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Journal de Marco Miron

Xanadu – 37 Thot 142 dynastie 3ième (1er novembre 2130, un mercredi)

La bouffe est plus ce qu’elle était. Quand je me suis réveillé, en sortant de la soucoupe volante qui m’a ramassé à la job, en 2020, Montréal était rendu une ville futuriste. Quand je dis futuriste, je veux dire propre. Ils ont réglé le problème de la cruauté animale en faisant pousser leur viande dans des incubateurs, mais il y avait encore des pays à la pensée médiévale qui préfèrent les abattoirs. Je pense à la République Démocratique du Texas, entre autres. Les produits laitiers sont synthétiques, les œufs sont aussi cultivés dans des jardins de plastique, et cette nouvelle industrie alimentaire rapporte des trilliards à l’économie mondiale.

Mais pour moi, au fond, je me foutais pas mal du comment la viande pis le fromage venaient au monde, pourvu que je pouvais me taper une bonne poutine au bacon. Et c’est à la Tranquille, sur Sainte-Catherine, coin Martin-Matte, que je pouvais me lécher le bout des doigts, non sans avoir un drôle de feeling de Xanadu. C’était une grosse graisseuse avec ben de la sauce. Le genre de salade qui fait hurler le foie de terreur. Je pouvais revenir ici au moins trois ou quatre fois par semaine, juste pour avoir un petit goût qui me rappelle les snack bars sur la route de Québec, avant de quitter 2020. J’ai jamais demandé où ils prenaient leur bacon, j’avais trop peur qu’on me parle d’algues pis de tofu, mais ça reste le meilleur que j’ai mangé depuis belle lurette.

La Poutine est inexistante, sur Xanadu. Ça fait un an que je suis ici, et les frites qu’ils vendent au cinéma ou bien dans les matches de sumo, c’est de la luzerne tempura. La pomme de terre est interdite, parce qu’ils ont peur que les voyageurs inter-mondiaux emmènent des espèces envahissantes. Mais mon chum Ti-Guy Doucet pis moi, je pense qu’on a trouvé une façon de nous ouvrir un stand à poutine quand même. Le voyage entre Xanadu et Gaïa coûte 3000$, aller-retour. Une poutine congelée de chez Morin, ça coûte 20$. C’est pas la meilleur, mais c’est congelé. C’est bon pour le transport. Ti-Guy, il retourne à Montréal deux fois par année, pis moi avec. On va s’arranger pour se ramasser une valise pleine à chaque fois, pis on va ouvrir notre stand dans le Marché Yuan Tsue, juste à côté de la folle qui vend du chien grillé. Le monde, en tout cas, quand ils vont goûter à notre poutine, ils vont tellement triper qu’on va faire passer des lois pour ouvrir des champs de patate.

Mais là, ça fait deux jours que Ti-Guy est pris aux douanes. Ils ont fouillé la valise, puis ils ont convenu qu’il transportait deux fois et demi la valeur acceptée en acide-j’sais pus trop quoi… « fais-toi z-en pas, Ti-Guy », que je l’ai texté. « On va l’avoir notre stand à poutine! » L’acide, franchement. Y a pas d’acide dans ça! Juste des patates, du fromage pis de la sauce.