Rappelons d’abord que Henda Ayari a révélé sur sa page Facebook le nom de son violeur présumé, Tariq Ramadan, le vendredi 20 octobre.

Voici la couverture que ces accusations ont reçue le jour même, au Québec seulement:

Radio-Canada, 20 octobre 2017

La Presse, 20 octobre 2017

Journal De Montréal, 20 octobre 2017

Il y a donc une erreur factuelle dans l’article de Rioux. Ce n’est pas une semaine après, ni à la suite d'une deuxième accusation, mais bien le jour même de la déclaration d'Ayari que l’information a été relayée par les médias québécois (faut-il vraiment parler du déferlement médiatique français?).

Bien sûr, personne ne peut supposer que l’erreur factuelle relevée a été faite en toute bonne foi. On parle ici d’un journaliste québécois qui commente la couverture de ses propres confrères.

À se demander donc si le chroniqueur lit la presse québécoise ou s'il ne considère tout simplement pas Radio-Canada, La Presse et le Journal de Montréal des médias!

De fait, cette «erreur» s’explique par l’engagement idéologique de Rioux. Depuis quelques années, celui-ci ne cache plus son parti pris antimusulman. Comme on peut le constater à la lecture de plusieurs de ses chroniques des dernières années, ce parti pris l'amène à adopter les thèses islamophobes d’outremer qui soutiennent que l’on ne peut aujourd'hui faire la critique de l’islam ou de l'islamisme en Occident.

Selon Rioux et les auteurs français qui l'inspirent, cette religion et ses disciples seraient ainsi protégés par les gouvernements occidentaux, mais également par une gauche «naïve», voire «régressive», qui n’apprécie pas à sa juste mesure le danger sécuritaire et culturel que les citoyens musulmans représenteraient pour les sociétés occidentales.

Cette explication est d’autant plus plausible que Rioux est en fait un récidiviste des «erreurs factuelles» du genre de celle que l’on vient de souligner. En voici un autre exemple plutôt cocasse.

En 2013, sous le titre évocateur «Islamoquoi?», le chroniqueur publie un texte dans lequel il affirme ceci:

Dans la presse francophone [du Québec], le mot [islamophobie] n'apparaît pas avant 2004. D'abord utilisé avec parcimonie, il est aujourd'hui l'objet d'une véritable inflation médiatique!

Une simple recherche dans les archives mêmes du Devoir permet pourtant de constater que l’affirmation est complètement fausse. Le mot «islamophobie» est mentionné au moins dans dix articles publiés avant 2004 par le vénérable journal[1]

Voilà donc pour ce qui est du terme qui n’apparaît dans toute «la presse francophone» qu’en 2004. Et ce, même s’il est présent dans les titres de deux articles publiés respectivement en 1999 et en 2003 par l’employeur même du journaliste.

Tout cela ne devrait finalement pas nous étonner. Puisque, comme nous le savons maintenant tous grâce aux Rioux de ce monde, on ne peut plus critiquer l’islam aujourd’hui en Occident même si cette critique est devenue un sport national au Québec comme ailleurs.


  • «Islamophobie américaine», Reuter, Le Devoir, 18 mars 1999
  • «Des actes monstrueux», Nadia Touhami, Le Devoir, 15 septembre 2001
  • «Un point de repère», Stéphane Baillargeon, Le Devoir, 13 octobre 2001
  • «Colloque à l'UQAM sur les défis et les enjeux de l'après-Durban», Micheline Labelle et Lucie Lamarche, Le Devoir, 14 novembre 2001
  • «Aux pays des mille et une arabesques», Antoine Char, Le Devoir, 4 janvier 2002
  • «Avec l'Islam, on ne discute pas», Antoine Robitaille, Le Devoir, 16 mars 2002
  • «Demande d'interdiction du livre de Fallaci», AFP, Le Devoir, 11 juin 2002
  • «Les raisons d'un double aveuglement», Georges Leroux, Le Devoir, 12 septembre 2002
  • «Le Proche-Orient, l'avenir d'un conflit», Georges Leroux, Le Devoir, 23 août 2003
  • «L'ETS est accusée de "discrimination islamophobe"», Brian Myles, Le Devoir, 8 avril 2003

Note

[1] Les articles en question sont listés en pied de page