Ou comment se tirer dans le pied

Sylvain Maikan, le chef de La Meute, a visiblement pris peur face à la campagne menée par ses anciens compagnons pour le faire tomber. Il a réintégré ce matin Josée Rivard dans son organisation, et ce, avec les honneurs.

Cette dernière, figure importante de l’extrême droite, soutenait pourtant jusque-là Éric Proulx et Johane Cayer, qui ont révélé la semaine dernière la structure sectaire et paranoïaque de La Meute, et l’autoritarisme de Sylvain Maikan.

S’il s’agit là de calmer les ardeurs de celles et ceux qui souhaitent le faire tomber, cela montre surtout un manque flagrant de sens tactique. En effet, une telle décision, à la veille de la sortie du « Manifeste » de La Meute, est en contradiction directe avec la dédiabolisation recherchée par l’organisation.

Josée Rivard est une figure bien connue de l’extrême droite québécoise, autrice de vidéos qui recueillent des milliers de vues, dans lesquelles elle n’hésite pas à s’en prendre aux victimes d’agressions sexuelles ou à appeler les musulman·e·s « des merdes » ou « un cancer ».

Ces derniers jours, Josée Rivard s’en est pris violemment à La Meute et a soutenu Johane Cayer et Éric Proulx, deux anciens membres importants de La Meute, dans leur campagne visant à dénoncer Sylvain Maikan, son autoritarisme et son leadership autocratique et sectaire.

Sans préjuger du contenu des échanges entre le chef de La Meute et Rivard, cette réintégration élogieuse montre sans l’ombre d’un doute que le leadership de Maikan, voire la survie de La Meute elle-même, est suffisamment en danger pour qu’il compromette la sortie du « Manifeste », prévue pour le lundi 16 avril, dans trois jours seulement.

Voilà plus de deux mois que ce document est annoncé, et si l’on en croit les propos des cadres de La Meute qui se sont exprimés à ce sujet, en le lisant, nous devrions être convaincus que l’organisation n’est pas d’extrême droite, mais plutôt un regroupement citoyen ordinaire.

L’arrivée de Josée Rivard dans ce contexte réduit à néant cette tentative de dédiabolisation, déjà fort peu crédible. Les espoirs affichés de peser sur la campagne électorale sont également balayés : toute association avec un personnage comme Josée Rivard serait bien trop toxique pour être envisageable, même pour les partis les plus identitaires.

Par ce geste, Sylvain Maikan montre la faiblesse de son sens tactique, la fragilité de son leadership, et confirme que La Meute est au service de son pouvoir personnel plutôt que d’une cause politique.