À la suite des révélations de Xavier Camus sur Muguette Paillé et Michelle Blanc, nous avons cherché à savoir à quel point les militants et le Parti Québécois sont touchés - ou non - par les dérives islamophobes et racistes qu’on observe dans différents secteurs de notre société.

En creusant autour des deux candidates, nous avons découvert plusieurs groupes Facebook manifestement islamophobes qui réunissent des militants et des responsables du parti. Plusieurs mériteraient une investigation, mais nous n’avons cependant pas pu tous les passer en revue, à ce jour.

Deux de ces groupes, PQ !!!…RIEN D’AUTRE !!! et Patriotes du Parti Québecois, nous interrogent plus particulièrement et vivement. On y retrouve en effet plusieurs centaines de militants du PQ, ainsi que des militants bien connus des groupes d’extrême droite.

Les contenus qui y sont publiés ne laissent planer aucun doute quant à la position islamophobe et farouchement opposée à l’immigration de la plupart des participant·e·s. Enfin, parmi les membres des groupes, on retrouve plusieurs cadres du PQ et du Bloc Québécois, depuis l’échelon local jusqu’aux figures nationales.

Des groupes islamophobes, complotistes et anti-immigrants

Ces groupes se présentent comme des regroupements de citoyens attachés à l’indépendance du Québec, convaincus que le PQ est le seul véhicule possible de celle-ci, et qui souhaitent militer activement pour ce parti. A priori, il n’y a là rien de gênant.

On y trouve cependant de nombreuses publications qui ciblent nommément les « migrants illégaux » et l’Islam. Les sources sont souvent des sites d’extrême droite ou des sites de fake news connus. Les contenus complotistes ne manquent pas non plus.

Quelques exemples de ce qui s'échange dans ces groupes

Des militants actifs du PQ… et de groupes d’extrême droite

Les deux groupes sont incontestablement centrés autour du Parti Québécois, et le fait d’en être un membre actif y est fortement encouragé. On retrouve ainsi de nombreuses publications incitant les membres à adhérer au parti, et même une publication où les membres sont invités à « lever la main » s’ils ont leur carte du parti. Plus de cent personnes y répondent par l’affirmative.

Cependant, parmi tous ces militants ordinaires d’un parti respectable, on retrouve de très nombreux membres issus de la plupart des groupes de l’extrême droite québécoise : La Meute, Storm Alliance, le Mouvement Républicain du Québec, l’Union Patriote, etc. Ces groupes y sont représentés en grand nombre. Sans constituer une liste exhaustive, soulignons cependant quelques noms parmi les plus connus de l‘extrême droitosphère québécoise :

Soulignons également que les administrateurs de PQ… Rien d’autre!!! sont eux-mêmes membres de La Meute et de Storm Alliance, parmi d’autres groupes d’extrême droite. Une administratrice, Denise Girard, semble très active au PQ et affirme avoir fait partie de l’équipe de campagne de Mireille Jean lors de l’élection partielle de 2016 au Saguenay.

Des acteurs clés de l'extrême droite sont présents

Des responsables et des cadres du Parti Québécois

Dans ces mêmes groupes, on retrouve plusieurs cadres du PQ et du Bloc Québécois, depuis les instances locales jusqu’aux têtes d’affiche nationales. S’il est possible que des personnes y soient à leur insu, ce n’est pas le cas de tous : certains (dont le nom est souligné ci-dessous) prennent part aux échanges et ne peuvent ignorer ce qui se discute sous leurs yeux.

  • Muguette Paillé, l’éphémère candidate du PQ, était une membre active du groupe jusqu’à sa mise au placard il y a quelques jours
  • Jean Bottari, aspirant candidat dans Bertrand
  • Alain Lupien, directeur général du parti
  • Mario Beaulieu, du Bloc Québécois
  • Marie-Louise Séguin, candidate du PQ dans Soulanges et membre de l’exécutif national du parti
  • Patrick Ney, attaché politique de Martine Ouellet, candidat du PQ dans Vachon (et également membre du MRQ de Guy Bouliane)
  • Thierry Bilodeau, vice-président aux communications du Comité national des jeunes du Parti Québécois
  • Luc Lemoine, membre de l’exécutif du PQ dans Sainte-Marie-Saint-Jacques, et accessoirement ancien président de la CSDM
  • Paul St-Pierre Plamondon, conseiller spécial du chef au PQ
  • Manon Bévillard, présidente de l’exécutif du PQ dans Argenteuil
  • Carole Poirier, députée d’Hochelaga-Maisonneuve, leader adjointe de l’opposition officielle et porte-parole pour l’éducation primaire, secondaire et la métropole
  • Jocelyne Robert, sexologue et figure médiatique membre du PQ Addendum : Mme Robert affirme dans les commentaires de cet article n’être pas membre du PQ, malgré ses déclarations précédentes. Si c’est bien le cas, alors sa présence active dans ce groupe ne peux pas être mise au crédit du PQ.
  • Valérie Tremblay, conseillère au conseil exécutif du PQ, comté de Chicoutimi PQ
  • Daniel Blindley, le conjoint de la députée Mireille Jean
  • Sabin Gaudreault, le directeur de campagne de Marc Maltais
  • Michel Leduc, président du conseil exécutif du Parti Québécois de la région de Laval

Des cadres du PQ et du Bloc sont également présents

Ignorance ou connivence?

Ces découvertes sont troublantes. Si, au moins depuis la sortie de Jean-François Lisée à propos des « AK-47 sous les burqas », nous savions que le PQ peut instrumentaliser l’islamophobie à des fins stratégiques, nous n’imaginions pas une telle porosité entre une partie du PQ (que nous espérons minoritaire) et l’extrême droite québécoise.

Alors qu’on serait déjà en droit de s’inquiéter que les instances du PQ et du Bloc Québécois ignorent l’islamophobie manifeste d’une frange de leurs membres, il semble qu’ici on soit au-delà du simple aveuglement. À tout le moins, des membres importants des instances du PQ et du Bloc Québécois ferment les yeux sur les rapprochements entre leur base militante et l’extrême droite.

Après le retrait de la candidature de Muguette Paillé, en raison de ses prises de position islamophobes, alors que Michelle Blanc est en difficulté pour les mêmes motifs, ces nouveaux éléments confirment qu’il ne s’agit pas de cas isolés. Le PQ va-t-il continuer à tolérer des positions islamophobes à l’interne ? Est-il simplement aveugle à ce qui se passe dans ses rangs ou bien incapable d’en mesurer les enjeux sociaux et politique ? À moins d’un net changement de cap, on peut craindre que les cafouillages autour de cette question se multiplient dans les prochaines semaines.