Puisque je suis mathématicien, je vais vous parler un peu de mathématiques. Rien de technique, rassurez-vous. D’abord quelques faits historiques qui nous suggéreront une conclusion.

Les mathématiques sont une des plus grandes aventures humaines de l’histoire. Elles ont été présentes dans toutes les civilisations, à toutes les époques. Sans elles, il n’y aurait pas de civilisation telle qu’on la connaît maintenant. Et elles ont tendance à montrer, comme d’autres grandes activités humaines le font aussi, la grande unité de l’humanité. Elles sont un argument puissant contre tous les racismes.

Quelques éléments historiques :

  • Il y a 4000 ans des mathématiciens babyloniens utilisaient les triplets pythagoriciens (comme 3-4-5) pour faire de la trigonométrie. La capacité de produire ces triplets à volonté montre des connaissances sérieuses en géométrie et en arithmétique. Babylone est située dans l’Irak moderne sur le fleuve Euphrate, à 125 km en voiture de la métropole moderne, Bagdad, située sur l’autre grand fleuve du pays, le Tigre. Tant Babylone que Bagdad ont été des métropoles culturelles importantes à leur époque. Notamment pour les mathématiques.
  • Il y a plus de 3000 ans des mathématiciens chinois s’intéressaient aux carrés magiques. C’est possiblement la source de leur intérêt dans les matrices aux applications multiples.
  • Il y a près de 2500 ans, les mathématiciens grecs axiomatisèrent la géométrie et furent les premiers à se poser la question Pourquoi ? en mathématiques et non seulement la question Comment ?. On fait encore aujourd’hui les mathématiques de la façon initiée par ces Grecs.
  • Il y a plus de 1500 ans, une femme, Hypatie, à la fois philosophe et mathématicienne, dangereuse pour la nouvelle religion qui naissait (le christianisme), était tuée et littéralement mise en pièces par une foule de dévots furieux. Cet évènement, à Alexandrie en Égypte, a marqué la fin de l’hellénisme.
  • Il y a plus de 1000 ans, les mathématiciens Mayas avaient mis au point un système ingénieux de double calendrier. Encore en 2012, ces calendriers mayas étaient utilisés par des ignorants qui annonçaient la fin du monde.
  • Il a y plus de 1000 ans, un mathématicien arabe du nom de Al Khawarizmi inventait ce qui est devenu l’algèbre. Il y a 900 ans un mathématicien perse, Al Khayyâm, reprenait ce que Al Khawarizmi avait fait pour les équations de degrés deux en le faisant pour les équations de degré trois. Peut-être le fait mathématique le plus remarquable du moyen-âge, toutes nations confondues.
  • Il y a 2300 ans un mathématicien grec, Apollonius, étudiait les coniques (ellipses, paraboles, hyperboles). Son texte sur les coniques est un des classiques des mathématiques grecques de l’Antiquité. Un bel exemple de mathématiques pures jusque vers 1600, près de 2000 ans plus tard, alors qu’un mathématicien allemand, Johannes Kepler, a utilisé les coniques pour décrire les mouvements planétaires. Aujourd’hui on se sert de ces connaissances pour envoyer des sondes spatiales explorer le système solaire. Les maths pures sont devenues des maths appliquées, comme c’est souvent le cas.
  • Notre système numérique à base 10 utilise des chiffres qui proviennent de l’Inde et qui nous ont été transmis par des mathématiciens arabes.

On peut multiplier ces exemples qui montrent que, partout et toujours dans l’histoire humaine, il y a eu des mathématiques.

Faisons un lien avec l’histoire de l’écriture. Les mathématiques étaient déjà assez bien développées au moment où l’écriture s’est développée. Sumer est un endroit où on sait assez précisément comment l’écriture est apparue. Ce qu’on sait c’est qu’elle a d’abord été conçue pour des raisons quantitatives (classements, listes, commerce) puis pour les systèmes de mesures (métrologie). Donc, pour les applications des mathématiques. Dès les premiers siècles de l’écriture on voit apparaître l’équivalent de nos livres de recettes (apparemment cela a toujours été populaire) mais aussi la première grande saga littéraire (Gilgamesh, héros mi-homme, mi-Dieu). De mathématique d’abord l’écriture est devenue pratique puis littéraire.

Les mathématiques sont à la base de nos cultures, partout et depuis toujours. Et encore aujourd’hui il y a de bons mathématiciens de toutes les couleurs, de toutes les religions et de toutes les langues. Des hommes et des femmes.

Les mathématiques font ainsi la preuve de la grande unité à la base des cultures humaines. De la grande unité de l’Humanité en fait. Il y a une seule sorte d’êtres humains peu importe leur langue, leur couleur ou leur religion. L’histoire des mathématiques nous enseigne la tolérance et l’ouverture d’esprit. Et surtout nous apprend à ne pas craindre l’autre qui au fond est notre semblable. L’histoire des mathématiques, comme l’histoire de la musique, des sciences ou de la philosophie, nous enseigne ainsi que les théories racistes ou ségrégationnistes, qui hiérarchisent les humains en fonction de leurs races, de leur religion ou de leur langue, sont sans fondement. La connaissance est gage de tolérance, l’ignorance est gage de peur et d’intolérance.

Une grande question demeure : est-ce que les extra-terrestres ont les mêmes mathématiques que nous ? On en reparlera quand on les rencontrera. La réponse risque de nous surprendre. Et de renforcer notre humanité.