On peut constater aujourd'hui que Daniel Laprès, prolifique commentateur sur les réseaux sociaux et dans certains médias – dans une sphère quand même restreinte à des groupes de droites et nationalistes -, est arrivé dans le monde nationaliste québécois un peu par la porte de service.

Nous nous sommes intéressés à cet individu après la révélation par l’émission Enquête de l’enthousiasme de cet individu à favoriser l’élection de Jean-François Lisée à la chefferie du Parti Québécois, il y a à peine un an.

En effet, Laprès s’en est pris au favori de la course, Alexandre Cloutier, en répandant un grand nombre de rumeurs qui ont fini par émerger jusque dans les médias et au sein du PQ. On s’est alors demandé : mais qui est donc Daniel Laprès?

Conseiller aux Affaires étrangères

Sur le site Vigile.quebec, où sont gardés une douzaine de ses articles de 2007 à 2016, la légende illustrant un article est celle-ci: «Daniel Laprès, membre fondateur du Réseau canadien pour le libéralisme et la démocratie. Il a été conseiller des ministres des Affaires étrangères Lloyd Axworthy et Bill Graham de 1998 à 2004. »

Monsieur Laprès, même s’il a quitté ses fonctions en 2004, est resté par la suite très actif comme commentateur politique… fédéraliste.

Donc, il y a déjà plus d’une douzaine d’années, Daniel Laprès prenait position régulièrement, dans divers médias, sur la politique et la souveraineté québécoise, en tant que membre fondateur du RDC ou Réseau Démocratique Canadien, «organisation» un peu occulte dont la seule trace qu’on puisse trouver est son inscription au registre des entreprises, à la même adresse que sa maison d’édition actuelle, sur le plateau Mont-Royal…

D’ailleurs, il était si actif dans le débat public que Claude Jasmin se pose à un moment donné la même question que nous:

D’où sort donc un Daniel Laprès, membre du Réseau Démocratique Canadien qui publiait dans La Presse, sérieux : ‘’On ne peut plus critiquer l’indépendantisme sans payer le gros prix.‘’ Quel prix ? Il se moque des gens ce monsieur, cet étonnant hurluberlu.

Claude Jasmin continue un peu plus loin, à propos de l’activité intense de Laprès sur internet :

Le fourbe Laprès se lamente : ‘’On allume des bûchers contre nous, les fédéralistes.’’ Paranoïaque rare ! Mais, soudain, le chat sort du sac: le Daniel dit qu’il découvre trop de commentaires nationalistes, où ça ? Sur Internet, dit-il. Ben, il devait saisir que tous ces patriotes sont bien obligés de se réfugier là, tous les gros médias refusent de les publier. J’en sais long là-dessus. Non mais sur quelle planète vivent ces menteurs du type Laprès et leurs gens de ce bizarre ‘’Réseau Démocratique Canadien ?’’’

Anti-nationalisme québécois

De 2005 à 2008, Laprès tient un blogue Chroniques intempestives, toujours disponible en ligne.

D’ailleurs, toutes les informations et questionnements de notre article viennent directement de ce type de publications. Ses opinions sont très tranchées :

Et encore, il s’exprime contre le Bloc Québécois qui selon lui vocifère ‘’contre tout ce qui libéral et fédéraliste’’ :

En juin 2007, Daniel Laprès s’exprime dans un article à propos des accommodements religieux, sur un ton assez modéré, en parlant de toutes les religions, et de tous les intégrismes. En 2008, c’est sur un ton plus pamphlétaire qu’il s’exprime contre «le surréaliste débat identitaire sur le ‘’nous’’qui fait rage au Québec, » et il est bien loin d’un identitarisme quand il clame :

ma patrie est avant tout celle des libertés, et mon ‘’nous’’ à moi inclut chacun, quelle que soit son origine ou sa langue maternelle», dans cette ode à Télesphore Bouchard, qui était, selon Laprès, opposé au «nationalisme sectaire et exclusif qui atrophiait le Québec.

Le 1er mai 2008, Daniel Laprès écrit dans The Metropolitan, dont il semble être rédacteur-adjoint : «Le nationalisme, c’est surtout l’exigence imposée à l’individu de devenir en tout et pour tout le serviteur de la tribu — ce qui est essentiellement déprimant et asservissant.»

Puis en juillet 2009, il signe un article anti-Parizeau, ici présenté comme un menteur et un égocentrique, et où le nationalisme québécois est présenté comme un : «beau projet réactionnaire que Jacques Parizeau destinait aux paisibles brebis québécoises, que lui et ses semblables ont toujours rêvé de tondre à souhait. »

Comme on peut le constater, si on se fie à ses écrits, il y a une dizaine d’années, Daniel Laprès n’était pas nationaliste – au contraire, il était anti-nationaliste - il était déjà athée et y accordait une certaine importance mais sans aucune ferveur, il n’était engagé dans un aucun combat anti-islam, même si des attentats terroristes avaient déjà eu lieu. Poursuivons.

Daniel Laprès, en tant qu’athée a une position cohérente et conséquente - que nous pourrions parfaitement partager - pour la défense de la véritable laïcité : dans The Metropolitan, en mai 2008, il appuie, dans un de ses articles, le rapport Bouchard-Taylor jusqu’au retrait du crucifix de l’Assemblée nationale, en racontant exactement d’où venaient ce symbole et cette irruption du religieux dans le politique. Un mois plus tard, il s’exprime contre les religions en général et les excès des islamistes et des fondamentalistes chrétiens dans leurs tentatives de censurer l’art à travers le monde ou d’influencer la politique. Jusqu’ici, tout va bien.

Islamofascisme

Fin 2008-2009, il aborde le sujet du terrorisme commis au nom de l’islam, ainsi que de la fabrication de preuves par le SCRS (à l’aide de la méthode Mr Big), chose qu’il dénonce, mais seulement parce que, selon lui, ça empêche de révéler qui serait vraiment derrière le crime en question, dans ce cas-ci, un groupe islamiste, qu’il sous-entend être protégé par les services secrets canadiens. Le terme "islamofasciste" sous sa plume apparaît en septembre 2009 dans : «Le libéralisme face à l’homophobie islamofasciste». C’est un tout nouveau sujet pour Daniel Laprès, cette année-là, et un dernier article sur ce blogue The Metropolitan.

Contrairement à ses écrits actuels, sauf pour le terme islamofascisme, on voit bien que Daniel Laprès à cette époque explique encore au lieu de fournir une pléthore d’épithètes et de périphrases vaseuses, comme il le fait aujourd’hui. Par contre, il ne parle en aucun moment des liens entre le SCRS et ses agents infiltrés servant à faire de la provocation au sein des milieux musulmans, qui ne sont pas des histoires de conspirationnistes, mais des faits qui ont fait la manchette par deux fois. Et en aucun moment il n’en parlera au cours des années qui vont suivre...

Islamophobie et sionisme

En novembre 2011, un article paraissait dans CJN (The Canadian Jewish News) - un média qui dit de lui-même «fournir à ses lecteurs des nouvelles de la communauté juive au Canada, en Israël et à travers le monde». Daniel Laprès y est cité (à partir d’un de ses blogues) au sujet d’une manifestation anti-Israël. On y voit que son antinationalisme ne semble pas s’appliquer à cet État racial au nationalisme exacerbé.

De 2011 à 2016, Daniel Laprès écrit sur le blogue Le Lys d’or une série d’articles sur la «progression de l’islam au Canada». C’est maintenant, sous couvert de la dénonciation de l’islamisme radical, un discours nettement islamophobe puisqu’on y présente l’islam dans son entier comme une menace et un envahissement.

En parcourant ce blogue, on apprend que Daniel Laprès a pris position, dès 2011, du côté d’Israël dans le débat sionisme vs antisionisme. Notons la description révélatrice de Daniel Laprès : «acteur de la scène politique canadienne». Qu’est-ce que ça veut dire au juste ?

N’empêche que cet extrait nous a menés vers des vidéos et des récits différents de ces événements et nous ont permis de voir cet acteur de la scène politique, Daniel Laprès, en un individu capable de violence, et on apprend qu’il a appuyé la campagne de harcèlement sur YouTube d’un dénommé Paco, qu’il décrit comme son ami à des émissions de radio. Paco le vlogueur, bloqué par la chaine YouTube, s’en prend tout comme lui aux mêmes cibles : Québec solidaire et le PAJU (Palestiniens et Juifs Unis) www.pajumontreal.org/

Daniel Laprès est aussi invité, dans la même période, à Radio-Shalom pour répliquer à Manon Massé (en son absence) et rectifier la position de celle-ci sur Québec solidaire. Se présentant comme un «simple auditeur», Laprès vient remettre à sa place une militante de longue date d’un parti dont il n’est pas membre.

Ça fait, en 2012, quand même plusieurs années que Québec solidaire existe mais il va devenir une véritable cible de l’attention de Daniel Laprès, pour ne pas dire une partie d’une sorte de litanie : islam/QS/, islam/QS.

Pour résumer, Daniel Laprès varie ses cibles : d’abord férocement anti-nationalisme québécois, ensuite anti-palestinien, anti-islam et anti-QS. On continue.

Un accent grave mis sur l’édition

En mars 2012, au début du printemps étudiant, Daniel Laprès crée sa maison d’éditions Accent grave. Et au début juin de la même année, il y édite Les faces cachées d'Amir Khadir, de l’auteur Pierre K. Malouf, professeur du primaire retraité, présenté comme un «dramaturge, romancier, essayiste et poète», dorénavant aussi… biographe.

En avril 2012, il écrit un billet dans Prince Arthur Herald à l’effet que Québec Solidaire serait totalitaire, car certains de ses membres feraient des appels à signaler des choses écrites contre leur parti sur Facebook… comme si cela venait d’un appel lancé par une sorte de politburo. Non content de s’en prendre encore à QS/Khadir, il prétend qu’une censure contre le livre est organisée par une gauche des libraires.

Il participera durant cette époque tumultueuse à des émissions de radio sur les élections américaines, le gauchisme et le printemps étudiant; les radios d’opinions étant plus qu’accueillantes à son genre de propos.

En novembre 2012, il édite donc un deuxième livre : Le devoir à l'éducation : «Jean Laberge expose les raisons pour lesquelles, refusant de porter le carré rouge il a approuvé la hausse des frais de scolarité à l'université.»

En mars 2013, toujours aux Éditions Accent grave, Martin Lemay, dans Lettre à un jeune gauchiste, «souligne à quel point les valeurs de l'extrême gauche sont incompatibles, sinon nettement opposées aux valeurs humanistes et à la démocratie québécoise» Et bien sûr, encore, il va parler en ondes de «l'intimidation gauchiste» ayant eu cours au printemps précédent. https://www.radioego.com/media/pour-en-finir-avec-lintimidation-gauchiste

Au printemps 2014, les Éditions Accent grave publiera, après un deuxième Martin Lemay, le livre que tout le Québec attendait : Des idées pour débloquer le Québec, rédigé par nul autre que le chef de l’extrême-droitiste petit Parti Conservateur du Québec, qui a ses entrées privilégiées dans certaines radios parlées de la capitale qualifiées de poubelles, Adrien Pouliot. (Pour en savoir plus, lisez ce livre, ou écoutez CHOI Radio X.) En 2016, ce sera Guy Bertrand et son projet de République fédérale du Québec qui trouvera à se faire éditer chez Laprès.

Mais on est encore en 2013, Daniel Laprès s’en prend de façon virulente à Québec solidaire, on ne l’a encore vu proférer aucune position nationaliste. Il se présente de fait comme un gars aux idées de droite, promouvant les idées républicaines américaines, qu’on peut imaginer voter pour un Stephen Harper aux élections fédérales. Sa position de centre-gauche de 2005 s’est pas mal envolée.

La Charte des valeurs : de l’unifolié au fleurdelisé

En avril 2013, Bruno Massé, géographe et militant écologiste, écrit dans le Huffington Post contre la dernière parution des Éditions Accent grave du « néo-conservateur Daniel Laprès», le mois précédent du livre Hérésies de Jacques Brassard : «M. Brassard s'est entretenu avec Éric Duhaime à Radio-X. M. Brassard convient qu'il n'aime pas la gauche, les féministes, les syndicats. » On voit bien la sphère de droite qui se concrétise autour de Daniel Laprès.

En 2013, au Québec, c’est le large débat autour de la Charte des valeurs qui va s’amorcer. Le Parti Québécois est au pouvoir depuis septembre 2012, et a chargé son ministre Bernard Drainville de présenter ce projet oh ! combien porteur de promesses de bouleversements : les valeurs québécoises d’identité, de laïcité et, cerise sur le sundae, de l’égalité entre les hommes et les femmes.

Daniel Laprès n’allait pas rater cette occasion de s’immiscer dans le débat. On l’a laissé toujours fédéraliste, pourtant, mais pro-laïcité. Est-ce la Charte des valeurs et ce débat polarisant qui teintent sa nouvelle posture de bleu royal ? C’est un mystère.

Sur un site de RadioH2O, apparaissent des blogues de Daniel Laprès, qu’il tiendra jusqu’en 2016, tous contre l’islam. Ce site se présente comme «un regroupement de podcasters indépendants qui diffusent leurs émissions en format (Syndicated)». Il y a d’autres blogueurs réguliers dont… Jacques Brassard. On se tient entre amis. Est-ce l’influence de Brassard ou autre chose de plus nébuleux qui va favoriser le passage de Laprès de l’unifolié au fleurdelisé ?

Vocabulaire Laprès

À partir de là, dans ce blogue de RadioH2O, il a un discours plus «territoire québécois». Jamais plus il ne mentionne le Canada, où donc s’est tapi son fédéralisme ? Il multiplie aussi les injures faciles, vocabulaire outrancier qui sera par la suite, dans certains cas, repris et largement utilisé sur les réseaux sociaux : si femmophobe et israélophobe n’ont pas tellement trouvé preneurs, ni mahométan au lieu de musulman, par contre les : «charia qui est l’islam radical», barbarie, québécophobie, zinzinclusifs, collabos, furent de plus grands succès.

Voici aussi quelques autres perles : «les néo-cléricaux multicultis et leurs perroquets semi-lettrés et ignares», «les papoteux insipides des médias… à faire du lèche-babouches», «le député du Plateau» et sa «fourberie intellectuelle».

Un blogueur du nom de Papitibi pose lui aussi la question en 2013 : Qui est Daniel Laprès ?

«C’est qui, cet ours qui écrit bien plusse mieux mais qui réfléchit bien plusse moins que la moyenne des ours? Non, mossieu Herpès, je n’appuie pas ces islamistes homophobes et femmophobes, comme tu les appelles. », tout en citant Laprès lui-même. Parce que pour Daniel Laprès, tout au long du débat, il faut forcément être pour la Charte, ou sinon, se taire.

Par quelle gymnastique tordue Daniel Laprès en arrive-t-il à comparer une femme qui porte un hidjab avec un nazi ? C’est pourtant ce qu’il fait dans cet argumentaire court servi aux opposants à la coercition (ceux qui s’opposent autant au fait qu’on impose le voile, dans certains pays, qu’au fait qu’on l’interdise dans d’autres) :

C’est comme ceux qui, durant la Deuxième Guerre mondiale, ont assassiné le dignitaire nazi Reinhard Heydrich, l’Archange de la Mort, concepteur de la Solution Finale (extermination des Juifs) et bourreau cruel de la Tchécoslovaquie : j’imagine que nos beaux esprits d’aujourd’hui viendront nous dire que ceux qui ont débarrassé l’humanité de cette ordure sadique, qui a envoyé à la mort un nombre incalculable d’êtres humains, ne valaient pas mieux que lui. Bêtise, quand tu nous tiens…

Autre exemple : en septembre, il lance tous ses lecteurs à la quête de l’identité d’une personne à partir d’un profil Facebook pour «propos québécophobes», dans le but de lui faire perdre son emploi d’infirmière. Il ne semble pas que cela ait abouti. Sa position sur le voile est très tranchée :

Ce qui est en jeu, donc, c’est essentiellement le fait brutal, l’indéniable réalité, que ce voile est un signe politique, oui : P-O-L-I-T-I-Q-U-E, et qu’à ce titre il consacre l’infériorité de la femme. Celles qui le portent ‘’volontairement’’ sont des collabos de la femmophobie. Pas de ça dans nos institutions publiques donc, c’est aussi simple que ça.

Pour Daniel Laprès, l’islam radical est terroriste et il est implanté au Québec. Ses émissions radio sur les ondes de En direct de nulle part vont l’aider à propager l’idée de la menace et du danger musulman.

On verra ensuite se dessiner un personnage qui prend la peine de faire une confession publique pour expliquer pourquoi et comment il est passé de fédéraliste libéral à souverainiste péquiste, et ensuite lancer son islamophobie virulente contre des individus et des groupes à forces de campagnes de diffamations, de mensonges longuement répétés et jamais prouvés, à l’aide de tribunes médiatiques populaires.

On le verra aussi, en 2015, prendre la défense d’un nouveau groupe islamophobe, La Meute pour, par la suite, les désavouer férocement en accumulant contre eux les épithètes injurieuses. C'est qu'il s'était rapproche d'un autre groupe d'extrême-droite identitaire, Les Insoumis, aux prétentions nettement plus indépendantistes.

Qui donc sont les alliés de Daniel Laprès ? Quel est son but ? À suivre…