J’ai lu le manifeste de La Meute. Je n’y ai rien trouvé pour m’étonner. J’aurais pu en deviner le contenu et l’écrire avant sa parution, et les deux textes auraient été identiques. Sans surprise, le manifeste prouve à quel point ce groupe appartient bel et bien à l’extrême droite, cette mouvance ignorante et non inclusive.

L’immigration illégale

L’ignorance est à son paroxysme dans la clause sur « l’immigration illégale », alors que ce concept d’illégalité migratoire n’existe pas au Canada.

L’égalité des genres

Bien sûr, le manifeste dit prôner l’égalité entre les hommes et les femmes. Pourtant, deux clauses plus loin, on parle d’interdire la burqa et le niqab.

  1. Il n’y a pas de burqa au Québec.
  2. Interdire aux femmes de porter le niqab contre leur gré est de la dictature sexiste.

D’ailleurs, à propos de l’égalité entre les hommes et les femmes, il vaut la peine de souligner qu’aucune femme n’a occupé un poste au niveau ultime de La Meute, celui de la patte argentée, qui semble exclusivement réservé aux hommes.

Mentionnons également tous les scandales sexuels qui ont affecté plusieurs femmes à l’intérieur de La Meute. Parfois, on a fait croire à ces « louves » que leur docilité se traduirait par leur avancement au sein de l’organisation, d’autres fois, l’abus de pouvoir machiste a eu lieu sans même que l’abuseur tente de le masquer sous de vagues promesses.

Ailleurs, le manifeste utilise le doublon « homme-femme » pour parler d’égalité, sans que les propos ne soient féminisés et en omettant complètement les personnes queers.

Le cours d’éthique et de culture religieuse

Dans le manifeste, on demande de supprimer le cours d’éthique et de culture religieuse (ECR) dans les écoles, visiblement sans avoir tenu compte ni peut-être avoir seulement lu le programme de ce cours. Contrairement au catéchisme que les baby-boomers et les gens des générations X et Y ont subi de force à l’école, le cours ECR ne vise pas à convertir ou à forcer les élèves à adhérer à une vision religieuse, mais bien à informer les enfants qu’il y a des gens autour d’eux qui ont des croyances et des sensibilités différentes, tout en leur inculquant des rudiments de l’éthique.

Ce cours est intéressant et en règle générale apprécié des enfants. C’est une matière qui favorise le vivre-ensemble et qui porte les enfants à discuter entre elleux dans le but de se comprendre et de se respecter. Vouloir interdire ce cours, c’est vouloir promouvoir l’ignorance et favoriser l’exclusion.

La liberté d’expression

Bien sûr, le ridicule culmine lorsque le manifeste mentionne l’importance de la liberté d’expression. Pourquoi cette clause me paraît-elle grotesque?

  1. Sur la page publique de La Meute, le droit aux commentaires est désactivé. Les lecteurs doivent donc avaler la publication, sans doute de travers dans bien des cas, sans même avoir la possibilité d’en discuter. Les débats, les échanges et l’ouverture envers les idées d’autrui ne sont pas permis dans La Meute « publique ». Liberté de ne rien dire!
  2. Promouvoir la liberté d’expression alors que les hommes haut placés de La Meute ont exigé le silence de tous leurs membres lors de la manifestation du 20 août 2017, c’est ridiculement contradictoire.
  3. Pour promouvoir la liberté d’expression, il faut d’abord être à l’écoute des autres. Visiblement, et on a pu le constater à plusieurs reprises, les gens de La Meute ne savent pas écouter. Ce fut notamment le cas lors d’une conférence sur l’extrême droite, où ils n’ont pas su respecter les règles de base d’une conférence, dont la plus élémentaire : les conférenciers parlent, sans être interrompus, puis une période de questions suit.

Également, lors de certaines manifestations, quand des antifascistes ont tenté d’engager un dialogue courtois avec des membres de La Meute, on leur a dit de la fermer.

Parmi les autres demandes formulées dans ce manifeste : protection de la langue française, meilleur soutien des vétérans (sic) et aide aux personnes sans-abri.

On ne peut pas être contre la vertu, mais quand on suit La Meute depuis un moment, on reconnait ses dog-whistles préférés. En parlant de protéger la langue française, c’est à un nationalisme identitaire frileux qu’elle renvoie. L’appui aux anciens combattants et aux itinérants est toujours proclamé en opposition à l’aide aux réfugiés et aux migrants, car aider ces derniers nous empêcherait d’aider « nos » plus vulnérables, selon un principe de vases communicants aussi absurde que faux.

Si seulement les gens de La Meute savaient que les bénévoles qui nourrissent et apportent le plus d’aide aux sans-abris sont majoritairement issues de l’immigration, souvent des personnes pieuses, et ce, toutes religions confondues.

Bref, est ce que ce manifeste m’inquiète?

Bah, on s’y attendait, et de toute façon, La Meute est sur ses derniers milles.