Le fascisme dans sa forme moderne est apparu au début du XX“<sup>e</sup>` siècle en Italie, plus précisément en 1919, instauré par les principaux industriels qui craignaient l’avènement d’un régime socialiste, un régime qui ferait la part belle au peuple, ferait baisser leurs bénéfices et pourrait se traduire par la perte de leurs pouvoirs et avoirs. Cela a mené à la prise du pouvoir par Mussolini. Il a eu un écho favorable en Allemagne après la honte vécue par les Allemands à la suite des accords de Versailles, de la misère engendrée par la crise économique de 1929. Le fascisme italien a facilité la montée du nazisme. Les mêmes industriels italiens, allemands et certains américains ont permis la prise de pouvoir de Hitler dans les mêmes conditions. Oui, je dis bien américains. Henri Ford, antisémite notoire, n’a-t-il pas financé le NSDAP (parti nazi) dès 1932, en partant du principe que cette dictature était à même de relever l’économie, de démembrer le socialisme et d’instaurer le libre échange en Europe? Il reçut d’ailleurs, en 1938, la «Grand-Croix de l’ordre de l’Aigle allemand», la plus haute distinction nazie décernée à des étrangers. Churchill a aussi écrit son admiration pour Mussolini puis Hitler en 1931, souhaitant la même chose pour redorer le blason de l’Angleterre qui était en train de perdre ses colonies. Il a heureusement changé son fusil d’épaule à la fin des années 1930, quand l’attitude de Hitler est devenue plus agressive, peu de temps avant la déclaration de guerre de l’Allemagne à l’Angleterre.

En outre, le fascisme a reçu l’appui inconditionnel de la religion, en l’occurrence du catholicisme et de l’islam. Le Pape Pie XII a préféré fermer les yeux, et Mohammed Amin al-Husseini, grand mufti de Jérusalem, a conclu une alliance avec les nazis. Catholiques et musulmans craignaient une chasse aux sorcières et l’interdiction de leur confession en cas de changement radical de régime, comme cela s’était passé en Russie après la Révolution de 1917. Les politiques socialistes ont toujours fait peur aux organisations religieuses; elles préfèrent les systèmes politiques plus «musclés».

Voici un exemple intéressant d’un homme qui a fait les frais d’un régime fasciste. Le texte ci-dessous a été écrit il y a déjà de nombreuses années par Martin Niemöller (1892-1984), un pasteur protestant arrêté en 1937 et envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen. Il fut ensuite transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau. IL a été libéré lors de la défaite nazie en 1945. Cet homme, dont la famille faisait partie de l’aristocratie allemande avant la Seconde Guerre mondiale, possédait un certain nombre d’usines et de propriétés importantes. Quand on lui demandait combien d’Allemands étaient de véritables nazis, il donnait une réponse qui peut guider notre attitude au regard du fanatisme.

«Peu de gens sont de vrais nazis, disait-il, mais nombreux sont ceux qui se réjouissent du retour de la fierté allemande, et encore plus nombreux ceux qui sont trop occupés pour y faire attention. J’étais l’un de ceux qui pensaient simplement que les nazis étaient une bande de cinglés. Aussi la majorité se contenta-t-elle de regarder et de laisser faire. Soudain, avant que nous ayons pu réaliser, ils nous possédaient, nous avions perdu toute liberté de manœuvre et la fin du monde était arrivée. Ma famille perdit tout, je terminais dans un camp de concentration, et les alliés détruisirent mes usines.»

La non-dénonciation du fascisme est une forme de consentement

La Russie communiste était composée de Russes qui voulaient tout simplement vivre en paix et améliorer leur quotidien, bien que les communistes russes aient été responsables du meurtre d’environ vingt millions de personnes. La majorité pacifique n’était pas concernée. L’immense population chinoise était, elle aussi, pacifique, mais les communistes chinois réussirent à tuer le nombre stupéfiant de soixante-dix millions de personnes. Le Japonais moyen, au XIXe siècle, n’était pas un belliciste sadique. Le Japon, cependant, a jalonné sa route à travers l’Asie du Sud-Est de meurtres et de carnages, dont le massacre systématique de douze millions de civils chinois, tués, pour la plupart, à coups d’épée, de pelle ou de baïonnette. Et plus près de nous, qui peut oublier le Rwanda, qui s’est effondré dans une boucherie. N’aurait-on pu dire que la majorité des Rwandais était pour «la paix et l’amour»? Les leçons de l’histoire sont souvent incroyablement simples et brutales. Cependant, malgré toutes nos facultés de raisonnement, nous passons souvent à côté des choses les plus élémentaires et les moins compliquées: ces peuples pacifiques sont devenus inconséquents par leur silence.

La réalité, dure et quantifiable, est que la «majorité pacifique», cette majorité dite silencieuse, y est étrangère et se terre. Les musulmans pacifiques, comme les Allemands ou les Japonais il y a 70 ans, deviendront nos ennemis s’ils ne réagissent pas, si nous ne réagissons pas. Parce que comme Martin Niemöller, ils s’éveilleront un jour pour constater qu’ils sont la proie des fanatiques et que la fin de leur monde aura commencé. Je ne le souhaite pas, bien sûr, mais le silence pourrait se transformer ou être interprété comme une complicité.

Les Allemands, les Japonais, les Chinois, les Russes, les Rwandais, les Serbes, les Albanais, les Afghans, les Irakiens, les Palestiniens, les Nigériens, les Algériens, tous amoureux de la paix, et beaucoup d’autres peuples, sont morts parce que la majorité pacifique n’a pas réagi avant qu’il ne soit trop tard.

Quant à nous, qui contemplons tout cela, nous devons observer le seul groupe important pour notre mode de vie: les fanatiques. Enfin, pour ceux qui doutent du sérieux de la chose, qu’ils sachent qu’en prenant ce risque à la légère, ils contribuent à la passivité qui permet l’expansion du problème. Il faut propager largement ce message! Espérons que des milliers de personnes, de par le monde, le liront, y réfléchiront et le feront suivre.

Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas communiste. Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas Juif. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas syndicaliste. Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas catholique. Et lorsqu’ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester.

La règle d’or devrait être la suivante: on ne devrait jamais personnaliser un débat, en attaquant un individu pour ce qu’il est. Par contre, on n’est absolument pas obligé d’avoir du respect pour les opinions des autres, pas plus que leurs idées d’ailleurs, qu’il s’agisse de croyances religieuses ou d’idéologies politiques. Il ne peut exister de liberté de pensée à partir du moment où on déclare que les idées ou les opinions sont à l’abri du questionnement, de la critique ou de la dérision. On n’est pas obligé non plus de tolérer l’intolérance: si une personne fait ouvertement preuve de racisme, d’homophobie, d’intransigeance religieuse/antithéiste ou tient des propos haineux, on doit pouvoir le lui faire savoir.

La vertu d’une saine critique est d’éveiller la méfiance à l’égard des préjugés, et le savoir quand il n’est fondé sur rien n’est qu’ignorance.

Du capitalisme et de son outil de coercition: le fascisme…

Le fascisme est issu du capitalisme qui lui sert de garantie de réalisation. Il a besoin que sa voracité soit soutenue envers et contre tout par diktats et dogmes (ce qui, à part la spécialisation, revient au même). Le fascisme et la religion sont les appuis dont le capitalisme a besoin pour continuer à prospérer.

Prenons par exemple les derniers gouvernements étasuniens. Le gouvernement Clinton et ensuite les Bush ont initié une politique de mensonges, inféodés qu’ils ont été au complexe militaro-industriel. À l’époque, tous les décideurs et conseillers étaient peu ou prou impliqués dans cette industrie (sans oublier le pétrole), notamment le tristement célèbre Franck Carlucci du groupe Carlyle, impliqué dans l’industrie de la défense, de l’aéronautique et des télécommunications, les Cheney, Rumsfeld et Bush actifs dans l’industrie pétrolière et bien d’autres, dont le lobby juif sioniste avec Horowitz et compagnie. Cette clique ressemble étrangement à un système mafieux. L’effet le plus pernicieux est que ce système engendre un recul notable des libertés individuelles qui sent de plus en plus le fascisme. Dans un contexte ultra-libéral comme celui qui prévaut en Amérique du Nord, il n’y a là rien de très étonnant. Les politiques sont les marionnettes des riches, ils n’ont leur mot à dire que quand cela convient aux puissants, grandes entreprises et milliardaires. La politique nord-américaine est une sorte de fascisme «doux» inféodé au capitalisme sur fond de croyances religieuses, ce qui permet de verrouiller toute tentative d’action populaire.

Cette gangrène a aussi miné tout l’Occident, par exemple, on trouve les mêmes schémas en France, avec des conglomérats gigantesques: Bouygues, Vinci, Areva, l’industrie du nucléaire ainsi que le complexe militaro-industriel.

Un parallèle intéressant peut être fait sur une réflexion de Hannah Arendt à propos des camps de concentration nazis. Elle disait que la politique et le système concentrationnaire des nazis tendaient à prouver l’inutilité d’une certaine catégorie d’êtres humains: inutiles et même superflus. Aujourd’hui, le capitalisme qui s’appuie toujours sur des régimes politiques fascisants et sur un principe de suprématie, tend à démontrer la même chose, les critères sont bien sûr différents, plus simples − d’ailleurs un seul critère est suffisant: la richesse de l’individu. Le pauvre, le miséreux est considéré par le riche et donc par le système comme étant inutile, superflu et même nuisible au sein de l’équilibre économique basé sur la nécessité qu’a le riche de s’enrichir encore plus. Le pauvre coûte mais ne rapporte pas. C’est ce qui fait de lui un être inutile et nuisible. Dans la continuité de ce raisonnement, il me semble utile de rappeler les paroles de Umberto Eco qui disait :

Il faut un ennemi pour donner au peuple un espoir». Quelqu’un a dit «le patriotisme est le dernier refuge des canailles: qui n’a pas de principes moraux se drape d’habitude dans une bannière, et les bâtards se réclament toujours de la pureté de la race. L’identité nationale est la dernière ressource des déshérités. Or, le sentiment de l’identité se fonde sur la haine, sur la haine de qui n’est pas identique. Il faut cultiver la haine comme passion civile. L’ennemi est l’ami des peuples. Il faut toujours quelqu’un à haïr pour se sentir justifié dans sa propre misère.

C’est ce que les nazis ont fait avec leurs théories de purification de la race qui les a menés au meurtre de masse et à l’eugénisme, le responsable de tous les maux était le juif. C’est ce que font les régimes occidentaux dans leur empressement à défendre un capitalisme schizophrène ou, en d’autres termes, l’ultralibéralisme. L’ennemi est donc le pauvre, il est aussi l’étranger, l’immigrant. Si, en plus, l’ennemi en question possède une spiritualité différente de celle de la population, il sera considéré plus nuisible et dangereux qu’inutile.

Il est intéressant de noter l’analyse des méthodes généralement utilisées par nos dirigeants ; analyse faussement attribuée à Noam Chomsky, mais néanmoins intéressante. Le rapprochement est évident : Les stratégies et les techniques des Maîtres du Monde pour la manipulation de l’opinion publique et de la société….

Édifiant, non? Il est facile de trouver des exemples concrets de chacun de ses points dans notre vie courante et dans la politique soutenue par nos dirigeants.

L’individu se comporte toujours comme les contraintes dans lesquelles il est plongé le conduisent à se comporter. Il reproduit un schéma induit par le milieu dans lequel il évolue, et l’institution qui façonne le plus l’individu est le marché du travail, mis à part les incitateurs moraux et prévaricateurs que sont les religions. La contingence exercée par les acteurs économiques n’a d’égale que la dictature philosophique et intellectuelle que les religions font subir à l’être humain. Le formatage commence dès l’école où l’on apprend à l’enfant à se conformer à un profil édicté par les industriels et entrepreneurs. L’école, à ce moment, sort de son rôle de dispensateur d’instruction pour endosser un rôle de «calibreur» inféodé au capital. Elle formate les enfants pour les rendre compatibles avec le marché du travail. Cette action a pour conséquence immédiate d’instiller chez ces enfants la peur de l’échec et du chômage, et, son corollaire, l’abandon de tous leurs rêves professionnels au profit d’une illusoire sécurité d’emploi. Le marché du travail qui est l’institution fondamentale du capitalisme en est aussi l’instrument de récompense mais aussi de punition, en sanctionnant tout profil ou comportement déviant du modèle établi sous la férule capitaliste.

On retrouve encore cette pensée binaire paranoïaque chère aux religions et aux systèmes politiques autoritaires: si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi. Tu es riche donc méritant mais si tu es pauvre, c’est de ta faute, donc si c’est de ta faute, on ne t’aidera pas. Ce précepte avait été inauguré par Adam Smith au XVIIIe siècle sur une base de rhétorique religieuse.