Pierre, Pierre, Pierre, Pierre…

Il faut qu’on se parle mon « chum ».

Il y a encore trois semaines, je n’avais aucune idée de ton existence. Tout a commencé par une vidéo où on te voit chemin Roxham. Puis quoi, une semaine plus tard, je te vois de nouveau, mais cette fois sur les ondes de TVA, toujours au chemin Roxham. Puis enfin, la fin de semaine dernière, dans toutes ces vidéos en direct que tu as diffusées lors de la manifestation de tes courageux amis de Storm Alliance après l’annonce d’une contre-manifestation.

Pourquoi ai-je accroché sur toi? Peut-être parce que tu es l’archétype même du gars de ta génération. Tu me fais penser aux membres de ma famille qui sont du même âge que toi.

Pierre Dion, 49 ans, originaire de Val-d’Or

Conduit un véhicule de marque Cadillac. S’affiche célibataire et père. Travaille pour une entreprise d’excavation; son patron le soutient et le suit en ligne. A fait quelques vidéos depuis quatre ans, dont certaines tournées sur son lieu de travail pour montrer sa « belle job », d’autres où on peut l’entendre narguer ses collègues qui travaillent alors que lui est en vacances.

Dans ses premières vidéos d’opinion, il ne fait que filmer des reportages de TVA. La première fois où il s’est exprimé, c’était à la fin d’un reportage sur les trop-perçus par Hydro-Québec, où il envoie promener la société d’État. Par la suite, il s’exprime plus largement sur l’aide sociale, en chialant sur le prix des timbres utilisés pour envoyer les chèques; il parle comme s’il payait de sa poche chaque chèque distribué au Québec (il estime entre 350 000 et 450 000 le nombre de prestataires), et il ose dire qu’il va se pointer à un bureau d’aide sociale pour juger du regard les gens qui selon lui sont aptes au travail, et bye-bye le chèque.

Bref, un beau spécimen.

Même style, même manière de parler, la petite bière bien méritée après une dure journée de travail. Pis pour relaxer. Pis pour avoir du fun. Pis pour délier la langue. Bref, toutes les raisons sont bonnes pour une bonne tite frette hein. Quelqu’un qui était « hot » dans sa jeunesse, et qui n’a pas remarqué encore que le temps a fait son œuvre et qui maintenant est rendu tiède. Tu as tout du « bon Jack », du gars comique qui aime rire et faire rire. Du bon petit gars de chez nous. T’as pas l’air méchant. Je ne pense pas que tu le sois. Et pourtant, tu traînes pas avec du ben bon monde. C’est ce qui m’a donné envie de creuser. Je désirais comprendre.

Petit gars de Val-d’Or venu s’installer dans la grande région métropolitaine, tu sembles avoir une éducation moyenne. Pas le plus brillant, mais pas le plus niaiseux non plus. Tu as un bon métier, tu sembles aimer les enfants et le monde en général. Dans les grandes lignes, un gars comme les autres.

Faire des vidéos, ce n’est pas nouveau pour toi. Une petite recherche sur Facebook nous permet de constater ton immense respect pour les femmes. Tu te demandes à quoi je fais allusion? Bon, déjà, ta photo de profil, entouré de danseuses de revue style Vegas, c’est pas super classe mettons, mais tes deux vidéos d’une policière qui essaie juste de faire son travail pendant que toi, vraiment pas d’accord, tu la filmes en la traitant de lesbienne mal fourrée, hey bravo l’gros!

On peut aussi s’interroger sur la notion de respect tout court chez toi, quand on voit que tu n’es pas gêné de filmer quelqu’un qui chante mal dans un bar karaoké parce que c’est hot de rire des autres, ça t’aide à remonter ta moyenne, j’imagine.

Je me demande à quoi ressemble ta vie personnelle. Ces dernières semaines, on dirait que tu passes tous tes week-ends sur le chemin Roxham. Comme au Fuzzy de Laval dans le temps, asteure, c’est là que ça se passe. Aujourd’hui, tu as une cause dans laquelle t’investir, ça va peut-être te faire oublier ton célibat. Peut-être que cette année, tu vas faire autre chose de tes vacances que d’aller filmer tes collègues qui travaillent pour rire d’eux en disant « crisse que chus ben en vacances ». C’est tellement winner…

Maintenant, parlons des « vraies affaires ». Tu connais ça, toi, les vraies affaires hein mon Pierre! Dans des vidéos qui remontent à trois ans, tu commences déjà en disant que tu vas dire les vraies affaires, pourtant, tu ne dis jamais rien! L’idée passe dans ta tête, mais sans doute parce que tu as le cerveau ramolli par ta Bud Light, tu ne parviens jamais au bout de ton idée. Jamais! C’est quelque chose que j’avais remarqué dans ton live avec Éric Trudel, Dave Treg et Robert Proule. C’est systématique avec toi. À part le fait que t’es tanné de payer et de te faire saigner par le gouvernement, que t’es tanné que « ça rentre illégalement icitte » (un peu de lecture s’impose pour que tu comprennes le principe de l’immigration irrégulière et non illégale) à part ça, tu dis rien pantoute.

Rare photo non retouchée de Pierre Dion
Les vraies affaires, mon Pierre, c’est qu’en vérité, ta cause, c’est toi. Tu veux te mettre en scène. Tu aimes ça, le petit feeling excitant d’être écouté, apprécié, approuvé. Ça te fait sentir fort hein. J’imagine tes érections, ça doit compenser pour la bière. T’aimes ça, voir ta face en fullscreen sur ton cell. Samedi dernier, à la fin de votre manif, alors que tout le monde avait lâché son cell pour quitter les lieux, on te voit assis dans ton Cadillac, et il y a du monde qui te parle, juste là, à côté de toi, mais toi t’as le regard fixé sur ton cell pour lire les commentaires, pas du tout à l’écoute. J’ai pissé de rire quand j’ai entendu un de tes voisins dire que tu aimais te regarder. Il a raison.

Les vraies affaires mon Pierre, c’est que tu as l’immense chance d’avoir l’attention privilégiée de Treg, Trudel, Hex, Proule. Avec leur cause, leurs groupes et tout ça, ils en ont pas mal à gérer, mais ils ont tous accepté ton invitation à participer à ton « émission », que tu diffuses en Facebook live sans aucune préparation ou, quand tu t’es préparé, t’es même pas capable de suivre tes notes qui prennent vite le bord. Tu les invites, car ils ont quelque chose à dire, non? Alors pourquoi, dès qu’ils ouvrent la bouche, ne les laisses-tu pas terminer une seule maudite phrase? Eux, au moins, ont la capacité d’aller au bout d’une idée, même discutable, et de l’exprimer de manière à se faire comprendre. Mais toi, tu les coupes, en utilisant des expressions vides, qui ne veulent rien dire, mais sur un ton qui dit « ben oui, c’est évident calvaire ». Tu commences une phrase pour soi-disant poursuivre leur idée, mais tu t’interromps toi-même pour lire les nouveaux commentaires. Je t’invite à revoir ton live du 23 mai, le bout avec Dave Treg. Regarde-lui bien la face à partir du milieu de votre entretien et jusqu’à la fin. Il était insulté solide mon homme. Ou un peu avant quand tu flushes Trudel parce que tu veux parler à Treg, tu laisses pas Trudel terminer, et on sent chez lui un immense soulagement quand enfin tu comprends que tu ne peux pas connecter Treg à ton live en même temps que lui, et que tu dois le laisser partir (crois-moi, il avait hâte de sacrer son camp, car n’importe qui te dira à quel point c’est frustrant de se faire couper la parole à tout bout de champ, surtout quand en plus au lieu d’appuyer ou de compléter ce que dit l’autre, tu ne fais que manquer de respect à ton interlocuteur par un manque d’écoute arrogant). Tu fais pareil lors de ton live du 24 mai avec John Hex, qui est quasiment obligé de te supplier de le laisser terminer.

Les vraies affaires, mon Pierre, c’est que tu fais preuve du même mépris envers ton public, quand tu commences à lire un commentaire, et que dès qu’il s’avère trop long (ou peut-être trop bien écrit), tu passes carrément au prochain sans même répondre. Finalement, les seuls commentaires auxquels tu peux répondre, ce sont les salutations. Pas fort.

Les vraies affaires, mon Pierre, c’est que t’arrêtes pas de ressasser l’histoire de la journaliste agressée à coups de crachats, mais que tu ne condamnes pas l’agression physique, l’intimidation, la fouille illégale de son portefeuille et les menaces de viol envers la prof de McGill commis par tes chums. Tu invites même le responsable de ces gestes inacceptables sur ton « show », et tu lui permets de légitimer son comportement criminel.

Les vraies affaires, mon Pierre, c’est que t’es juste un wannabe instrumentalisé par les chefs des autres groupes, qui espèrent repêcher de nouvelles recrues et devenir plus mainstream, en profitant de toutes les occasions pour atteindre les esprits faibles qui se cherchent une identité.

Les vraies affaires, c’est que tu vas prendre une méchante débarque dans pas long mon chum, quand plus personne ne sera capable de supporter ton ignorance, ton discours vide et creux, ton manque d’écoute, ton narcissisme.

Les vraies affaires, c’est que tu ne comprends même pas ce que tu fais ou contre quoi tu te bats. La chute risque d’être brutale, mon homme.