions de fond.

L’affaire Guy Nantel

Un autre incident a illustré, dans l’actualité récente, ce mécanisme d’empoisonnement et de polarisation des débats. Diversement apprécié, l’humoriste Guy Nantel n’est cependant pas dépourvu d’intelligence ni de talent. Pour ma part, je n’aime pas ses vox pops parce que je considère qu’ils font passer mes contemporains pour des imbéciles – même s’il assure que ses victimes se prêtent au jeu avec enthousiasme. Par contre, ses monologues sont souvent réussis, et il y fait montre d’une certaine hardiesse, ne craignant pas d’aborder des sujets controversés.

Jade Cormier - PhotographieOn connaît le mot de l’irremplaçable Pierre Desproges : Peut-on rire de tout? Oui, mais pas avec n’importe qui. J’ajouterai : Peut-on rire de tout le monde? Oui, mais pas n’importe quand.

Si je dis qu’on ne se rend pas dans un salon mortuaire pour ridiculiser le défunt devant ses proches qui le pleurent, on comprendra aisément que c’est une question d’éthique élémentaire et de simple décence humaine.

Le gros monsieur du dépanneur qui zozote et qui louche vous fait rire? Riez de lui tout votre soûl, en famille ou entre amis, mais gardez cela pour vos quatre murs : ne faites pas de lui la tête de Turc du quartier. Parce qu’humilier quelqu’un en public, c’est un acte criminel : ça s’appelle de l’intimidation, du bullying, et ça pourrait causer un tort considérable non seulement à cet homme, mais aussi à son commerce et à sa famille.

Il fallait de l’audace pour aborder le thème de la culture du viol dans un monologue comique, à l’heure où le mouvement moi aussi fait rage et où les têtes de porcs tombent comme des mouches en même temps qu’on déboulonne leurs statues, tandis que le pape de l’humour en personne, le milliardaire Gilbert Rozon, vient de crouler à son tour sous le poids de ses turpitudes de vieux saligaud juste pourri.

Traiter de ce sujet au second degré, en se plaçant dans la peau d’un personnage misogyne et borné, était un choix pour le moins téméraire, surtout à l’ère des réseaux sociaux où les morceaux choisis circulent allègrement, et prêtent souvent à leurs auteurs des intentions qu’ils n’ont pas eues et des propos qu’ils n’ont jamais tenus. N’est pas Yvon Deschamps qui veut – et même lui se désolait souvent de ce que certains ne saisissaient pas l’ironie de son discours et venaient le féliciter d’avoir remis à leur place les féministes, les tapettes ou les Juifs… Nombreux sont ceux et celles, à notre époque, qui prennent tout au pied de la lettre, et les réseaux sociaux constituent une caisse de résonance redoutable quand la rumeur s’emballe.

Néanmoins, je ne suis pas de celles qui reprochent à Nantel le thème de son monologue : je suis d’avis qu’aucun sujet ne devrait être tabou et, comme écrivaine, je ne me sens nullement autorisée à dicter à un autre créateur le choix de ses matériaux. Mais quand j’ai vu qu’Alice Paquet l’accusait de l’avoir prise pour cible – ce qu’il ne niait pas, mais dont il se justifiait maladroitement – j’ai tout de suite considéré, sans même avoir vu son spectacle, qu’il était allé trop loin.

C’est qu’il y avait là un enjeu d’éthique important qui aurait dû faire l’objet d’une réflexion approfondie, s’il n’avait été éclipsé par la polarisation immédiate du débat entre pro-Nantel et anti-Nantel. Un clivage auquel le principal intéressé a lui-même contribué en se drapant dans l’étendard de la liberté d’expression, alors que ce sont plutôt ses limites qui posaient problème : où s’arrête le libre exercice de la parole publique, et où commencent la diffamation et l’intimidation?

Alice Paquet, rappelons-le, est cette jeune femme qui a porté plainte contre un député libéral pour agression sexuelle et qui a finalement été déboutée par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), faute de preuves. D’aucuns se sont empressés d’en déduire qu’elle avait tout inventé, et que le député en question était innocent comme l’agneau qui vient de naître. On a fait valoir qu’elle s’était contredite à quelques occasions au fil des innombrables entretiens qu’elle avait accordés à la suite de sa dénonciation. Mais qui peut se vanter d’avoir une mémoire infaillible, surtout en étant brusquement propulsée, dans des circonstances hautement émotives, au cœur d’un tourbillon médiatique auquel on n’est pas habituée?

Le fait qu'elle ait été déboutée n'implique évidemment pas qu'elle ait menti. De nombreuses autres voix ont dénoncé ce député – encore tout récemment, une jeune femme qui avait quinze ans au moment des faits allégués – à telle enseigne que son propre parti n'a pas jugé bon de le protéger. On ne l'aurait pas sacrifié uniquement sur la base d'une fausse accusation : le comportement de cet homme envers les femmes était problématique, le fait était connu depuis de nombreuses années. On conseillait même aux femmes appelées à le côtoyer dans le cadre de leur travail d'éviter de se trouver seules avec lui!

Je n'ai aucun mal à croire que Guy Nantel a voulu être compris au deuxième degré. Le seul problème, c'est qu'il s'en est pris à une personne réelle qui ne dispose pas de ses moyens ni de ses tribunes pour se défendre, et qu'il s'est obstiné dans l'erreur en posant assez commodément en champion de la liberté d'expression. Et bien peu ont relevé l’absurdité de voir une vedette de l’humour s’épancher sur toutes les tribunes pour se plaindre de ce que sa liberté d’expression était bafouée!

Nul ne la lui conteste, pourtant, et il a parfaitement le droit de faire de mauvaises blagues pour gagner sa vie; mais le public possède également le droit inaliénable de critiquer vertement ce type de dérive d'une vedette qui attaque violemment en public la réputation d'une victime présumée d'agression. Je trouve même rassurant qu'une grande partie de la population fasse montre d'une telle sensibilité à l'endroit d'une personne vulnérable.

Cela ne justifie évidemment pas le lynchage public de Guy Nantel et les menaces de mort dont il a été la cible. Il n'est pas devenu brusquement l'ennemi public numéro un seulement parce qu'il a fait une blague douteuse dans un spectacle qui doit en compter une bonne centaine.

Je trouve seulement déplorable qu'il refuse d'admettre qu'on puisse être malavisé de clouer au pilori des personnes réelles qui n’occupent pas des postes de pouvoir et qui sont en situation de vulnérabilité, dans le seul but de faire rire la galerie à leurs dépens. Il y avait moyen de faire passer le message autrement, en évitant d’écorcher une femme sans défense au passage.

Il m'a fait sursauter, surtout, en déclarant que ça ne le dérangeait pas d'être pris au premier degré. Yvon Deschamps, à qui il aime bien se comparer, était très malheureux, lui, quand des imbéciles le prenaient au pied de la lettre : il se demandait où il s'était trompé et tâchait d'être plus clair la fois suivante. Se contenter d'être incompris, c'est se contenter d'être médiocre : je prêtais plus de rigueur, d'intelligence et de dignité à Guy Nantel, et c'est en cela qu'il m’a déçue.

Qui censure qui ?

Nombreux sont les activistes qui, à gauche comme à droite, s’empareraient volontiers des ciseaux du censeur : le fait est indéniable, il suffit pour s’en convaincre de suivre un peu les débats qui font rage sur les réseaux sociaux. Le principe de la liberté d’expression est l’un des plus difficiles à faire comprendre et admettre. Chacun.e est en faveur d’une liberté d’expression absolue pour ceux et celles qui partagent ses valeurs et ses opinions; mais quand il s’agit de défendre celle de ses opposants politiques, philosophiques ou idéologiques, c’est une autre paire de manches.

Depuis quelque temps, une conception particulièrement tordue et inquiétante de la liberté d’expression tente de s’imposer dans le débat public : une liberté d’expression blindée, intouchable, hérissée de piques, devant laquelle toutes et tous auraient l’obligation absolue de se prosterner en silence. Une liberté d’expression, en somme, qui censurerait par avance toute velléité de critique ou de réfutation des idées exprimées, réprimant toute tentative ultérieure d’inscrire sa dissidence.

Voilà une vision singulièrement stalinienne de la liberté d’expression!

Jade Cormier - PhotographieParadoxalement, les voix progressistes, qui restent les moins audibles dans les médias de masse, sont celles qu’on accuse le plus fréquemment de censure, alors qu’elles disposent de dix fois moins de tribunes que leurs détracteurs. Si vous avez le malheur de dénoncer des discours et des attitudes ouvertement xénophobes ou discriminatoires, vous faites de la censure. Si vous exprimez votre désaccord avec les propos tenus par une vedette médiatique, vous cherchez à la censurer, même si vous n’avez aucun pouvoir et ne disposez que de Facebook ou Twitter pour vous faire entendre. Tentez-vous d’expliquer rationnellement pourquoi certaines expressions, certaines traditions et habitudes de langage sont injurieuses et infâmante pour tel ou tel groupe vulnérable, et suggérez-vous timidement quelques solutions de rechange? Vous ne visez qu’à censurer tout le monde.

Bien souvent, il suffit de s’inscrire en faux contre un quelconque argument pour être aussitôt accusé.e de vouloir censurer son vis-à-vis. L’accusation de censure est en passe de devenir le nouveau point Godwin, un moyen imparable de réduire ses interlocuteurs au silence.

Les forces progressistes vont devoir apprendre à lutter contre cette nouvelle sophistique alimentée par les réseaux sociaux. Une seule accusation de censure, répercutée à l’infini dans la chambre d’écho facebookienne, peut suffire à discréditer une personne, voire un groupe, un organisme ou tout un mouvement. Il est plus que jamais essentiel de poser clairement les enjeux des grands débats de société, en évitant les pièges du tribunal populaire, de la personnalisation et de la polarisation des échanges.

Les proies ne crient pas vengeance : elles réclament justice. Elles veulent être reconnues, respectées, accueillies, aidées et accompagnées. Si nous voulons que le mouvement #moiaussi/#metoo en cours ait des suites plus profondes et durables que le précédent #agressionsnondénoncées, nous devons faire en sorte que ceux et celles qui dénoncent les agressions subies puissent le faire en toute confiance, sans craindre d’être pris.e.s pour cibles par les véritables censeurs, chiens de garde de l’ordre ancien, prêts à tout pour que rien ne change – comme au « bon vieux temps » d’avant la Révolution tranquille, quand les hiérarchies étaient plus nettes et les victimes de tous les abus étaient forcées d’endurer leur sort en silence.