Partie II ― 2015 à 2017 : contorsions politiques et postures islamophobes

On a vu dans la première partie de ce document comment un Daniel Laprès fédéraliste libéral est devenu mystérieusement un commentateur politique nationaliste dont plein de gens ont besoin pour argumenter sur l’actualité québécoise. Ses positions nationalistes se sont cristallisées autour de son implication dans un groupe patriote de sa région, comme l’a révélé un article écrit récemment par un blogueur, Xavier Camus, reliant ce monsieur au groupe des Insoumis de l’Estrie.

Daniel Laprés au lancement du livre «Hérésies» de Jacques Brassard

Islamophobie virulente

Dans Vigile.quebec, ses parutions font un saut de 2008 à 2014; dans l’intervalle, c’est le vide, car il s’exprimait ailleurs, et on peut constater une différence notable dans le ton des articles de M. Laprès, alors qu’il se présente en 2014 comme un sympathisant du site islamophobe Poste de veille (la chicane pognera vite). D’ailleurs, en l’espace d’un mois, il écrira trois articles sur (contre) Dalila Awada, ce qui fait un peu obsessionnel. Il utilise à son endroit des vocables insultants qu’il répète inlassablement; ne dirait-on pas qu’il a oublié ce qu’il écrivait en 2005 : « Vos insultes ne m’affectent pas du tout, l’insulte étant l’arme des faibles? » Il prend position dans l’affaire de la poursuite en diffamation d’Awada contre Louise Mailloux et celle contre Philippe Magnan, de Poste de Veille. Il laisse entendre que toute poursuite émanant d’une personne musulmane est forcément une poursuite-bâillon. Il ira plus loin en parlant de « la charge virulente et démagogique de la bigote Lise Ravary » et « d’une perfide campagne de diffamation » contre «une femme de cœur et une humaniste », Louise Mailloux. La cause contre Louise Mailloux se terminera par un règlement hors cour entre les parties.

Daniel Laprès organise d’ailleurs une soirée de financement en novembre 2014 contre ce que ses acolytes et lui appellent un djihad judiciaire de la part de Dalila Awada, alors que celle-ci devait se défendre contre la diffamation de Philippe Magnan, cause qui a d’ailleurs été reconnue comme fondée et apte à être jugée. Le procès a eu lieu l’automne dernier. Les plaidoiries sont terminées, et la juge a mis l’affaire en délibéré. Nous attendons le jugement.

En juillet 2015, toutefois, on constate que le torchon brûle entre les deux alliés du début, Daniel Laprès et Philippe Magnan, à propos de la position prise par Magnan sur l’Arabie Saoudite. Daniel Laprès va écrire sur le blogue Vigile jusqu’en 2016 plusieurs articles contre un de ses premiers ennemis, Québec solidaire, mais aussi, à partir de 2014, on voit que le ton change un tantinet : Sus aux libéraux de Couillard, « l’islamiste », coupable de s’allier à qui « répand le halal alimentaire » partout au Québec. On sent une certaine influence de Poste de Veille. Daniel Laprès serait-il devenu souverainiste, tout en ayant été un conservateur pseudo-libéral depuis des années?

Pour soutenir sa cause, il va créer un groupe Facebook en janvier 2015, Québec anti-charia, (renommé par la suite, en aout 2017, Le Québec s’éveille), dont il est le seul administrateur, et il se joindra à de nombreux autres groupes Facebook. Il est fort possible qu’il administre aussi certaines pages sur le réseau social, ce qui lui permet de mieux répandre ses articles, ses interventions à la radio, et de les faire diffuser largement.

L’islamophobie militante est vraiment au centre des préoccupations de Daniel Laprés, il importe de s’en souvenir. Un dossier dans lequel Daniel Laprès sera particulièrement actif est celui du projet de mosquée à Shawinigan, sa ville de résidence, en 2015-2016.

L’échec de la provocation à Shawinigan

Cette saga a commencé par une décision du conseil municipal de Shawinigan qui avait résolu de faire un changement de zonage dans un secteur industriel afin de permettre à la communauté musulmane de la ville d’y installer sa propre mosquée. Il faut dire que les musulmans pratiquants de Shawinigan devaient aller à Trois-Rivières quand ils voulaient observer les rites de leur confession. Et voilà que Daniel Laprès s’est mêlé de l’affaire. Pas question de laisser passer ce projet. Il rédige un document largement complotiste et diffamatoire. On apprend par Poste de Veille que « ce document a été envoyé à plusieurs journalistes de la région, de même qu’à tous les membres du conseil municipal de Shawinigan ».

Aperçu d'un article de J.M. Beaudoin paru dans ''Le Nouvelliste''

De quel document s’agit-il? Il est reproduit sur ce blogue paru sur Vigile, dans une entrée de Daniel Laprès, et ça ressemble étrangement au genre d’« information » contenue dans le bulletin rose des « Brigades de l’amour » qui a été largement diffusé à Québec pendant l’été 2017, lors d’une campagne islamophobe habilement orchestrée pour discréditer tant la mosquée de Québec que la communauté musulmane en tant que telle.

Pour résumer, ce document prétend que la mosquée (prévue à) de Shawinigan a trois administrateurs, dont un s’occupe aussi des affaires religieuses du centre culturel de la Mauricie (mosquée de Trois-Rivières). Ensuite, tout le reste ne parle que de ladite mosquée de Trois-Rivières, du financement de l’Islamic Society of Northern America (ISNA), du fait que l’ISNA a perdu son titre d’organisme de charité, et ensuite de Tarek Fatah et de son organisme de trois personnes qui prend position sur la prière rituelle des musulmans. La boucle est bouclée. On revient à Shawinigan, et le tout débouche sur les Frères musulmans!

En février 2015, un article du Journal de Montréal cite Daniel Laprès, un résident de Shawinigan qui est un ancien conseiller politique du ministère des Affaires étrangères, qui « veut la preuve que le projet de mosquée de Shawinigan n’est pas financé par l’Islamic Society of North America (ISNA) avant qu’il soit accepté ». Cet article contre le projet de mosquée à Shawinigan, et l’influence sur le conseil municipal et le maire dans cette affaire, a été partagé sur le forum d’extrême droite StormFront en février 2015, par SupremeQC, qui en est membre depuis 2009 et un modérateur. (StormFront a été fermé après les événements meurtriers de Charlottesville, mais il s’est retrouvé un nouvel hébergement par la suite.)

Daniel Laprès a fait beaucoup de bruit autour de cette affaire. Dans les médias, on rappelle, en le citant, son « passé de conseiller politique » du gouvernement fédéral, comme si cela assoyait sa crédibilité en la matière Daniel Baril, « militant laïque et humaniste » en rajoute dans le journal Voir :

« La question du zonage paraît dès lors bien secondaire. Pour l’ex-conseiller au ministère des Affaires étrangères du Canada Daniel Laprès, ces rapprochements sont suffisants pour qu’il y ait lieu d’ouvrir une enquête afin de nous assurer qu’il n’y a pas de lien entre le projet de Shawinigan et l’ISNA. »

Quant à Daniel Baril, ce n’était pas la première fois qu’il se faisait le porte-parole, pour ne pas dire le perroquet, des propos de Daniel Laprès.

Un des nombreux articles de Daniel Baril sur le danger de l'islamisme

Il faut cependant souligner que Daniel Laprès a amalgamé l’information sur deux mosquées différentes, celle de Trois-Rivières et le projet de mosquée à Shawinigan. Quels étaient ces « rapprochements suffisants » dont parlait Baril dans l’article, sinon ceux que faisait Laprès dans la plupart de ses interventions? Celui-ci par exemple en mai 2016, sur les ondes de CHOI, avec Yannick Marceau : « Daniel Laprès des éditions Accent Grave discute entre autres choses de la mosquée de Shawinigan, suite au publi-reportage gratuit que le journal Le Nouvelliste a consacré hier à ce sujet. »

Daniel Laprès a failli gagner… Il a gagné sur la question du zonage, mais au final, non seulement a-t-il échoué, mais la mosquée est maintenant mieux située qu’elle ne l’aurait été selon le projet initial.

Est-ce cette implication de Daniel Laprès dans le dossier de la mosquée de Shawinigan qui a autant attiré sur lui l’attention de plein d’acteurs islamophobes du Québec?

Daniel Laprès et La Meute

Alors que les médias s’intéressent à la montée virtuelle d’un groupe d’extrême droite au Québec, La Meute, à travers une simple page Facebook publique qui draine environ 25 000 adhérents (en 2015), Daniel Laprès se porte à la défense du groupe à la radio, en affirmant qu’il a été diffamé par un reportage de TVA. Voici un résumé de ses propos :

« C’est un groupe informel que j’observe. Je suis sympathique à leur cause […] Ce groupe a quand même des valeurs d’égalité entre les hommes et les femmes, sont contre l’homophobie, tous les acquis de notre civilisation, c’est ce qu’ils veulent protéger, contre la propagation de l’Islam radical […] L’islam radical ne se réduit pas au terrorisme, l’islam radical c’est tout ce qui relève de la charia. Les gens de La Meute en ont contre la charia, ils veulent protéger les acquis de la civilisation que nous avons obtenus au Québec, c’est tout à fait démocratique […] Un soi-disant expert, Paul Laurier, ne savait pas de quoi il parlait, il a diffamé La Meute de façon condamnable et irresponsable pour un ancien policier. »

Lisez bien ce discours de Daniel Laprès, qu’il répétera ad nauseam sur toutes les tribunes possibles, car on lui en donnera l’occasion. L’équation est simplissime : islam radical = terrorisme = charia = islam radical. Il est très courant de nos jours que des citoyen·ne·s mal informé·e·s et certains chroniqueur·se·s, plus par mauvaise foi que par ignorance bien souvent, utilisent le mot « charia » comme un anathème. Il suffit de lancer ce mot, et toute discussion devient impossible, tout effort de réflexion est tué dans l’œuf. De fait, on ne sait en règle générale pas grand-chose au sujet de la charia. Le truc fonctionne. On voit le mot figurer dans une foule de commentaires sur les réseaux sociaux. Il n’y que trois ans, le terme était pour ainsi dire absent du langage courant au Québec.

Un des animateurs préférés de Daniel Laprès, à cette époque, était le coloré et islamophobe Max Bradette. CJMS finira par congédier Max Bradette en 2016, ce qui fera réagir Daniel Laprès sur les ondes. Un échantillon des propos de Max Bradette :

Le groupe La Meute s’intéresse lui aussi à l’affaire et organise une campagne de courriels de protestations et de harcèlement contre l’animateur Stéphane Gendron, qui est tenu responsable du congédiement de Bradette, en mettant en lien une émission où s’exprime Daniel Laprès (émission maintenant retirée des ondes). Les liens qu’on y fait entre Trudeau et l’islam radical y pullulent.

Daniel Laprès à la défense de Max Bradette, avec La Meute

On constate que les articles, statuts et émissions de radio de Daniel Laprès circulent abondamment au sein de la mouvance de droite raciste et sexiste, même dans les groupes dont il ne fait pas partie. Bien sûr, on peut aussi y lire des critiques à son endroit, surtout de la part de femmes. L’une d’elles dit avoir été expulsée de La Meute à cause de lui, après avoir posé des questions sur ses entreprises et son passé. Une autre a partagé un article douteux du site complotquebec parlant de francs-maçons. À propos des rumeurs colportées, un administrateur de nombreux groupes sur Facebook a d’ailleurs fait des excuses officielles à Daniel Laprès. Celui-ci a acquis une sorte de prestige dans La Meute, suffisamment pour se mériter cela :

Dans plusieurs groupes, excuses publiques d'Eddy Poulin à Daniel Laprès

Mais son opinion sur La Meute va considérablement changer au cours des années. Il va les défendre, puis les renier. Faut-il attribuer ce désaveu à l’éviction d’Éric Corvus, à la tangente « pas assez nationaliste » du groupe ou aux caprices du moment de notre homme? Quoi qu’il en soit, il publie en 2017 plusieurs statuts et commentaires condamnant le groupe, ses positions, ses agissements, ses membres, en insistant sur l’importance de se distancer politiquement de La Meute.

Devant la désorganisation et le déclin de La Meute depuis quelques mois, Daniel Laprès doit être assez satisfait.

Un gars de radio

Outre Max Bradette et CHOI, une autre station, sur le Web celle-là, En direct de nulle part, offrira un micro et un blogue à Daniel Laprès durant quelques années. Il pourra y déverser régulièrement ses propos islamophobes. Il s’y exprime sur le dernier film mal reçu dans le monde musulman, sur Amir Khadir, sur un livre qu’il a édité et qui n’a pas eu le succès escompté et tant d’autres sujets tournant presque toujours autour de ses obsessions islamophobes.

En 2014, peu de temps après les élections fédérales, Carl Monette, animateur radio qui a sévi à CHOI Radio X de 2014 à 2016, a reçu Daniel Laprès en entrevue pour l’entendre parler des liens de Trudeau avec l’islam radical. Cette entrevue sera rediffusée en 2016, afin de dénoncer l’accueil des réfugiés syriens : visites de mosquées, candidats musulmans, prière de Trudeau ayant revêtu le qamis, tout y passe. On y présente un Justin Trudeau manipulé par les forces islamistes, ou alors on sous-entend qu’il suivrait un agenda caché au service d’un projet politique funeste.

L’animateur du Show à Monette ouvre une de ses émissions en disant : « On jase avec Daniel Laprès des éditions Accent Grave concernant une enquête que le gouvernement britannique a mené sur les Frères musulmans, les conclusions sont vraiment troublantes. Devons-nous craindre pour notre sécurité? » Une autre fois, Daniel Laprès « nous démêle » à propos de ce qui distingue les bons musulmans des autres et la manière de les reconnaitre. Un des critères semble être de militer pour l’indépendance au Québec (à l’exception d’Amir Khadir, bien sûr).

À partir de janvier 2016, le discours de peur de l’islam se précise encore plus, les politiciens du Canada et du Québec seraient liés à l’islamisme, voire même au terrorisme. Selon Monette, « Daniel Laprès des éditions Accent Grave présente son article “Justin Trudeau cautionne des organisations qui inspirent le terrorisme” ». Précisons qu’il ne s’agissait pas d’un article mais d’un simple statut Facebook, mais au point où en est, est-ce bien utile de faire pareille distinction? Par quel subterfuge, un individu, obscur éditeur de quelques livres médiocres, qui rédige de longs statuts complotistes sur Facebook et dans quelques blogues, se voit-il hissé au rang de présumé expert de la question du terrorisme par diverses stations de radio?

La radio-poubelle no 1 de Québec, CHOI Radio X, va très souvent lui tendre un micro pour lui permettre de s’exprimer sur son dada. Ainsi, Carl Monette, en abordant l’assermentation avec un niqab, s’en prenait lui aussi à Trudeau et à ses liens avec l’islam radical.

Même après le congédiement de Carl Monette, en février 2016, la station va continuer d’inviter Laprès comme chroniqueur régulier, et ce, plusieurs fois par mois. En janvier 2016, il vient parler sécurité et filtrage des réfugiés. On est en plein cœur de l’affaire des réfugiés syriens. Laprès n’oublie évidemment pas de pourfendre la « gogoche bien-pensante » au passage. Il ne doit pas perdre de vue la cible-tandem, qu’il répète comme un mantra : QS-Islam, QS-Islam, QS-Islam…

En fait d’amalgames, Laprès n’y va pas de main morte. Comme on a pu l’entendre sur les ondes de l’émission de Max Bradette, lors d’une édition intitulée « Justin Trudeau approuve la charia » : « à sa sortie de la mosquée, M. Trudeau commente les dernières (sic) attentats [au Burkina Faso]. Daniel nous rapporte la situation un peut bizard (sic) et les implications de Justin Trudeau avec les Frères musulmans. » L’émission se poursuivait avec les attentats de Bruxelles. Daniel Laprès a aussi quelque chose à dire sur le sujet, toujours en compagnie de Max Bradette, alors qu’il fait l’association, Ô surprise, entre Trudeau et la charia.

Le duo Trudeau et l’islam est devenu une nouvelle cible de choix pour M. Laprès. Avec Marceau, il parle de subventions à une mosquée, de l’attentat à Orlando, et il en profite pour parler de ce qu’il pense du ramadan.

Le présent tour d’horizon n’offre bien sûr pas une recension exhaustive, mais il suffit de savoir que ces émissions étaient très fréquentes. Tous les prétextes sont bons : mosquées, collèges, attentats, rumeurs, Trudeau, etc. Semaine après semaine, CHOI Radio X permet à ses fidèles auditeurs qui ne connaissent pratiquement pas de musulmans, qui n’en fréquentent pas dans leur vie de tous les jours, d’entendre Daniel Laprès, expert improvisé en islamophobie, les conforter dans leurs peurs, leurs craintes et leurs préjugés face à l’islam. Pas seulement l’islam dans le monde, mais l’islam chez eux, ici, à Lévis et à Québec.

Dès le printemps 2016, Daniel Laprès a développé un véritable enthousiasme dans la dénonciation d’une mosquée en particulier, le Centre culturel islamique de Québec (CCIQ). Marceau le reçoit pour en parler en avril de cette année-là : «Daniel Laprès des éditions Accent Grave parle de l’islam radical à Québec! »

La semaine suivante, pourquoi ne pas laisser entendre que le terrorisme est à nos portes? « Daniel Laprès des éditions Accent Grave est au bout du fil pour nous parler de la nouvelle salle de prière qui ouvrira à Lévis, serait-elle payée par les Frères musulmans? »

Au beau milieu de l’été, le même Marceau accueille toujours Daniel Laprès qui vient dire que la lettre n’est pas islamophobe, après une distribution de propagande haineuse autour du CCIQ. « Quand les journalistes sont trop lâches et naïfs pour faire leur travail, le loup entre dans la bergerie avec la complicité de ceux-ci. » Ce n’est pas sans augurer une campagne très semblable qui se déroulera un an plus tard en août 2017, celle des Brigades de l’amour, au même endroit et en prenant la même mosquée pour cible.

Marceau est abonné à Daniel Laprès et en novembre, il l’invite encore à « exposer la très inquiétante COLLUSION entre nos classes dirigeantes et les Frères musulmans». Si le bouillant commentateur politique dit dénoncer l’islam politique, force est de constater qu’il pratique pour sa part une islamophobie politique. « Daniel Laprès termine en parlant de la nécessité urgente d’un vrai contrepoids, mais pour ça, il va falloir que nous soyons plus nombreux à devenir politiquement plus matures. »

À force de lire et d’entendre ce genre de propos, est-il possible d’imaginer que des gens aient réellement pu prendre au sérieux ces harangues? Toujours est-il que dans la soirée du 29 janvier 2017, quelqu’un a eu assez peur du terrorisme à Québec pour penser qu’il était légitime de passer violemment à l’acte, et il s’est rendu au CCIQ. Et même ce soir-là, même après tous ces morts, tous ces blessés, toute cette souffrance, juste après la tragédie, Daniel Laprès n’a pas pu se retenir, se garder une petite gêne, ne serait-ce que quelques heures…

Tout cela ne freine donc pas l’ardeur de Daniel Laprès, sauf que les radios de Québec ont senti la soupe un peu chaude. On ne l’invitera plus du tout en ondes, en 2017.

Il transporte alors ses laïus islamophobes dans son groupe Facebook.

Changement de disque

Pourtant!

Il s’est produit quelque chose durant l’été 2017 dans la vie de Daniel Laprès. On a pu lire une stupéfiante déclaration du militant islamophobe à l’effet qu’il prenait une pause, voire entendait peut-être se retirer entièrement de sa lutte à l’islam, à tout le moins sur les réseaux sociaux.

En quoi est-ce si surprenant de sa part? L’islamophobie est le centre de sa vie. Sa bataille, sa guerre, sa raison de vivre. Et soudain, du jour au lendemain, il arrête, avec un petit statut Facebook comme explication?

Permettez-moi d’en douter. J’ai ma petite idée là-dessus.

Nous avons appris depuis ce temps qu’une personne de Québec a été arrêtée et poursuivie, en vertu du Code criminel, pour incitation à la haine envers la communauté musulmane, pour des propos tenus tout au long de l’année 2016, sur divers forums internet. La Sûreté du Québec a enquêté. Chose certaine, cette enquête qui a été réalisée au cours de l’année 2017 s’est justement conclue en août 2017. Ça coïncide drôlement avec le moment où Daniel Laprès a décidé de prendre du recul, de mettre la pédale douce à l’expression de son islamophobie. Est-ce que la personne accusée a averti d’autres gens de son entourage Internet de sa comparution à venir? Difficile de le dire avec certitude, mais en août et en septembre 2017, il y a eu quelques petites vagues jusque sur Facebook.

Daniel Laprès n’a pas vraiment arrêté, il s’est simplement fait plus discret, en attendant son grand soir. Il continue d’œuvrer à son site, Les Glanures historiques, dont le but est de mousser la « fierté nationale » et de célébrer la « gloire de notre Québec », de ses racines, de ses souches, bref, l’habituel bouilli chauvin. C’est aussi déroutant qu’ironique de voir un athée aussi militant chanter les louanges des curés du XIXe siècle. Les voies de l’amour de la patrie sont impénétrables. Son mépris de la plèbe atteint une hauteur vertigineuse, des sommets auxquels ne peuvent accéder ni les « abrutis de La Meute », ni les « Rambo Gauthier », ni les « nazis de la SA », comme il le dit. Les « islamo-gauchistes » sont évidemment exclus d’emblée. Sa nation « pure de souche et mature et fière et conquérante et à l’abri des influences » risque d’être bien petite. Il est tout de même navrant de constater que ceux qu’il méprise tant sont les mêmes sur lesquels il compte pour partager sans réfléchir ses statuts obscurs, ses accusations et ses calomnies contre tout ce que Facebook compte de progressistes actifs.

Daniel Laprès demeure un curieux phénomène de la scène politique d’extrême droite au Québec. Après ce tour d’horizon, on est encore en droit de se demander « mais qui est donc Daniel Laprès? »